Face à une demande croissante en intelligence artificielle, l’Asie innove en migrant les data centers vers des infrastructures maritimes. En manque de terrains et d’eau douce, les géants de la tech explorent la mer pour héberger leurs serveurs. Samsung, HiCloud et Hitachi investissent dans des centres flottants ou submergés offrant un refroidissement naturel et des gains énergétiques significatifs.
Ces initiatives s’inscrivent dans un contexte où l’intensification des besoins en calculs IA met à rude épreuve les ressources terrestres. Le recours aux espaces maritimes propose une alternative stratégique pour surmonter les limites foncières et hydriques rencontrées dans les zones urbaines. Les innovations en cours soulèvent des enjeux techniques, économiques et environnementaux dont dépendra le succès de cette transition.
Les contraintes foncières et hydriques dominent le déploiement
Le développement rapide des data centers IA accroît la pression sur des ressources rares, notamment en Asie où la densité démographique complique la recherche de sites adaptés. La croissance exponentielle du marché mondial des data centers pourrait doubler la capacité énergétique d’ici 2030, avec une demande atteignant 200 gigawatts selon les prévisions industrielles, générant ainsi des besoins massifs en terrains et en eau douce.
Cette évolution se heurte à la pénurie inévitable de foncier constructible proche des grandes métropoles, fonctionnement comme moteurs de la demande numérique. Par ailleurs, les data centers traditionnels consomment d’importantes quantités d’eau pour le refroidissement, un point critique dans des régions touchées par le stress hydrique. Face à ces contraintes, la mer offre un espace inexploité, ainsi qu’une ressource abondante pour la gestion thermique des systèmes.
Les contestations citoyennes et les démarches administratives complexes dans les zones terrestres rendent la construction de nouvelles infrastructures chronophage voire impraticable. L’installation en mer, en particulier proche des côtes, présente l’avantage d’éviter ces lourdeurs tout en répondant à la croissance continue de la demande. Elle permet notamment un accès immédiat à une source de refroidissement naturelle, avec un impact environnemental potentiellement réduit grâce à l’utilisation de l’eau de mer.
Ce contexte justifie l’orientation des industriels vers des projets maritimes innovants. Cette tendance illustre aussi l’intérêt croissant pour les technologies durables dans le secteur des data centers, où équilibre entre performance énergétique et empreinte écologique devient crucial.
Samsung Heavy Industries : un data center flottant innovant
Samsung Heavy Industries capitalise sur son expertise navale pour concevoir une barge flottante de data center fonctionnelle dès 2028. Cette unité prototype dispose d’une puissance nominale de 50 MW, intégrant serveurs, alimentation embarquée et stockage de gaz naturel liquéfié. Ce projet vise à démontrer la faisabilité du concept avant un passage possible à une production industrielle en série.
La première barge sera stationnée en zone côtière et reliée au réseau électrique terrestre, geste prudent face aux défis maritimes. La gestion électrique autonome permet d’envisager, à terme, des unités offshore capables d’opérer indépendamment avec une énergie propre. Cette avancée s’appuie sur un partenariat avec Supermicro, destiné à tester la fiabilité des systèmes IA dans des conditions fluviales et maritimes.
Cependant, la durabilité et la compétitivité économique restent à valider. L’exposition constante au sel augmente la corrosion, tandis que les tempêtes exigent une robustesse accrue des infrastructures. Le raccordement par fibre optique et courant électrique à des barges implique aussi des coûts et des risques non négligeables. Ce projet illustre bien les défis technologiques que comporte l’exploitation des data centers en milieu marin.
HiCloud innove avec un data center sous-marin en Chine
La Chine a déjà franchi une étape majeure avec le lancement opérationnel d’un data center immergé au large de Shanghai. Installé à 35 mètres de profondeur, il est alimenté à plus de 95 % par un parc éolien offshore comprenant plus de 200 turbines, mettant en œuvre un modèle d’IA vert.
