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[Interview] Armand Billard, un designer globe-trotter

Armand Billard est le fondateur de Caïman Design, une agence de design qui s’intéresse tout particulièrement aux nouvelles technologies et aux objets connectés. Il nous livre dans un entretien passionnant sa vision du marché des objets connectés. 

Voyage extraordinaire au pays du design connecté

Il n’est pas aisé de résumer Armand Billard en quelques dates. Au tout début de sa carrière, il fait ses premières armes dans le design chez Alcatel en tant que Freelance. Là, il travaille sur le design de téléphones, qui ont comme point commun avec les objets connectés de devoir être agréables et simples d’utilisation.

Il cesse de travailler pour Alcatel et continue jusqu’en 2005 en tant qu’auto-entrepreneur dans son agence de design baptisé CaïMand. C’est d’ailleurs à cette époque qu’il commence à recevoir la reconnaissance de ses pairs, en obtenant en 2004 l’Etoile de l’Observeur du design pour le DECT Macaron d’Inventel et en 2005 une autre Etoile de l’Observeur du design pour la gamme de jouets Meccano.

Et là, parenthèse inattendue dans sa vie de designer, il décide avec son cousin, de partir en voyage autour du monde pendant deux ans. De ce voyage naîtra un livre, Le voyage extraordinaire de deux cousins autour de la terre.
De retour de son périple avec des images sublimes dans la tête et sur papier, Armand Billard se donne un mois de répit avant de fonder Caïman Design, une agence de design et de conseil en innovation. C’est par cette agence qu’il tentera ses premières expériences dans le monde des objets connectés, mais le mieux pour en apprendre plus reste quand même de l’écouter, d’une voix qui trahit sa passion.

« Le design d’un objet connecté, c’est le design d’un service »

Quand on lance Armand Billard sur le design des objets, il va droit au but, tout en enrichissant son propos de quelques images simples et explicites. « Caïman Design est une agence spécialisée dans la conception de produits et de services, c’est-à-dire du design produit et du design digital ce qui est aujourd’hui les deux composantes essentielles d’un objet connecté, à savoir la réalisation d’un objet plus celle d’une application qui va faire le lien entre l’utilisateur et l’objet« . Durant ces 15 années d’expérience, le designer français et son agence se sont toujours intéressés aux nouvelles technologies.

A la fin des années 1990, ils se sont intéressés aux téléphones mobiles, puis ont désignés presque toutes les box internet françaises que l’on peut connaitre. « Pour la petite histoire c’est parce que notre client historique était la première société d’Eric Carreel, (alors fondateur d’Inventel)« . Pour ceux qui ne le sauraient pas, Eric Careel est le dirigeant et fondateur de Withings, une société française qui fait partie du gratin mondial des objets connectés. « Je citerais également Henri Nicolas Olivier qui aujourd’hui a créé Bluetreck et d’autres sociétés. Le fait d’avoir travaillé depuis 15 ans avec ces sociétés, qui avaient des employés qui ont aujourd’hui également fondé leur société nous a fait prendre de l’expérience. J’aime à croire aujourd’hui qu’on est une des rares agences en France à être capable de fournir le design entier de l’écosystème d’un objet connecté« .

Lorsqu’on lui demande en quoi consiste le design d’un objet connecté, il nous répond spontanément « c’est le design d’un service ». Et pour nous l’expliquer, il évoque la toute première discussion qu’il a eu avec Eric Careel sur les objets connectés « Quand il a créé Withings, il nous disait que l’ambition c’était de connecter n’importe quoi. Pour lancer la boîte il fallait lancer l’objet connecté qui avait du sens, et le premier fut la balance. La réflexion consistait à transformer un automatisme du matin sur lequel je n’ai aucune mémoire instantanée. C’est donc d’abord le design d’un service qui a donné naissance à un objet ». Et la recette fut réutilisé pour tous les objets Withings, avec le succès qu’on leurs connait.

[blockquote style= »1″]J’aime à croire aujourd’hui qu’on est une des rares agences en France à être capable de fournir le design entier de l’écosystème d’un objet connecté[/blockquote]

Vea Buddy, une des créations d'Armand Billard
Vea Buddy, une des créations d’Armand Billard

« Le design ne doit plus se résumer à un coup de crayon de designer »

Le design d’un objet connecté ne suivrait donc pas la même réflexion que celui d’un objet ordinaire ?
« Il faut que l’objet qu’on design exprime totalement la fonction qu’il va supporter. On arrive aujourd’hui à un déplacement de l’influence qui fait que, la connexion de l’objet étant devenu une technologie très simple, on est capable d’intégrer l’objet connecté dans un écosystème qui est beaucoup plus lié à son environnement naturel».

