Les puces d’IA chauffent plus vite que les circuits d’eau ne les refroidissent. CEJN, équipementier suédois, teste des connecteurs rapides pour le refroidissement diphasique. Cette piste pourrait redessiner l’architecture des data centers de nouvelle génération.
Le refroidissement liquide monophasé se heurte à des limites de débit et de dissipation thermique. En conséquence, le refroidissement diphasique retient l’attention des industriels de l’IA et du calcul haute performance. CEJN mène ses essais en interne avec ses clients pour préparer les prochaines architectures.
Pourquoi le refroidissement monophasé atteint ses limites
Dans un circuit monophasé, le liquide reste liquide du début à la fin. Il évacue la chaleur grâce à son débit. Quand la puissance des puces augmente, le débit nécessaire augmente aussi, et les limites physiques approchent. CEJN décrit ce mécanisme dans son analyse consacrée à la montée en puissance des data centers face au refroidissement diphasique.
Michael Danielsson, chef de produit Technologies pour centres de données chez CEJN, avance un ordre de grandeur précis. Selon lui, les puces d’IA de nouvelle génération consommeront de 1 000 à 1 500 watts, voire davantage. Le refroidissement monophasé classique pourrait alors buter sur des débits excessifs.
Prenons un exploitant européen qui équipe ses baies pour l’entraînement de modèles d’IA. Chaque nouvelle génération de processeurs l’oblige à surdimensionner pompes, tuyaux et échangeurs. Les coûts montent, l’encombrement aussi. Voilà pourquoi la recherche d’un autre mode d’évacuation de la chaleur devient une question d’infrastructure, et non plus de simple confort.
CEJN teste des connecteurs pour le diphasique
Fondée en 1955, CEJN conçoit des technologies de connexion rapide pour de nombreux secteurs industriels. L’entreprise propose déjà des produits comme les coupleurs UQD, UQDB, BMQC et LQC. Ils équipent les unités de distribution de liquide de refroidissement (CDU) et le refroidissement liquide direct (DLC). Le détail de cette offre figure sur la page dédiée aux raccords rapides pour data centers.
CEJN s’implique aussi dans le projet de calcul ouvert OCP, auquel elle contribue. Cette présence lui donne un accès direct aux besoins des constructeurs de serveurs. Elle participe ainsi à la construction de nombreux centres de données dans le monde.
Pour le diphasique, l’entreprise adopte une méthode pragmatique. Elle mène des tests de R&D internes avec ses clients industriels. Ces essais portent sur plusieurs fluides frigorigènes, sur des raccords en acier inoxydable et sur des technologies à filetage ou à bouchon. Chaque série de mesures affine la compréhension du comportement des connecteurs en conditions réelles.
Les raccords inox face aux fluides frigorigènes
Le diphasique impose des exigences sévères aux joints de pipeline. Le fluide change d’état, donc la compatibilité des fluides devient critique. L’étanchéité doit rester fiable, et la stabilité doit durer sur le long terme. Un raccord défaillant peut immobiliser une baie entière.
CEJN évalue donc le fluide caloporteur, les performances du système, sa fiabilité et sa durabilité. L’entreprise s’appuie sur son savoir-faire en raccords rapides inox. Elle conçoit des raccords filetés et des connecteurs rapides à bouchon borgne. Ces solutions répondent aux besoins d’assemblage et de maintenance de différentes architectures. La brochure de CEJN sur les coupleurs pour data centers présente les familles de produits existantes.
Michael Danielsson souligne que les capacités de test internes progressent. CEJN accumule ainsi des connaissances sur le comportement de la technologie selon les conditions de fonctionnement. L’entreprise explore la manière de répondre aux besoins des futurs centres de données. Un connecteur fiable reste, en effet, le maillon discret dont dépend toute la boucle.
Valeo et Calyos misent sur le diphasique passif
Le 9 juin, à Paris, Valeo et Calyos ont signé un protocole d’accord. Les deux partenaires veulent industrialiser des solutions autonomes de refroidissement de puces. Elles visent la mobilité et les centres de données. Valeo détaille cette annonce dans son communiqué sur la gestion thermique diphasique passive.
Leur approche diffère de celle de CEJN. Elle repose sur une boucle fluide diphasique sans pompe active. Chaque serveur d’une baie reçoit une unité autonome de refroidissement direct sur puce. Les exploitants peuvent donc augmenter la densité de puissance sans restructurer toute l’infrastructure. La pression plus faible du fluide diélectrique réduit en outre les risques de fuite.
Valeo avance aussi un argument industriel. Le groupe a réalisé 20,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, selon ses propres données publiées. Sa stratégie de production « local-for-local » vise une fabrication en grande série près des clients. Cette offre complète ses échangeurs de porte arrière, ses CDU monophasées et biphasées, et son immersion pour les edge data centers.
Quelles perspectives pour les data centers de demain ?
CEJN le reconnaît sans détour : la technologie diphasique reste en développement. Ses perspectives à long terme doivent encore être confirmées. L’entreprise poursuivra ses essais avec ses clients. Elle veut collecter des données de mesure sur les connecteurs rapides en conditions diphasiques.
Deux voies coexistent donc. L’une mise sur des connecteurs et des fluides adaptés aux boucles actives. L’autre développe des boucles passives, sans pompe, intégrées au plus près de la puce. Ces approches ne s’excluent pas, car chaque exploitant arbitre selon sa densité de puissance et son parc existant.
Les professionnels doivent surtout surveiller trois points : la compatibilité des fluides, la maintenance et l’interopérabilité des connecteurs. Et si la standardisation autour de l’OCP s’étendait au diphasique ? Les prochains résultats de tests apporteront les premières réponses chiffrées.
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