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OrCam MyEye, quand les fondateurs de Mobileye aident les déficients visuels

Les fondateurs de Mobileye, le célèbre concepteur de système anti collision rachetée il y a peu par Intel, ne veulent pas seulement aider les automobilistes. Ils ont également fondé OrCam, une entreprise qui adresse les possibilités de la computer vision aux déficients visuels avec OrCam MyEye.

Des lunettes qui parlent, voilà la description la plus simple et peut-être un peu saugrenu que l’on pourrait faire du produit développé par OrCam, une entreprise israélienne fondée en 2010. En réalité, il s’agit d’un outil critique pour les personnes atteintes de déficience visuelle souhaitant retrouver leur autonomie au quotidien.

Prototypé dès 2013, Orcam MyEye est le fruit de près de dix ans de développement. En explorant les possibilités des algorithmes pour créer des systèmes complexes d’évitement destinés aux voitures, les fondateurs de Mobileye ont également compris l’intérêt de la computer vision dans le cadre de l’assistance à la personne. Ils donc fondée une société indépendante de Mobileye.

La computer vision consiste à reconnaître des objets, des obstacles, des personnes. Alors, pourquoi cantonner une telle technologie à la sécurité ou à la conduite autonome au lieu d’aider les humains “à mieux voir”. C’est le pari pris par OrCam qui a levé au total 56 millions de dollars, dont 41 millions, le 1er avril dernier.

OrCam MyEye, le dispositif qui aide « à mieux voir » par l’ouïe

OrCam MyEye est donc un appareil qui se clipse simplement sur une monture de lunettes et est relié à un petit boîtier de la taille d’un petit smartphone. Ce petit boitier contient la batterie, des écouteurs et un microphone et la partie informatique, tandis que la monture va supporter une petite caméra. Le tout pèse 163 grammes.

Delphine Nabeth, responsable du marché français d’OrCam MyEye explique le fonctionnement de ce système intelligent : “La caméra permet d’une part de capter les images et d’autre part de transmettre les informations qui sont analysées par le boitier avant de les retransmettre aux écouteurs situés au niveau des oreilles de l’utilisateur.

Mais cela ne suffit pas à expliquer la plus-value d’OrCam MyEye. Delphine Nabeth ajoute :

La caméra va servir à traiter plusieurs types d’informations. Si une image présente un visage, le dispositif va estimer s’il connaît la personne et l’annoncer depuis les écouteurs le cas échéant. S’il s’agit d’un produit, le boitier va citer le nom de ce produit. S’il reconnaît du texte imprimé ou numérique, il va le lire à l’utilisateur en suivant son doigt. De même pour les billets de banque.

OrCam MyEye peut enregistrer 150 produits et 100 visages dans sa zone de stockage. Le tout est contrôlable par le biais des touches présentes sur le boîtier et par reconnaissance des gestes.

Trois utilisateurs types

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Pour une personne qui voit normalement, ces trois fonctionnalités n’ont que trop peu d’intérêt. En revanche, une personne malvoyante trouve là une aide précieuse au cours de son quotidien afin de retrouver son indépendance. La responsable du marché français précise : “Avec OrCam MyEye, nous nous adressons à trois types de personnes : les déficients visuels ou en perte d’acuité visuelle, les aveugles et les personnes atteintes de dyslexie”.

Chacun des types n’utilisera pas OrCam MyEye de la même manière. Un aveugle profitera de la plupart des fonctionnalités même s’il est “habitué” à sa condition. Un dyslexique trouvera une aide à la lecture bienvenue. Une personne atteinte de DMLA (1,7 million de cas en France) toujours en capacité de se déplacer trouvera un assistant à la lecture et pendant ses courses.

Ce dernier type est le cœur de cible d’OrCam MyEye. Les personnes atteintes de dégénérescence maculaire liée à l’âge s’habitueront moins facilement à leur condition que les autres types cités. Le produit peut donc clairement être catégorisé dans le secteur de la silver economy.

Une deuxième entreprise à la croissance rapide

Afin de croître sur ce secteur, OrCam a débuté par distribuer son produit dans son pays d’origine, en Israël. L’entreprise a ensuite traduit l’assistant vocal en anglais pour adresser le marché étasunien en 2015. Depuis, le dispositif est disponible notamment au Canada, au Royaume-Uni , en France, en Espagne, en Allemagne et en Scandinavie. “Nous espérons prochainement entrer sur d’autres marchés”, affirme Delphine Nabeth.

En France, le produit est distribué depuis octobre 2016 par le biais des enseignes Essilor, chez les opticiens ayant un corner spécialisé ou chez les spécialistes de la déficience visuelle.

Cette croissance rapide peut s’expliquer facilement. Le premier investisseur d’OrCam, Intel Capital, a donné beaucoup de crédit au projet. Il a ensuite bénéficié d’une couverture médiatique importante et enfin les retours des utilisateurs sont majoritairement positifs.

Quand nous faisons essayer OrCam MyEye dans des structures médicalisées, les patients réagissent positivement et nous font des suggestions pour encore améliorer le produit” se réjouit Delphine Nabeth.

Des défis techniques et économiques à relever

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Il s’agit d’un défi de taille pour les équipes de la jeune société. En effet, le dispositif doit analyser les images à l’aide de semi-conducteurs équivalents à ceux des smartphones les plus puissants. De même, ajouter des algorithmes particuliers, par exemple pour reconnaître un dénivelé ou un trou demande de revoir la gestion du traitement des informations et de la batterie. L’utilisateur devra également faire la mise à jour manuellement puisque ce dispositif n’est pas connecté à Internet pour des raisons de sécurité évidentes.

Aujourd’hui, OrCam MyEye est capable de tenir 6 heures de fonctionnement en mode lecture et une journée (entre 8 et 12h) en utilisation normale.

Mais les questions du prix et de la prise en charge par la sécurité sociale et les mutuelles restent un frein à l’adoption d’OrCam MyEye. Des personnes ou des proches aisés n’hésiteront pas à débourser 3995 euros ou 2990 euros pour le modèle de lecture (MyReader), mais d’autres pèseront davantage le pour et le contre avant de débourser ces sommes conséquentes, sachant que ces dispositifs ne sont garantis que deux ans. OrCam peut dans tous les cas effectuer une démonstration gratuite.

Delphine Nabeth et son entreprise sont bien conscientes du problème : “nous travaillons à faire reconnaître notre produit comme une prothèse visuelle. Cela permettrait de le faire rembourser en partie par les mutuelles, mais cela réclame d’effectuer de longues démarches.”, déclare-t-elle.

L’accès à aux technologies de Computer vision au plus grand nombre prendra donc encore quelques années. Dans ce laps de temps, OrCam aurait fait évoluer ses produits. En effet, l’entreprise israélienne travaille déjà à réduire le poids de son dispositif et sur un modèle à accrocher sur le torse.

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