Et pour nous l’expliquer de façon concrète, Armand Billard prend l’exemple de la poignée de porte « Si j’avais dessiné une poignée de porte connectée il y a 3 ou 4 ans, on se serait dit vraiment cette poignée de porte elle a un design bizarre. Aujourd’hui, si un fabricant voulait se lancer dans les poignées de portes connectées, la logique voudrait que dans sa gamme il puisse vous proposer une poignée de porte très design et une autre qui s’intègre dans un appartement parisien haussmannien. Le design ne doit plus se résumer à un coup de crayon de designer »

Le design d’un objet connecté consiste donc à rendre accessible cet objet pour qu’il soit adopté par l’utilisateur sans difficulté. Mais quel est le détail qui permet de s’en assurer ? « L’expérience utilisateur sans hésiter. L’important c’est l’accessibilité du service car on ne va pas forcément interagir avec l’objet. Quand on crée un device de contrôle de température de l’habitat par exemple, on va avoir des radiateurs qui vont avec. Une fois qu’on les a installé on n’y touche plus. Il faut que le radiateur soit joli dans l’habitat mais l’interaction va être avec l’application.  C’est l’expérience utilisateur qui va faire qu’on utilise bien l’objet connecté. Dans des applications d’informations, les contenues sont à peu près les mêmes mais les utilisateurs les choisissent par rapport aux degrés d’adaptation qu’ils ont avec ces applications. C’est de même avec les objets connectés »

[blockquote style= »1″]Tout le monde s’est offert des bracelets Jawbone il y a deux ans, mais aujourd’hui personne n’en porte car ça n’apporte pas grand chose…[/blockquote]

La recette du succès d’un objet connecté tient pour Armand Billard en son utilité sur la durée. C’est d’ailleurs pour cela que lorsqu’on lui demande quel objet connecté l’a le plus surpris par son design, il recentre très vite la question sur la tendance actuelle des montres connectées « Je l’attends encore en faite. Je sais qu’il est dans la montre. Il y a des prémices, des pistes intéressantes, Withings a bien bossé mais je trouve qu’il y a un truc un tout petit peu bancal. J’ai vu MontBlanc qui a fait une boucle de bracelet connecté, ce n’est pas mal mais c’est pas du tout dans les codes MontBlanc. J’attend les smartwatchs mais je ne vois pas le truc. Je suis très amateur de montres et acheter une montre très cher qui est tout sauf pérenne, qui sera obsolète au bout d’un an, je ne comprends pas. On est pas dans le smartphone, qui a un taux de renouvellement autour de 24 à 36 mois. Je pense que les acteurs de la montre regarde ça de près mais ne sont pas inquiet».

Armand Billard place donc l’utilité de l’objet connecté avant toute chose, et c’est pour cela d’ailleurs qu’il ironise à propos de la brosse à dent connectée qu’il considère comme inutile, ou encore sur les podomètre qui n’apportent pas une réelle valeur ajoutée. Pour lui la montre connectée qui bouleversera le marché sera une montre capable d’intégrer une technologie qui sera utile à l’utilisateur sur le long terme, tout comme on garde une montre pendant 50 ans. C’est d’ailleurs pour cela qu’il distingue les entreprises d’objets connectés qui vont faire un coup avec un seul objet, de celles qui propose des solutions efficientes comme Withings.

L'agence Caïman Design ne fait pas que dans le High-Tech, la preuve avec ces jouets en boid
L’agence Caïman Design ne fait pas que dans le High-Tech, la preuve avec ces jouets en bois

Une rencontre humaine

Si vous voulez lancer votre objet connecté, mais que vous ne connaissez rien en matière de design, quel budget allouer à cet élément incontournable de votre objet ? « Il faut trouver son bon interlocuteur, c’est une rencontre humaine. On parle de dizaines de milliers d’euros. Ça dépend également de la complicité de l’objet. Le design du Power Flower de Parrot n’a pas dû être très compliqué. Celui d’une montre le sera beaucoup plus. Cela dépend également si le designer est là aussi pour étayer le projet ou non. Globalement, le prix de l’industrialisation est beaucoup plus élevé »

Pour finir, quelles sont les inspirations du studio Caïman Design ? « La cible d’utilisateur du client. On propose notre vision de designer mais au niveau du style on fera celui qui marche le mieux pour la finalité. Il y a des projets qui sortent de l’agence et qui ont des succès commerciaux énormes mais moi je n’aime pas le style« . Le métier de designer consiste donc pour Armand Billard à s’approprier un code esthétique qui n’est pas forcément le sien, un caméléon plus qu’un caïman.

Un dernier conseil ?

[blockquote style= »1″]Le design n’est pas une épreuve égocentrique. Attention aux designers qui vous emmène exclusivement dans leurs univers.[/blockquote]

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