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[Dossier] L’Idéation : Quelles sont les étapes clés à connaitre ?

L’idéation, pour un objet connecté, c’est la phase primordiale qui va permettre de penser l’objet dans sa globalité. Nous allons ainsi décortiquer les étapes clés de cette phase essentielle à la création d’objets connectés.

Selon les projets, l’objet peut avoir déjà été pensé, rêvé, imaginé par son concepteur. Mais la phase d’idéation reste nécessaire même dans ce cas, puisqu’elle permet d’affirmer les caractéristiques techniques de l’objet, sa forme, son usage, son design et son packaging. Pour Frédéric Wets, expert méthode et production à l’Usine IO, la phase d’idéation doit se passer en premier lieu du cahier des charges et des spécifications de l’objet. Tout est dans le “storytelling”(raconter une histoire). On va créer des scenarii autour de l’objet.

storytelling

Xavier Houy, designer de Mother et de Phonotonic, pense nécessaire, dans la phase de storytelling, de donner un nom à l’objet et de penser à tout, même à son packaging et à sa scénarisation en magasin. Ainsi, une fois que toutes ces briques sont pensées, l’objet peut recevoir un maximum de feedbacks (avis, critiques), ce qui va contribuer à son amélioration. L’autre bénéfice que pointe du doigt Xavier Houy, c’est qu’en pensant à la conception globale de son objet, on lui apporte du poids et une fiabilité supplémentaire, et on décharge les investisseurs, acteurs et partenaires d’avoir à réfléchir à la commercialisation du produit. C’est une des raisons qui pousse les dirigeants d’incubateurs, fablabs, ateliers industriels et professionnels du secteur à encourager les porteurs de projets à s’enrichir d’une équipe variée et compétente, en pensant en amont à tous les pôles d’activité nécessaires pour la réalisation globale de l’objet. Les ingénieurs software et hardware vont conceptualiser l’idée, mais les créatifs, commerciaux, designers et autres maillons de la chaîne vont pouvoir faire de l’objet un véritable produit.

Mother, l'objet connecté au service de la famille

Lorsque Rafi Haladjian, inventeur du Nabaztag, le tout premier objet connecté grand public, a demandé à Xavier Houy de réaliser le design de Mother, la commande a été simple : “Fais moi la maman des objets connectés.” Dans cette phase d’idéation conceptuelle, Xavier Houy a imaginé l’histoire d’une Matriochka bienveillante, une poupée russe, qui veille sur ses enfants en leur préparant des gâteaux, les motions cookies. Ces cookies posés sur des objets de la maison, dans une poche, permettent de surveiller que certaines petites actions du quotidien ont bien été réalisées comme le brossage de dents des enfants par exemple.

Matthieu Plantey, ingénieur chez Kyokita, la division R&D de Wemanity, s’est spécialisé dans les objets connectés. Pour lui, la première étape de la conception de l’objet se noue grâce à la rencontre avec le client désireux de proposer une solution à son marché.

De grosses boîtes veulent faire une brouette connectée. Elles veulent ainsi s’inscrire dans la modernité en sortant un objet connecté, mais elles se savent pas s’y prendre. On leur demande de définir avant tout l’usage ? Quant aux agences de communication, elles proposent des objets connectés qui servent uniquement à faire le buzz. Il faut faire un objet connecté qui ait du sens et une valeur d’usage, car de nos jours, en six mois, 40% des objets connectés sont abandonnés par leurs usagers.”

Reste à démontrer l’utilité et surtout l’efficacité du projet et du produit.

Réaliser un P.O.C

La phase d’idéation s’articule donc autour du concept de l’objet connecté qui va être réalisé, mais on démarre également un premier gabarit qui définira ensuite le produit final. On réalise ainsi des petites maquettes 3D, préalables à la phase de prototypage. Cette maquette s’appelle un P.O.C (Proof of Concept). Le P.O.C est une preuve que le concept fonctionne. Cette maquette de l’objet n’est pas destinée à avoir un design ou une ergonomie réglementée, elle permet simplement de se faire une idée du fonctionnement de l’objet. Par exemple, on peut imaginer une demande d’un client qui veut mettre un capteur dans une bétonnière pour savoir exactement quel est le débit de béton employé. Le P.O.C peut prendre la forme d’un verre d’eau attaché à un support pour le faire basculer comme une bétonnière, auquel on ajoute un capteur qui quantifie la perte de liquide lorsqu’on le vide. Après avoir obtenu un résultat plausible, on montre ce principe au client et on passe ensuite à la phase suivante si le principe est validé. “On met l’objet dans la main des utilisateurs finaux pour qu’ils se fassent une idée du produit définitif” précise Matthieu Plantey.

