Les marchés de prédiction ont changé d’échelle en 2026. Entre mai et juillet, le volume mensuel cumulé de Kalshi et de Polymarket, les deux leaders du secteur, est passé de 26 à 53 milliards de dollars, selon l’institut Pew Research Center.
L’engouement gagne aussi la France : l’ANJ a compté 800 000 visiteurs français sur les plateformes de marchés de prédiction en janvier 2026, contre 200 000 quatre mois plus tôt.
Qu’est-ce que Kalshi et peut-on l’utiliser en France ?
Kalshi est une plateforme américaine où les utilisateurs achètent et vendent entre eux des contrats « oui » ou « non » sur l’issue d’événements réels : un match de NFL, une décision de la Réserve fédérale (Fed), une élection.
Son activité repose sur un agrément fédéral. Le 3 novembre 2020, la CFTC, le régulateur américain des marchés dérivés, lui a accordé le statut de designated contract market (DCM), celui des bourses de contrats à terme.
Kalshi n’est pas utilisable depuis la France. La plateforme accepte des utilisateurs de nombreux pays, mais pas les résidents français.
| Fiche d’identité | Kalshi |
| Création | 2018 |
| Fondateurs | Tarek Mansour et Luana Lopes Lara |
| Siège | New York |
| Ouverture de la plateforme | 2021 |
| Valorisation | 22 milliards de dollars (levée de fonds de mai 2026) |
Pourquoi les résidents français ne peuvent pas utiliser Kalshi
Cette exclusion repose sur deux verrous, l’un fixé par Kalshi, l’autre par le régulateur français, dans un contexte européen de plus en plus hostile aux marchés de prédiction.
Une exclusion inscrite dans le contrat d’adhésion de Kalshi
Le contrat d’adhésion de Kalshi (Member Agreement) interdit d’utiliser la plateforme et d’y trader à toute personne domiciliée ou située dans l’une de ses juridictions restreintes. La liste compte plus de cinquante juridictions, et la France en fait partie.
L’ouverture d’un compte passe par une vérification de l’identité et du pays de résidence de l’utilisateur. Un VPN masque la localisation, mais il ne change pas le domicile déclaré lors de ce contrôle.
L’ANJ classe les marchés de prédiction parmi les jeux d’argent illégaux
L’exclusion décidée par Kalshi rejoint la position du régulateur français. En février 2026, l’ANJ a rappelé que les sites de prédiction ne sont pas autorisés en France et qu’ils relèvent des jeux d’argent illégaux.
Polymarket en a fait les frais. Le 16 juillet 2026, le président de l’ANJ a ordonné aux fournisseurs d’accès à Internet de bloquer le site. La plateforme avait pourtant coupé les transactions depuis la France. Ce géoblocage était contourné, et l’ANJ a relevé 578 751 visites françaises sur le site en juin 2026. Polymarket a depuis contesté ce blocage en justice.
L’interdiction vise les marchés de prédiction, pas le pari sportif en lui-même. Ce point compte, car le sport pèse 80 % des volumes échangés sur Kalshi entre juillet 2024 et mai 2026. En France, miser de l’argent sur un match reste légal à une condition : passer par un opérateur agréé par l’ANJ. Ce cadre ne couvre que les paris sportifs, les paris hippiques et le poker. Le casino en ligne n’y figure pas, et les sites classés dans les comparatifs de casinos en ligne relèvent de licences étrangères, comme celles de Curaçao ou d’Anjouan.
Une ligne européenne qui se durcit
La France n’est pas isolée. Le 17 juin 2026, neuf régulateurs européens des jeux d’argent, dont l’ANJ, ont signé une déclaration commune contre les plateformes de marchés de prédiction qui ne respectent pas leurs réglementations nationales. Ils y dénoncent une accessibilité permanente, l’absence de limites de mise et de temps de jeu, et des contrôles d’identité et d’âge insuffisants.
L’Espagne avait déjà agi. Le 26 mai 2026, son régulateur des jeux, la DGOJ, a ordonné le blocage provisoire de Kalshi et de Polymarket, le temps d’une procédure de sanction.
| Pays | Exclu par le contrat d’adhésion de Kalshi | Signataire de la déclaration du 17 juin 2026 |
| Allemagne | Non | Oui |
| Belgique | Oui | Oui |
| Espagne | Non | Oui |
| France | Oui | Oui |
| Italie | Oui | Oui |
| Pays-Bas | Non | Oui |
| Pologne | Oui | Oui |
| Portugal | Oui | Oui |
| Royaume-Uni | Oui | Non |
| Suisse | Oui | Oui |
Comment fonctionne un contrat Kalshi
Qu’il porte sur un match ou sur un taux d’intérêt, chaque contrat Kalshi suit la même mécanique.
Des questions fermées sur le sport, l’économie ou la politique
Chaque marché pose une question à laquelle on répond par oui ou par non : « La Fed baissera-t-elle ses taux lors de sa prochaine réunion ? », « Tel club gagnera-t-il son match ? ». Les thèmes vont des élections aux indicateurs économiques, en passant par la météo et la crypto. Pendant la Coupe du monde, en juin et juillet 2026, les échanges sur les marchés sportifs ont dépassé 58 milliards de dollars sur Kalshi.
Un prix qui se lit comme une probabilité
Le contrat « oui » s’échange entre 1 et 99 cents. Son prix traduit la probabilité que les participants attribuent à l’événement : un contrat à 40 cents signale une chance estimée à 40 %. Kalshi ne fixe pas ce prix : les ordres d’achat et de vente des participants se rencontrent dans un carnet d’ordres, comme sur une bourse.
Un paiement fixe de 1 dollar par contrat gagnant, moins les frais
À l’échéance, Kalshi vérifie le résultat auprès de la source officielle prévue par les règles du marché. Le contrat gagnant rapporte alors 1 dollar, le perdant expire à zéro.
