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Cap’Tronic : l’innovation a un prix technologique et économique

Jeudi toute la journée se déroulait au Ministère de l’Economie, Cap sur l’innovation, l’événement organisé par l’association Cap’Tronic. Conférences, débats et remise de débat se sont succédé devant une assemblée attentive composée de jeunes entrepreneurs et dirigeants de PME. Les intervenants ont prouvé l’efficacité de l’IoT tout en mettant en garde contre les effets d’annonce et la faiblesse de sécurité des objets connectés.

Rendez-vous hier matin dans le centre de conférence Pierre Mendès France dans les locaux du ministre de l’Economie Michel Sapin. L’association Cap’Tronic, en partenariat avec le gouvernement et la DGE, présentait la dixième édition de ses trophées de l’innovation en provenance des PME.

Cap’Tronic a pour mission d’apporter une aide technique aux PME en leur donnant des conseils sur les systèmes électroniques et les logiciels embarqués. Un programme chargé attendait les intervenants, les lauréats et le public venu en nombre. Il ne s’agissait pas seulement de récompenser les projets les plus innovants ou de rappeler le travail de l’association Cap’Tronic auprès de ses adhérents. Les intervenants ont rappelé dès le début de la journée les efforts à produire afin de faire progresser le secteur de l’IoT en France et dans le monde.

« La vallée des larmes » de l’IoT

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C’est Olivier Ezratty qui a ouvert le bal. Le consultant spécialiste de l’écosystème IoT rappelle à l’envie que les chiffres avancés par les cabinets d’étude ne se vérifient pas. D’une part parce que les données condensées rassemblent à la fois les objets connectés et les dispositifs comprenant des capteurs comme les smartphones, d’autre part parce la croissance du marché n’est pas aussi forte que prévu. « Nous sommes dans la vallée des larmes des objets connectés ».

Selon le consultant, le marché stagne et peine à prendre son envol. Dans les secteurs grands publics, la plupart des sociétés ne se concentrent pas sur la fréquence d’usage, le fait que le produit connecté puisse être utilisé régulièrement, voire tous les jours, plutôt que de proposer un service utile de temps en temps.

De plus, les Venture Capital se concentrent trop sur les projets destinés au public plutôt que de se pencher sur les solutions IoT industrielles, bien plus profitables à long terme. Comme ces nouvelles technologies sont applicables dans pratiquement tous les domaines, les entreprises petites ou grandes devront rapidement s’adapter. «  Dire de ne pas aller dans l’IoT aujourd’hui, c’est comme dire ne pas aller dans le logiciel et dans les Télécoms il y a quelques années » déclare Olivier Ezratty. Il faut ajouter à cela les défis d’intégration, la levée « des verrous technologiques et de l’investissement », et le manque de « magie » pour vendre des objets connectés innovants.

« En France, le problème vient de la dispersion de la filière IoT » affirme le consultant. D’après son expérience acquise au moment lors des différentes éditions du CES de Las Vegas, les investisseurs étrangers ont du mal à mettre un nom sur la spécificité de l’offre française. « Quand vous allez sur les stands allemands, vous voyez directement leurs atouts majeurs : les voitures. Sur l’espace de la French Tech, c’est plus compliqué de se faire une idée d’un marché organisé autour d’un secteur en particulier.« 

Pourtant, l’expertise obtenue par SigFox et les opérateurs comme Bouygues Telecom et Orange entrés dans l’alliance LoRa montre une forte capacité des acteurs majeurs dans le domaine de la connexion, LA compétence essentielle dans l’émergence de l’IoT. Il faut donc « clusteriser« , donner les moyens aux PME et aux startups de « travailler ensemble » pour faire croître des filières comme la maison connectée ou le domaine des applications pour l’IoT.

La cyber-sécurité, un préalable aux projets IoT

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La croissance est ralentie, mais des solutions existent pour faire grandir les acteurs français. Avant cela, il faut se pencher sérieusement sur la conception de la sécurité des objets connectés. Benjamin Morin, chef du laboratoire architectures matérielles et logicielles à l’Agence Nationale de Sécurité des Systèmes d’information (ANSSI), a multiplier les citations d’exemples récents et anciens d’attaques informatiques liées aux objets connectés.

Le piratage d’une voiture Tesla par des hackers chinois, le DDoS en direction de l’hébergeur OVH, le contrôle à distance d’une caméra connectée, etc. Autant de mauvaises expériences prouvant la nocivité des produits quand ils sont peu sécurisés. « Il ne faut pas négliger l’impact des objets dans la vie réelle » affirme l’expert. »Le secteur de l’IoT est très immature et donc très chaotique, les développeurs ne sont pas assez sensibilisés et les utilisateurs encore moins« .

Cette position alarmiste, Benjamin Morin l’assume. Elle n’est pas une finalité en soi, mais un moyen de mettre en exergue les règles standards de la cyber-sécurité appliquées par les autres acteurs High-Tech. Les composants logiciels et matériels fiables existent et l’application du triptyque « confidentialité, intégrité, disponibilité » permettent de « contenir ou de ralentir les attaques« . Le second intervenant forme les développeurs dans cette optique de protection des entreprises et des consommateurs.

Aller au-delà des difficultés

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Yann Allain, fondateur et CEO d’Opale Security fait des audits auprès des sociétés ayant implantées des capteurs intelligents. Le conseiller auprès de Cap’Tronic précise que sur 100 entreprises sondées, seulement 38 % d’entre-elles pensent la sécurité au commencement de leurs projets IoT et 90 % des entreprises n’ont pas conscience des menaces réelles. 

Les règles sont simples selon lui, il faut faire appel à des experts de l’analyse de surface d’attaque. « Il faut vraiment que tous les acteurs de l’IoT aient conscience de la menace. Faites maîtrisez la menace, cela représente 3 ou 4 % en plus sur le coût de développement » martèle-t-il. Yann Allain exhorte à sécuriser les composants, les objets, le cloud, et aussi les applications de sécurité elles-mêmes.

Il ne faut toutefois se laisser dépasser par le « marketing de la peur » et continuer à innover en reprenant les acquis des autres secteurs de l’informatique. Yves Bourdon, président de l’association, se veut optimiste et rappelle « qu’un million d’euros investis dans Cap’Tronic, c’est 10 millions d’euros de bénéfice cumulé. On a dépassé les 1000 adhérents, nous avons conseillés 760 PME, cofinancée 350 expertises. » Ces acteurs du secteur affirment en substance que l’IoT est une réalité, qu’il faut faire avec pour améliorer la croissance des PME, en bravant les défis qui se présentent actuellement.

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