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5G : entre études scientifiques et infox, la santé des citoyens en jeu

Le déploiement de nouveaux réseaux entraîne inévitablement des questions concernant ses effets sur la santé humaine et sur l’environnement. La 5G ne déroge pas à la règle.

C’est bien normal. En 2014, l’Organisation mondiale de la santé a classifié les champs électromagnétiques émis par les téléphones et les objets connectés cellulaires comme des cancérogènes potentielles. Les études en laboratoire ont confirmé ce phénomène sur des animaux en cas de fortes expositions à la 2G et la 3G.

La 5G pause des questions de santé publique… comme tous les réseaux

Par mesure de précaution, la ville de Bruxelles a ralenti les tests de la 5G. Elle veut s’assurer que les réseaux déployés sont conformes aux normes en vigueur. Céline Frémault, ministre du gouvernement de la région Bruxelles-Capital, avait déclaré en mars 2019 :

« Si depuis juillet je n’ai eu de cesse de travailler sur le dossier, avec toute une série de balises indispensables en matière de santé, aujourd’hui force est de constater qu’il est impensable pour moi de permettre l’arrivée de cette technologie si je ne peux assurer le respect des normes protégeant les citoyens. 5G ou pas. Les Bruxellois ne sont pas des souris de laboratoire dont je peux vendre la santé au prix du profit. On ne peut laisser planer de doute. »

Ces propos avaient été repris et déformés par différents médias qui affirmaient que la ville ne voulait pas du tout de la 5G. Or, la ministre défend des normes strictes appliquées en amont d’un déploiement en 2020.

La 5G, un aimant à infox

Cette tendance à la désinformation concernant le réseau n’est pas nouvelle. Les infox se sont multipliées quant à la dangerosité d’une technologie dont on ne connaît pas encore totalement les effets sur la santé et l’environnement. La plus impressionnante publié en novembre 2018 évoque la mort de centaines d’oiseaux aux Pays-Bas. Or, l’information provenait de John Kuhles, un militant anti 5G complotiste. Il n’est pas le seul d’ailleurs, car bon nombre d’activistes ralliés à cette cause déclarent que la 5G provoque des cancers, de l’hypersensibilité, la stérilité, etc. Or, la relation entre ces maux et le réseau n’a jamais été prouvée scientifiquement.

Le New York Times a même accusé dans un rapport la branche américaine du média russe RT proche du Kremlin de diffuser de fausses informations afin de ralentir le déploiement de la 5G dans plusieurs pays. Aux États-Unis, RT a publié des articles concernant des enfants touchés par des saignements de nez et des difficultés d’apprentissage à cause de la 5G.

Cette vague de désinformation touche aussi la communauté scientifique. Si l’on ne peut remettre en question les doutes exprimés par 170 scientifiques réclamant un moratoire sur le réseau dans une pétition, force est de constater que certains sont à la fois militants anti-ondes et dénoncés pour la faible rigueur de leurs travaux.

Des hypothèses scientifiques à clarifier et à vérifier

Pour autant, il ne faut pas croire que la 5G est écartée de tout soupçon. Une étude publiée dans la revue scientifique Nature tend à prouver qu’au-delà de 6 GHz, les insectes de moins de 1 cm absorbent 3 à 370 % d’ondes supplémentaires. “Cela pourrait entraîner des changements dans le comportement, la physiologie et la morphologie des insectes au fil du temps en raison d’une augmentation de la température corporelle, due au réchauffement diélectrique”, conclu les scientifiques.

La faune serait donc affectée par l’utilisation des ondes millimétrique. Ce ne serait pas le cas des humains selon l’ANSES. L’Agence Nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail affirme que les mêmes normes concernant le DAS des smartphones et des objets connectés s’appliquent à la 5G. La limite du débit d’absorption spécifique est fixée à 2W/kg pour la tête et le torse et 0,08 W/kg pour le corps entier. L’agence veille au grain en rappelant à l’ordre les fabricants et en leur imposant des limitations logicielles. Pour autant, le site PhoneGate dénonce régulièrement le laxisme des constructeurs qui passent dans les mailles du filet.

En France, l’ANSES se veut rassurante

Alors que les essais en conditions réelles sont lancés en France, l’ANSES peut vérifier les effets des technologies associées à la 5G sur les populations. Devant le Sénat, Olivier Merckel, chef de l’unité d’évaluation des risques à l’ANSES, avait affirmé que les tests se font sur les bandes comprises entre 3,4 et 3,8 GHz. Or cela, ne représente pas un “vrai changement” car selon lui, le 3,5 GHz est déjà utilisé pour le THD Radio et le Wimax. Les bandes 800,900 et 1800 MHz, des fréquences employées pour la 4G, pourront être réallouées par les opérateurs. Reste à déterminer les effets de la bande 26 GHz, celle retenue en Europe pour l’utilisation de la 5G. Selon Olivier Merckel, à ce seuil, seule la peau absorbe les ondes. Le corps s’en trouve moins exposé.

Par ailleurs, l’ANFR se veut rassurante quant à l’utilisation du massive MIMO, du beamforming et des small cells, selon 01Net. Cependant, certains constructeurs et équipementiers expliquent que les technologies permettent de concentrer les ondes dans une direction précise. Ainsi, les entreprises bénéficieraient d’une meilleure qualité de connexion au détriment d’une exposition plus forte. Certaines populations pourraient être davantage soumises aux champs électromagnétiques et développer potentiellement des maladies.

Il y a donc tout un panel de tests à effectuer avant, pendant et après le déploiement de la 5G tout en maintenant la vitesse de croisière imposée par les entreprises. De même, les médias, les agences gouvernementales, les scientifiques, les équipementiers et les constructeurs doivent participer à l’information de la population.

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