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Santé connectée : une révolution, mais patients et médecins sont-ils prêts ?

L’auto-mesure, le quantified-self est en passe d’envahir nos vies. Déjà des milliers de capteurs viennent permettre de prévenir certains problèmes médicaux et de mieux prendre en charge les patients. Pourtant, mal utilisés, ils peuvent encourager à l’auto-diagnostique et au stress de la prévention comme nous le précise l’émission de radio « le téléphone sonne » diffusée sur France Inter. Nous l’avons suivie pour vous, voici ce qu’il en ressort.

Médecins et patients sont-ils prêts à accueillir cette nouvelle technologie ?

Pour Cécile Monteil, pédiatre aux urgences de Robert Debré et directrice médical d’Ad Scientiam, les objets connectés permettent de récupérer des informations de bien meilleure qualité. En effet, contrairement à une prise de mesure ponctuelle dans un cadre défini, l’objet connecté permet de récolter des données tout au long de la journée alors même que le patient poursuit ses activités habituelles.

Ad Scientiam a d’ailleurs une vocation scientifique en créant des outils qui font bénéficier, la recherche et la clinique, des nouvelles possibilités qu’offrent les Smartphones. Leur but est de répondre aux besoins des cliniciens et patients en créant des applications qui leur conviennent.

Thierry Zylberberg, directeur d’Orange Healthcare, est quant à lui actif dans le domaine de la santé en ce sens que cette startup développe des produits et services pour connecter l’ensemble du monde de la santé. Ce travail passe par un hébergement des données, une circulation de l’information, la collecte des objets connectés.

Gaël Sliman, président d’Odoxa, publie le baromètre santé 360, une revue trimestrielle qui permet d’interroger toutes les cibles concernées et pertinentes dans le domaine de la santé. En partenariat notamment avec Orange Healt Care, il en tire une conclusion : la question de savoir ce qu’est la bonne médecine divise patients et médecins. En effet, les médecins sont les plus enclins à laisser le patient intervenir dans ses soins. Les patients y sont un peu moins enclin mais restent conscient et favorable à cette possibilité. Les français, non-atteints d’une longue maladie, en revanche, souhaitent que le médecin reste seul juge et référent en la matière.

Guillaume Charpentier, chef du service de diabétologie du centre hospitalier sud francilien, mène quant à lui une expérimentation pour les diabétiques de type 1, dans le but d’améliorer la santé du patient.  200 000 personnes en France sont touchés par cette maladie, la plupart depuis leur adolescence. Contrairement à d’autres diabétiques, ceux-ci n’ont plus de pancréas et nécessitent plusieurs piqûres d’insuline par jour, y compris la nuit. Ces patients doivent calculer, quatre à cinq fois par jour, leur dose d’insuline en fonction de ce qu’ils mangent, l’activité sportive qu’ils envisagent et leur taux de glycémie. Pour certains patients, ce calcul s’avère laborieux, il est donc imaginé un système qui se base sur le Smartphone. Le patient rentre ses données de repas, sport et son taux de glycémie et le téléphone calcule la dose.  Les données sont immédiatement transmises à l’équipe soignante qui surveille, en cas de difficulté, un système d’alerte est prévu.  Tout en autonomisant le patient, ce système le rapproche de son médecin qui peut faire ses consultations lorsque cela est vraiment nécessaire.

Vincent Lambert, directeur Marketing de Citizen Sciences, à l’origine du D-shirt, un T-shirt connecté primé au CES 2015, considère que son produit, réservé pour l’heure au monde du sport, pourrait devenir un outil médical. Ce groupe envisage une évolution médicale du D-shirt qui pourrait sans discontinuer, calculer le rythme cardiaque, mais aussi la température ou encore la composition de la transpiration, etc.

Cécile Monteil émet néanmoins une réserve sur ce type de produit, elle rappelle qu’il ne faut en aucun cas surfaire les choses, il convient de trouver la meilleure application pour les patients et les médecins. Pour cette dernier, parfois, des objets connectés plus petits qu’un T-shirt, seraient plus adaptés.

Les questions persistantes autour de la santé connectée

  • L’implantation de puces pour récolter les données de santé

Serait-il possible d’implanter une puce dans le corps des nourrissons afin de contrôler une maladie épidémique ? Pour Cécile Monteil, l’idée n’est pas totalement à exclure mais il convient de ne pas surmédicaliser la vie. Dans le cadre du virus du Sida par exemple, la puce ne serait pas pertinente. La mère est testée, l’enfant également, par la suite, il convient d’encourager la prévention et l’éducation plutôt qu’une puce qui ne fera que prévenir, a posteriori, que le patient est contaminé.

Thierry Zylberberg rappelle qu’il existe aujourd’hui des glucomètres à lecture continue. Un certain nombre de ces implants sont reliés directement avec le médecin. La juste mesure réside dans le choix des maladies à surveiller par ce moyen afin de ne pas faire des objets connectés, des éléments trop intrusifs.

  • L’exclusion des personnes qui ne disposent pas de Smartphone

Cécile Monteil considère que d’ores et déjà, de nombreuses personnes âgées possèdent et savent utiliser un smartphone. Pour la population en général, il ne sera bientôt plus possible d’acheter un autre type de téléphone, ce ne serait donc qu’une question de temps.

