Les réseaux industriels cachent encore une partie de leurs actifs aux équipes de sécurité. Selon Palo Alto Networks, 68 % des organisations manquent de visibilité en temps réel sur leurs actifs OT. Voilà pourquoi la supervision industrielle montre aujourd’hui ses limites.
Le rapport 2026 State of Critical Infrastructure Cybersecurity s’appuie sur une enquête mondiale menée par Palo Alto Networks. Il révèle aussi que 74 % des sondés n’ont pas totalement intégré leurs opérations de sécurité IT et OT. Cependant, les anciens équipements, les technologies incompatibles et les priorités divergentes freinent le rapprochement des deux mondes.
Une visibilité OT encore très incomplète
Palo Alto Networks a interrogé plus de 1 600 responsables de la sécurité dans 11 pays et cinq secteurs d’infrastructures critiques. Parmi eux, 68 % ne disposent pas d’une visibilité complète en temps réel sur leurs actifs OT connectés. L’étude couvre notamment l’industrie manufacturière et les services publics. Dans ces secteurs, les équipements connectés fonctionnent aux côtés des systèmes informatiques d’entreprise.
Prenons une laiterie fictive, les Laiteries des Combes. Ses automates pilotent la pasteurisation, tandis que le centre de sécurité surveille surtout les postes bureautiques. Un automate installé depuis douze ans échappe donc à tout contrôle. Cette situation illustre bien les différences et les similitudes entre IT et OT, deux univers qui ne partagent ni les mêmes outils ni les mêmes réflexes.
Le rapport identifie trois difficultés principales. Les infrastructures anciennes, les technologies incompatibles et les écarts de priorités entre équipes ralentissent les progrès. Ces freins ne relèvent pas d’un manque de volonté. Ils découlent d’une histoire industrielle où la disponibilité des machines passe avant tout. Une question s’impose alors : comment protéger ce que personne ne voit ?
Équipements anciens et correctifs impossibles
Les actifs anciens inquiètent fortement les responsables interrogés. Palo Alto Networks constate que 42 % d’entre eux citent les actifs OT impossibles à corriger comme principal risque de cybersécurité. Les constructeurs conçoivent ces systèmes pour fonctionner pendant de longues périodes. Chaque mise à jour logicielle exige des tests et une opération de maintenance planifiée.
Les audits de terrain du cabinet N-CyP décrivent des situations très concrètes. Des automates tournent en production depuis dix à quinze ans, sans aucune mise à jour disponible. Des postes de supervision sous Windows 7 conservent des droits d’administration complets, sans antivirus ni correctifs. Certains réseaux utilisent même des plages IPv4 publiques et exposent ainsi directement leurs équipements à Internet.
Quand le correctif reste impossible, le NIST recommande de s’appuyer sur d’autres protections, notamment des contrôles au niveau du réseau. Une bonne détection des menaces sur les objets connectés complète ces barrières. Un équipement qui ne peut plus évoluer doit donc vivre sous surveillance étroite.
Surveiller sans perturber la production
La supervision industrielle se heurte à des contraintes techniques bien réelles. Selon le NIST américain, les analyses actives du réseau peuvent interférer avec des équipements sensibles et perturber les processus opérationnels. Dans son Guide to Operational Technology (OT) Security, l’institut conseille de programmer ces analyses pendant des arrêts planifiés. La production reste ainsi à l’abri.
La surveillance passive évite toute interaction directe avec les appareils. Pourtant, elle ne repère pas les équipements qui ne communiquent pas. Le trafic chiffré limite aussi la visibilité. Le NIST souligne enfin que ces analyses passives prennent souvent plusieurs jours, car elles dépendent du trafic réseau existant.
Les outils posent un autre problème. Palo Alto Networks observe que les organisations utilisent en moyenne sept outils de sécurité distincts. Selon l’entreprise, ces outils disparates accroissent la complexité et le coût des opérations. Le défi grandit encore quand l’exploitant gère plusieurs sites, car chaque usine possède son architecture propre.
IT et OT : des opérations toujours séparées
De nombreuses organisations gèrent la sécurité IT et OT à travers des processus distincts. Palo Alto Networks pointe l’incompatibilité des technologies et les différences de priorités comme principaux obstacles à l’intégration. Les outils de supervision IT classiques ne voient pas forcément les contrôleurs industriels. Ils ignorent aussi leurs communications et les processus qu’ils pilotent.
Les chiffres de la région Asie-Pacifique accentuent ce constat. Parmi les 620 répondants locaux interrogés par Palo Alto Networks, 74 % manquent de visibilité complète sur leurs actifs OT. De plus, 80 % n’ont pas totalement intégré leurs opérations IT et OT. Par ailleurs, 64 % utilisent au moins six outils, et 58 % ont subi un incident ayant touché leurs opérations au cours des 12 derniers mois.
Honeywell Technologies arrive à des conclusions voisines. Son 2026 OT Cybersecurity Benchmark Report, publié en septembre, repose sur une enquête auprès de plus de 600 responsables du secteur. Or 88 % des répondants jugent leurs programmes OT matures, alors que seuls 21 % maintiennent un inventaire complet de leurs actifs. Seuls 33 % ont totalement intégré l’OT à un centre d’opérations de sécurité centralisé. Enfin, 20 % surveillent en permanence les appareils IoT connectés, comme les caméras et les capteurs. La maturité déclarée dépasse donc la maturité mesurée.
Inventaire, segmentation et priorisation des risques
Tout commence par la connaissance du parc. Le NIST recommande de documenter l’architecture réseau et les communications entre appareils avant de déployer des contrôles. La CISA américaine, avec des partenaires internationaux, défend la même logique dans son guide Foundations for OT Cybersecurity. Un inventaire utile précise le constructeur, le modèle, les versions de firmware, la criticité métier, l’exposition réseau réelle et les dépendances entre équipements.
Ensuite vient la maîtrise des accès. Seules 53 % des organisations interrogées par Palo Alto Networks appliquent des politiques et un contrôle d’accès couvrant les actifs connectés et les utilisateurs. L’entreprise cite la segmentation du réseau et l’accès distant sécurisé pour limiter la propagation des menaces. Le NIST conseille d’identifier les flux de données, puis de regrouper les équipements en zones selon leurs exigences opérationnelles et de sécurité.
Les commutateurs, les routeurs, les pare-feu et les passerelles unidirectionnelles servent à segmenter et à isoler les réseaux. Leur déploiement doit toutefois respecter la disponibilité des systèmes. Les audits de N-CyP ajoutent une étape de tri : ils croisent l’inventaire avec les bases de vulnérabilités publiques, puis évaluent l’exploitabilité réelle. Une matrice de priorisation métier en découle. Le projet de mise à jour du NIST, publié en septembre 2026, aborde d’ailleurs la gestion des actifs OT, la surveillance réseau et l’intégration de l’IIoT. La directive NIS2 pousse dans le même sens, puisqu’elle exige un inventaire et une cartographie détaillée des systèmes. Voir clair reste le premier geste de défense.
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