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[Olivier Ezratty] Industrie : La France doit se concentrer sur des « domaines clés »

Olivier Ezratty s’est penché sur l’intervention de l’Etat en France dans l’industrie depuis une quarantaine d’année. Il  préconise aux entreprises et au gouvernement de se concentrer sur des projets phares.

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Olivier Ezratty consultant High-Tech pour diverses startups et entreprises est aussi un influenceur dans le domaine de l’IoT. Il veille avec attention, scrute les nouveautés et les mouvements, les tendances qui traversent ce secteur. Il s’exprime ouvertement sur son blog, Opinions Libres.

Dans vos deux dernières publications sur votre blog, vous revenez longuement sur les réussites et les échecs des politiques industrielles françaises. Selon vous, qu’est-ce qui a changé entre les Trente glorieuses et aujourd’hui ?

L’Etat est passé d’un rôle de lanceur de grands projets industriels ou d’infrastructures à un rôle plus neutre et moins engagé, alimentant les chercheurs et les entreprises dans le cadre d’appels à projets et de projets collaboratifs. Son rôle de client a décliné alors que les grands services publics étaient ou privatisés ou rendus plus indépendants.

Il s’est aussi dispersé sur un très grand nombre de sujets, illustrés par les 71 pôles de compétitivité et les dizaines de champs d’action des différents plans industriels des dernières années. La France est très peu focalisée. Et il en va de même de pas mal de pays européens. Notre fragmentation géographique et thématique est une grande faiblesse.

L’Etat n’est plus forcément au cœur des innovations, mais il est l’initiateur, un soutien au développement des technologies. N’est-ce pas qu’une façade ?

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Il continue surtout à jouer son rôle de financeur de la recherche publique. Le mode de financement a aussi évolué, notamment depuis la loi Pécresse de 2007, avec une part plus grande du financement portant sur des projets et des partenariats public-privé. La R&D des entreprises privées est soutenue de manière un peu artificielle par le mécanisme du Crédit Impôt Recherche. Artificielle au sens où malgré le CIR, la part de la recherche privée reste faible en France. La recherche est mal en point, trop dispersée et les chercheurs très mal rémunérés.

Nombreux sont ceux qui choisissent de mener leurs recherche à l’étranger. L’un des cas récents les plus connus est Emmanuelle Charpentier qui a découvert les ciseaux à ADN CRiSP-Cas9 avec l’Américaine Jennifer Doudna. La première étant basée à Berlin. Côté startups et entreprises, de nombreux projets sont financés dans le cadre d’appels à projets financés notamment par le Programme d’Investissement pour l’Avenir.

L’Etat fait aussi en sorte de dynamiser l’écosystème entrepreneurial, surtout dans le numérique. Ses moyens d’action sont variés : il finance les entreprises de manière plus concertée avec Bpifrance et via la fiscalité, il les accompagne à l’international avec l’initiative French Tech, Business France et la Coface. Avec les régions et encore la French Tech ainsi qu’avec les Pôles de Compétitivité, il dynamise – comme il le peut – les clusters d’innovations. Il joue aussi un grand rôle comme client dans certains projets d’infrastructures et en tant que régulateur, comme pour l’accélération du déploiement du très haut débit.

Quelles sont les influences de l’Union européenne dans ces politiques de plans que vous avez décrits ?

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Elle joue un rôle dans le financement de divers projets collaboratifs européens, dans le cadre de l’initiative Europe 2020. Mais les Français ne sont pas très forts dans la récupération de ces financements. Malgré tout, les initiatives industrielles lancées par la France qui ont donné à ce jour les meilleurs résultats économiques sont européennes : Airbus et Ariane. Elles devraient être des sources d’inspiration pour des projets ambitieux comme dans la génomique et la médecine prédictive.

L’Europe a un rôle clé à jouer pour faire en sorte que son marché soit aussi unifié que possible. Nous en sommes encore loin. L’Euro ne suffit pas. Dans trop de secteurs, les grands acteurs européens sont nationaux et non pas transnationaux (télécoms, retail, BTP, e-commerce). La fragmentation de la fiscalité et du droit du travail ont souvent bon dos, mais la fragmentation linguistique est probablement l’un des plus gros obstacles à lever. La traduction automatique permettra sans doute un jour de changer cette donne.

Pensez-vous que l’IoT industriel est essentiel pour la compétitivité de la France ?

L’IoT est un sujet parmi d’autres qui font la compétitivité numérique des entreprises. C’est de l’outillage, tout comme le cloud, le big data, les solutions d’intelligence artificielle ou les réseaux M2M. Pour être compétitif, il faut se focaliser sur quelques domaines clés et se donner les moyens techniques et commerciaux d’y devenir les meilleurs. C’est par exemple l’ambition de Sigfox dans les réseaux M2M qui est le premier dans la course contre la montre de mise en place d’un réseau M2M international. Sans d’ailleurs que le rôle de l’Etat soit manifeste.

Selon vous, quels sont les secteurs directement impactés par l’IoT industriel en France ?

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Potentiellement, tous les secteurs sont concernés. On peut mettre des capteurs presque partout pour rendre les activités industrielles plus efficaces. Cela touche les usines, la smart city, la santé, les transports, le BTP, etc. Il reste à trouver où va se concentrer la valeur dans l’IoT. Tout ou presque relève de la commodité dans ce marché : les capteurs, les réseaux, le cloud et les serveurs. Les plateformes transversales de ce marché n’ont pas encore réellement émergé. C’est d’ailleurs une opportunité à saisir, avec peu de gagnants à la clé.

Sans forcément parler d’initiative étatique, n’est ce pas un moyen pour les géants comme Areva, Airbus, les fleurons classiques de l’industrie en France de briller à nouveau ?

A charge pour eux de faire les bons paris, d’avoir une R&D forte, d’expérimenter et d’innover plus rapidement que leurs concurrents. C’est un enjeu générique pour chaque nouvelle révolution industrielle. Les cycles d’innovation de ces grands acteurs sont toutefois très lents. Il faut plus de 10 ans pour lancer un projet d’avion et tout autant pour construire une centrale nucléaire. Les déboires d’Areva dans les EPR ne sont pas de bon augure. Les cycles d’innovations liés au numérique sont bien plus rapides, même ceux de la course à la miniaturisation de la fabrication des processeurs.

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