Les frais suivent une formule publiée dans la grille tarifaire de Kalshi. Dans le cas général, pour un ordre exécuté immédiatement, ils valent 0,07 × nombre de contrats × prix × (1 – prix), arrondis à la hausse. Ils culminent sur les contrats à 50 cents, soit 1,75 dollar pour 100 contrats, et baissent quand le prix se rapproche de 1 ou de 99 cents.
Un achat de 100 contrats « oui » à 40 cents coûte 40 dollars, plus 1,68 dollar de frais, soit 41,68 dollars au total.
- Si l’événement se produit, le compte est crédité de 100 dollars, pour un gain net de 58,32 dollars.
- Si l’événement ne se produit pas, les contrats expirent à zéro et la perte atteint 41,68 dollars.
- Si le prix monte à 60 cents avant l’échéance, la revente rapporte 58,32 dollars après 1,68 dollar de frais de vente, soit un gain net de 16,64 dollars par rapport aux 41,68 dollars investis.
Kalshi et Polymarket, deux modèles opposés
Kalshi et Polymarket vendent le même produit, un contrat binaire sur un événement, avec deux architectures différentes.
| Critère | Kalshi | Polymarket (plateforme internationale) |
| Encadrement | DCM agréé par la CFTC | Pas d’agrément CFTC (une entité distincte, Polymarket US, est régulée pour les Américains) |
| Monnaie utilisée pour miser | Dollar américain | pUSD, un jeton adossé 1:1 à l’USDC, sur la blockchain Polygon |
| Vérification d’identité | Pièce d’identité et pays de résidence | Absence de vérification relevée par l’ANJ |
Les deux plateformes ne suivent plus la même trajectoire. En mars 2026, chacune réalisait encore environ la moitié de leur volume cumulé. Depuis, l’activité a bondi sur Kalshi et progressé plus modestement sur Polymarket. Les marchés proposés diffèrent aussi : sur Polymarket, le sport ne pèse que 39 % des volumes entre juillet 2024 et mai 2026, pour une activité plus variée. Le modèle crypto de Polymarket expose ses utilisateurs à un autre risque : fin juin 2026, des attaquants ont dérobé environ 3 millions de dollars à moins d’une quinzaine de comptes via un fournisseur tiers compromis. Polymarket s’est engagé à rembourser intégralement les victimes.
Kalshi est-il fiable ?
L’agrément de la CFTC donne à Kalshi un cadre que Polymarket n’a pas hors des États-Unis. Il ne protège la plateforme ni des contestations juridiques ni des abus.
Une régulation fédérale contestée par les États américains
Plusieurs États américains considèrent les contrats sportifs de Kalshi comme des paris soumis à leurs propres lois sur les jeux. Le 6 avril 2026, la cour d’appel fédérale du troisième circuit a donné raison à la plateforme face au New Jersey, par deux voix contre une. La majorité a estimé que ces contrats relèvent probablement du Commodity Exchange Act, la loi fédérale sur les marchés dérivés, et échappent donc au droit de l’État. La décision reste provisoire : elle confirme une injonction préliminaire sans trancher le fond.
Ailleurs, la plateforme perd du terrain. Le 28 août 2026, la cour d’appel du neuvième circuit a jugé à l’unanimité que ces contrats relèvent probablement du pari sportif, et donc du droit du Nevada. Les deux cours d’appel fédérales divergent désormais, et le New Jersey a saisi la Cour suprême le 2 septembre 2026. En mars 2026, l’Arizona avait engagé 20 chefs d’accusation pénale contre Kalshi, qu’il accuse d’exploiter illégalement des jeux d’argent.
Des délits d’initiés et des manipulations déjà documentés
Sur un marché où l’on parie sur des informations, celui qui connaît le résultat avant les autres, ou qui peut l’influencer, dispose d’un avantage décisif. Plusieurs affaires récentes le confirment :
- L’ancien opérateur du prompteur de Donald Trump a parié sur Kalshi grâce à sa connaissance anticipée des discours présidentiels. Repéré par la plateforme, il a accepté de verser 172 539 dollars dans le cadre d’un accord avec la CFTC, sans reconnaître les faits.
- En février 2026, Kalshi a sanctionné deux utilisateurs pour délit d’initié, dont un collaborateur de la chaîne YouTube MrBeast. L’entreprise faisait alors état de plus d’une douzaine de dossiers actifs sur 200 enquêtes.
- Plus de 500 000 streams frauduleux ont propulsé un titre en tête du classement quotidien américain de Spotify. Quand Spotify a corrigé ce classement, Kalshi avait déjà réglé les paris portant sur ce titre. Aucune preuve directe ne relie les parieurs à la manipulation, mais Spotify a demandé à Kalshi et à Polymarket de retirer son logo de leurs plateformes.
Questions fréquentes sur Kalshi
Les moyens de paiement, l’application et l’actionnariat de Kalshi suscitent aussi des questions.
Kalshi accepte-t-il les cryptomonnaies ?
Oui, pour les dépôts comme pour les retraits. Hors des États-Unis, les dépôts se font par carte de débit, virement ou cryptomonnaie, et les retraits par carte de débit ou cryptomonnaie. Les cryptomonnaies déposées sont converties en dollars dès leur arrivée, et les contrats s’achètent toujours en dollars.
Kalshi a-t-il une application mobile ?
Oui, sur iOS et Android.
Kalshi est-il coté en bourse ?
Non, Kalshi est une société privée. Son capital compte des fonds comme Coatue, Sequoia, Andreessen Horowitz ou Paradigm. En juin 2026, son PDG Tarek Mansour a évoqué une introduction en bourse, qui n’interviendrait pas avant 2027.
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