Gaël Sliman a remarqué que les écarts entre jeunes et anciens, concernant l’utilisation du Smartphone, n’étaient pas aussi énormes que ce que l’on pense. La réelle différence réside dans la conscience de l’importance que revêt le fait d’être connecté par rapport au suivi pathologique. Être connecté est un avantage décisif peu importe l’âge, mais, les jeunes, nés avec la technologie, en prennent plus facilement conscience.

  • Le piratage des objets connectés

Cette inquiétude fait suite à la démonstration d’un ancien hackeur, reconverti dans la sécurité informatique, qui avait prouvé qu’il était possible de pirater un pace-maker et de l’arrêter ou au contraire, de déclencher un choc électrique mortel d’environ 830 Volts.

Thierry Zylberberg explique que seule une personne dotée d’une puissance informatique considérable et de beaucoup d’expérience y est parvenu. De plus, la majorité de ces systèmes sont protégés. La France posséderait l’un des meilleurs systèmes de protection des données médicales. Il faut, dès que l’on veut en héberger, avoir un agrément de la CNIL et du Ministère de la santé attestant que les données sont protégées physiquement et en matière informatique.

  • L’intrusion des mutuelles et des assurances

Les mutuelles s’intéressent de plus en plus aux objets connectés, aux États-Unis, les assurances récoltent déjà leurs données pour réduire ou augmenter leur prix. Les médecins peuvent répéter l’utilité de s’équiper, seulement 5 % des patients en possèdent. Les objets connectés grand public, rappelle Gaël Sliman, sont différents des applications médicales. Un patient sur deux va jusqu’à affirmer qu’il craint pour le secret médical et le libre choix du patient. Il faudrait, selon lui, que les professionnels rassurent sur ces outils.

Thierry Zylberberg rappelle que des fuites sont toujours possibles, il énonce le cas anglais, où, un disque dur avec les données de santé de milliers d’assurés avait été trouvé dans le métro. En France, on réfléchit actuellement sur l’Open Data, une commission est réunie et réfléchit sur les restrictions à apporter en cas de telle évolution. Il serait alors possible d’avoir accès aux données dans un  but unique de recherche, à condition d’avoir une autorisation spécifique. En aucun cas en revanche, les données ne pourront servir à des profilages ou débouchés économiques.

  • Vers un remplacement du médecin par les objets connectés ?

En Californie, un système de santé base une partie de son activité à distance, avec des capteurs et des caméras. Thierry Zylberberg rappelle qu’il convient néanmoins de distinguer les patients déjà examinés par un médecin et qui n’ont besoin que d’un renouvellement d’ordonnance par exemple, de ceux qui nécessitent un réel diagnostique. Pour ces derniers, la technologie ne peut, sauf en de rares cas, dispenser de la présence du médecin. La médecine totalement virtuelle n’est pas possible, mais une partie pourrait le devenir.

Cécile Monteil considère que la technologie, contrairement à la croyance populaire, rapproche le médecin du patient. Tout d’abord, il est toujours mieux de visiter une cabine de téléconsultations à distance que de ne rien avoir. Ensuite, il est plus simple pour un médecin de lire les données des objets connectés pour se faire une idée, que d’interroger le patient. De cette manière, le docteur peut se concentrer sur le patient et avoir une approche plus humaine que pratique.

  • Les conséquences sur la santé des objets connectés

Des études sur le long terme vont conduire à une réelle information sur l’électrosensibilité. Cécile Monteil rappelle qu’il se créé des poches isolantes pour éviter les ondes constantes du Smartphone contre la peau. Pour le reste, comme dans tous les domaines, elle ne considère le danger que dans l’excès puisqu’à l’heure actuelle on ne sait pas les réelles conséquences.

Thierry Zylberberg a une vision plus générale, on est entouré d’ondes que l’on possède ou non des objets connectés, celles-ci viennent du soleil, sont électromagnétiques, etc. Pour limiter l’exposition, les fabricants d’appareils médicaux utilisent de plus en plus le Bluetooth Low Energy qui permet de limiter la dose d’ondes.

  • Qui peut assumer l’impact économique de la santé connectée ?

L’investissement aussi bien humain que financier est très important au départ, a fortiori, selon Cécile Monteil, le système médical est une grosse entité qui a du mal à bouger. Les médecins ne sont pas assez formés. Pour y remédier, elle a créé un groupe Facebook, d’information et d’éveil à cette nouvelle technologie : les médecins barbares.

Gaël Sliman confirme que les médecins doivent se former, tout particulièrement ceux qui ont affaire à des patients atteints de pathologies chroniques, pour lesquels les objets connectés sont le plus adaptés.

Une étude française est venue montrer la baisse des chocs inappropriés par les porteurs de pace-maker qui restaient connectés. Le coût de suivi du patient a également diminué et son suivi s’avère plus efficace.

Du côté des patients, le remboursement des objets connectés destinés à la santé est souvent évoqué, l’étude menée notamment par Gaël Sliman met en relief que 80 % des patients considèrent que ceux-ci devraient faire l’objet d’un remboursement, seulement la moitié des médecins sont du même avis.

Thierry Zylberberg rappelle que la transmission des informations au médecin nécessite de le payer pour qu’il les analyse, il faudrait donc citer ce suivi à distance dans la nomenclature, ce n’est pas encore le cas.

La solution, pour Cécile Monteil, serait dans une prise de conscience du patient. Les informations de santé ne sont à regarder par le médecin qu’une fois en rendez-vous ou en cas d’urgence, toute une mentalité à acquérir…

 source : France Inter – émission du mercredi 21 janvier 2015 – Hélène Jouan 

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