Assureurs : des freins importants dans l’adoption de l’IoT ?

Pourquoi les assureurs du logement peuvent-ils avoir du mal à proposer des offres connectées ? La méfiance des consommateurs n’expliquent pas tout. 

Selon The Information, Amazon envisage d’établir des partenariats avec des assurances Américains afin de mettre en place des offres de sécurité incluant des robots et des objets connectés comme des caméras, des capteurs de présence ou encore des ampoules intelligentes. La firme de Jeff Bezos a déjà fait une percée sur le marché britannique de l’assurance en novembre 2017. Il ne s’agit pas d’une simple rumeur.

Les assureurs friands des partenariats avec les fabricants d’objets connectés

Amazon ne serait pas le premier. Cette pratique est devenue courante aux États-Unis et en Europe, notamment en France. Les grands noms de l’assurance ont établi des partenariats avec Canary, Nest, Ring, ou encore Somfy qui travaille avec Mondial Assistance, une filiale d’Allianz. L’idée peut être de proposer des ristournes sur des objets de la maison connectée afin d’assurer une meilleure protection du logement. D’autres assureurs proposent eux un forfait mensuel à bas coût comprenant l’assurance et l’utilisation des objets, ce qui implique l’achat du matériel pour les professionnels.

Selon un article du blog de Stacey Higginbotham, spécialiste de l’IoT et ancienne reportrice au Time, l’idée était de maximiser l’adoption d’objets connectés chez les assurés en levant la peur du prix et la barrière de l’installation tout en réduisant les possibles indemnisations en améliorant la prévention. Cela n’a pas fonctionné.

Les assureurs américains souhaitaient incité les consommateurs à se procurer des capteurs connectés, notamment des détecteurs de fumée, de les leur faire payer en leur assurant qu’ils pourraient indiquer quand la détection a fonctionné ou non. Dans une même veine, l’installation de caméras connectées permettait de faciliter les indemnisations en cas de cambriolage. Bien sûr, ils en étaient incapables.

L’ancienne journaliste explique que cela a conduit une palanquée de procès entre 2014 et 2015 parce que les assureurs n’arrivaient pas à respecter leurs engagements. Les offres des assureurs se réduisent finalement à tester des objets connectés en échange d’une réduction sur les primes.

Des tests aux coûts monstrueux

assureurs objet connecte cher

Seulement, ce modèle n’est pas viable. Les entreprises n’ont pas suffisamment d’informations précises sur les risques potentiels rencontrés dans les maisons de leurs clients. Les assureurs savent très bien que les incendies, les fuites de gaz, d’eau et les problèmes d’électricité sont des dangers encourus, tout comme le vol. Mais quelles technologies faut-il privilégier afin d’augmenter la sécurité d’un foyer ? C’est la grande inconnue, car chaque région, chaque ville, chaque foyer dispose de sa particularité, de risques différents à évaluer.

Pour en savoir plus, installer des objets connectés pourrait être intéressant. Seulement, une étude approfondie pourrait coûter cher, très cher. A raison d’un échantillon de 1000 capteurs dans 1000 maisons, cela prendrait 50 ans afin d’avoir la quantité de données suffisantes afin de comprendre comment améliorer la sécurité des usagers. L’autre solution consisterait selon Roel Peeters, CEO de Roost, une entreprise spécialisée dans la domotique, de tester 50 000 capteurs dans 50 000 maisons pendant un an. Cela coûterait près de 5 millions de dollars.

Roost a mis cette stratégie en place, mais en ne s’adressant pas à un seul assureur, mais à plusieurs groupes. L’idée est d’agréger les données en divisant les 50 000 exemplaires d’un détecteur d’ouverture de portes entre les assurances et leurs clients. Le fait que le produit soit facilement utilisable et apport une valeur immédiate pour le contractant facilite cette phase de test.

Une problématique de récupération des données

Une fois après avoir réussi à séduire le client avec cette idée, il faut pouvoir lui proposer un service supplémentaire. Cependant, il convient de lui faire accepter de partager ces données avec l’assurance. Or, c’est là que le bât blesse. En France, une étude conduite par Assu 2000 montrait en 2016 que seulement 2 personnes sur 10 seraient prêtes à confier leurs données de santé à leur assureur. Si partager les données de son alarme ou de détecteur de fumée semble plus insignifiant, la méfiance des consommateurs est de plus en plus fortes. Cela demande toujours et encore un effort d’éducation.

Aux États-Unis, expérimenter de telles offres semble plus aisé qu’en Europe. L’application du RGPD a grandement changé la donne. Le traitement des données personnelles bénéficie maintenant d’une protection légale sur ce territoire. Les assureurs doivent donc agir avec prudence et changer les conditions d’utilisation de leurs services en conséquence. Développer des offres demande donc de travailler en bonne intelligence entre respect des données personnelles et proposition de nouveaux services plus intelligents.

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