usine io

Pour aider les concepteurs d’objets dans cette étape d’idéation, à l’Usine IO, Agathe Fourquet et son équipe mettent à disposition des ingénieurs des imprimantes 3D. Sur les ordinateurs, dans la salle de conception, les abonnés de l’Usine IO qui fonctionne, précise Agathe Fourquet : “comme une salle de sport pour ingénieurs”, réalisent les modèles 3D sur les ordinateurs grâce à des logiciels de type Solidworks, et ils passent ensuite sur les machines pour lancer leurs projets. Si on souhaite un rendu plus solide et en d’autres matières, il y a des découpeuses à plasma pour le bois et l’aluminium et des fraiseuses à bois.

L’importance des cycles d’itération : le MVP 

L’itération, dans cette phase, c’est une répétition. On réitère la conception du P.O.C jusqu’à obtenir un concept qui plaise et qui soit validé par le client. Chez Kyokita, on appelle le P.O.C amélioré un MVP, un “minimum viable product”, c’est-à-dire un objet un minimum aboutit pour démontrer son usage.

©Jean-Sebastien Evrard
©Jean-Sebastien Evrard

La coque de l’objet est conçue rapidement aujourd’hui grâce aux imprimantes 3D par exemple, à laquelle le hardware est par la suite intégré. À cette étape, on peut piloter l’objet via l’interface utilisateur conçue en parallèle. De la même manière que l’on réalise un P.O.C pour du hardware, on réalise l’équivalent pour la partie applicative. Ensuite, l’objet est mis dans les mains de l’utilisateur et on fait ce que l’on appelle un pivot. C’est-à-dire qu’on teste l’objet pendant une période de temps. Cette période permet de confronter le produit à l’usage, et corriger le tir pour ne garder que l’essentiel des fonctionnalités requises. L’’Usine IO appelle cela “un sprint”, et ce sprint est chez eux réalisé sur deux semaines, où ils vont faire le tri entre les bonnes et les mauvaises idées.

Matthieu Plantey, pour Kyokita, met en garde contre la tendance des entreprises à voir dans les objets connectés une nouvelle ruée vers l’or : “Beaucoup de boîtes créent des objets connectés dans des secteurs qui n’ont en ont pas besoin, parce que ça peut être un deuxième relais de croissance. Mais il ne faut pas se lancer à l’aveuglette.”

La vision de Publithings

Logo publithings

Chez Publithings, nous réalisons des études sur mesure pour les entreprises en transition connectée ou les start-ups en faisant un “scope”, un état des lieux des objets connectés du secteur d’activité du client au niveau mondial. Nous proposons ensuite des recommandations personnalisées.

Selon nous, la phase d’idéation fait partie des phases les plus importantes. Mais on remarque qu’il y a en réalité plusieurs phases dans une seule. Les idées se développent et émergent logiquement tout au long de la création du produit et même après.

Il y a très peu d’objets connectés qui n’ont pas eu leur V2, et tant mieux. Tout dépend du type d’objet que l’on veut concevoir. Pour des montres et des bracelets connectés, cela paraît évident de proposer des versions suivantes. A contrario, Mother de Sen.se est un objet conçu pour durer dans le temps. C’est la couche logicielle qui va devoir être améliorée et mise à jour. À ce stade, il faut répondre à un usage bien précis pour son objet connecté. Il est également important de passer par une véritable étape de lecture d’études et de benchmarking afin de bien connaître le secteur auquel on s’adresse et prendre de l’expertise à ce sujet.

Pendant la phase d’idéation, et tout le long de la conception de votre objet connecté, on conseille plutôt deux fois qu’une de confronter son point de vue avec celui d’autres personnes et de se faire critiquer. C’est fondamental. Si vous n’entendez que des avis positifs, c’est que votre objet risque de vous faire aller droit dans le mur.

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