Ce centre de données sous-marin offre un refroidissement passif continu grâce à l’eau saline, réduisant son PUE (Power Usage Effectiveness) à environ 1,15, contre une moyenne industrielle autour de 1,5. Cela correspond à une économie d’énergie de plus de 22 % par rapport à un site terrestre similaire. L’absence de consommation d’eau douce constitue un avantage environnemental majeur, dans un contexte régional marqué par le stress hydrique.
HiCloud opère environ 2000 serveurs dédiés à l’IA, la 5G et au traitement de données massives. Les applications incluent l’entraînement de modèles complexes ainsi que la simulation à haute performance dans différents secteurs industriels. Cette infrastructure est partie intégrante d’un écosystème numérique dynamique, confirmé par des partenariats stratégiques avec China Telecom et le groupe Shenergy.
Ce succès éco-technologique fait écho au projet Natick de Microsoft, qui entre 2013 et 2024 a testé un data center submergé avec un taux de défaillance inférieur à celui des systèmes terrestres. Toutefois, Microsoft n’a pas poursuivi l’industrialisation en raison de coûts et contraintes opérationnelles, ce qui différencie largement ce déploiement chinois désormais commercial.
Le recours à la reconversion des navires au Japon
Au Japon, le partenariat entre Mitsui OSK Lines (MOL) et Hitachi illustre une approche alternative de data centers flottants. Leur stratégie prévoit la transformation de navires existants, notamment des porte-voitures, en plateformes informatiques. Ces moyens maritimes convertis offrent jusqu’à 54 000 m² de surface utile, équivalant à l’un des plus grands centres terrestres nippons.
L’utilisation de navires recyclés réduit considérablement les coûts initiaux en exploitant les équipements de bord existants, incluant climatisation et alimentation électrique. Par ailleurs, la réhabilitation accélère les délais, estimés à environ un an, contre près de trois ans pour les sites terrestres traditionnels. Cette solution interroge aussi la capacité à sécuriser ces infrastructures maritimes face au climat océanique.
Ce projet illustre un savoir-faire local orienté vers la circularité industrielle et la rapidité d’adaptation. Il souligne aussi la nécessité d’optimiser la gestion énergétique et les systèmes logistiques pour assurer la viabilité de data centers embarqués dans ce contexte unique.
La mer, levier d’une informatique durable et accessible
L’emplacement des centres de données en mer représente un tournant stratégique au carrefour de la performance technologique et de la sobriété énergétique. Cette localisation permet un refroidissement naturel par l’eau salée, réduisant la consommation électrique dédiée à cette tâche. Ce modèle ouvre la voie à une informatique plus verte, particulièrement pertinente face aux attentes environnementales croissantes.
À cela s’ajoute la possibilité de coupler ces infrastructures à des sources d’énergie renouvelable, comme l’éolien offshore, garantissant ainsi une alimentation en électricité à faible empreinte carbone. Ce cadre répond aux besoins du secteur numérique en pleine expansion, tout en limitant l’impact sur les ressources terrestres.
Par ailleurs, cette innovation peut contribuer à désengorger les zones urbaines, libérant des surfaces et facilitant la gestion des réseaux électriques locaux. Un autre avantage réside dans la proximité relative des populations côtières, qui offre une latence réduite pour les services numériques, optimisant ainsi l’expérience utilisateur.
Malgré ces potentiels, la maintenance, la résistance aux conditions maritimes et les risques environnementaux liés à la faune et la flore locales restent à approfondir. Les projets en cours permettront de lever ces interrogations et d’affiner les modèles économiques.
Suivre l’évolution des stratégies autour des données dans ces zones maritimes offre aussi une perspective sur la manière dont la gestion énergétique se réinvente face aux data centers spécialisés IA. A terme, cette approche pourrait transformer durablement le paysage industriel des infrastructures informatiques en Asie et au-delà.
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