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Robotique : les enjeux d’un secteur d’avenir – Partie 2/3

Ce dossier en 3 parties a été proposé par 5 étudiants de l’EMLYON (Victor Bouin, Violette Lepercq, Flavien Chervet, Pierre Marionneau et Claire Gautier) qui ont travaillé sur la robotique pour leur mémoire de 2015.  Merci à eux pour leur travail et pour ce partage !

Si vous avez manqué la 1ère partie de ce dossier, cliquez ci-dessous :

Robotique enjeux d un secteur d avenir partie 1

2. Quelles transformations pour la société ?

A. L’existence de freins au développement de la robotique

1. Les freins psychologiques

Il existe encore des freins d’ordre psychologique à l’égard des robots. Ces freins sont variables selon les pays (et donc les cultures), selon les types de robots (industriels ou de services) mais aussi selon leur aspect (humanoïde ou non). On peut cependant remarquer deux inquiétudes sociétales récurrentes :
– La destruction des emplois
– L’émergence d’une intelligence artificielle « incontrôlable »

etude chiffres robots emplois
Source : Enquêtes d’opinions en UE, en 2012 puis en 2014, par Special Eurobarometer

 

La question de la destruction des emplois est un frein majeur au développement de systèmes robotisés dans les entreprises. En effet, bien que les robots servent souvent à alléger le travail de l’homme ou à le faciliter, en évitant des tâches trop pénibles ou répétitives, la peur de la perte de l’emploi est bien réelle. La question de la destruction de milliers d’emplois est récurrente dans la presse et dans les impressions recueillies auprès des salariés. Mais la menace de cette destruction est difficilement évaluable. Les opposants et les partisans à la robotisation se contredisent : à terme, création de chômage ou d’emplois ? Il est à l’heure actuelle difficile de se prononcer sur la question. Quoi qu’il en soit, actuellement, pour un robot fabriqué, c’est 3 emplois qui sont créés (moyenne mondiale).*


Propos recueillis auprès de Mme Catherine Simon, présidente d’Innorobo :

D’après vous la robotique va-t-elle créer plus d’emplois qu’elle ne va en détruire ?

« A court terme la robotique va créer des emplois, surtout qualifiés.
À plus long terme, la robotique étant un secteur à haut potentiel disruptif, elle va tout changer. 50% des économistes pensent qu’elle va tuer 30 à 40% des emplois dans le monde. Mais les 50 autres pourcent prônent la destruction créatrice.
Je pense que le plus grand défi va être d’accompagner les secteurs touchés – comme les métiers de l’industrie et du transport – pour leur permettre de se transformer et de s’adapter à la robotique. »


Les inquiétudes vis-à-vis du développement de la robotique se prolongent parfois en une réelle peur de l’intelligence artificielle que nous serions capables de créer. Cette peur est d’abord nourrie par des films de science-fiction tels que Terminator ou encore Matrix, où des robots prennent le contrôle de notre monde. En pratique, ce scénario n’est pas envisageable, l’intelligence humaine étant pour l’heure bien trop complexe à reproduire. Cependant, certaines personnalités ou philosophes tiennent publiquement des propos alarmistes allant dans le sens d’une intelligence artificielle.

C’est par exemple le cas de Nick Bostrom, philosophe à l’université d’Oxford, qui nous explique dans son livre Superintelligence : Paths, Dangers, Strategies l’émergence probable d’une super intelligence artificielle qui permettrait au robot de contrôler ce qu’il souhaite.
Beaucoup de scientifiques en robotique tels que Rodney Brooks critiquent ce genre de propos, en mettant en évidence une certaine méconnaissance de ces technologies : « People who fear a runaway AI misunderstand what computers are doing when we say they’re thinking or getting smart ».*


Propos recueillis auprès de Mme Catherine Simon, présidente d’Innorobo :

En France notamment (plus qu’au Japon par ex.), les robots humanoïdes sont difficilement acceptés. Pensez-vous que ce type de robot nuise à notre humanité ?

« Je ne pense pas qu’ils nuisent à notre humanité de par leur aspect physique.
Nous allons apprendre à collaborer avec des robots sur notre lieu de travail dans un premier temps, puis nous accepterons leur entrée dans notre quotidien, conscients des services qu’ils peuvent nous rendre (diminution des corvées, assistance à la personne).
La robotique humanoïde domestique commencera probablement par du robot dédié à une tâche précise (aspirateur, laveur de vitres, etc), du robot social (avec peu de fonctionnalités pratiques mais une bonne capacité de communication/interaction), puis passera par du robot collaboratif auquel nous montrerons ce que nous voulons qu’il fasse ou auquel nous « apprendrons », en mode coopératif, à nous aider. »


2. Les problèmes d’éthique

La considération éthique dans le champ robotique se doit d’être prise en compte. Il ne semble cependant pas possible actuellement de traiter la question de l’éthique de la robotique de façon unique. Les considérations se font au cas par cas et non d’une manière générique. En général, il est possible d’appliquer aux robots toutes les considérations éthiques que soulève l’émergence de nouvelles technologies. Cependant, il faut distinguer 3 grandes questions éthiques propres au développement de la robotique :

  • Le respect de la vie privée et des libertés individuelles, lorsqu’il s’agit de robots opérant pour la sécurité intérieure par exemple.
  • Le respect de la dignité humaine, lorsqu’il s’agit de robots de service liés à la dépendance ou au handicap.
  • La robotique de défense et l’existence de « robots-tueurs », questionnés de plus en plus par l’opinion publique et la littérature.

La question des « robots-tueurs » se doit d’être traitée car elle sous-entend l’utilisation sur des territoires en guerre et en conflits de robots, soit de systèmes autonomes armés capables de tuer un être humain. Or, la décision de tuer quelqu’un peut-elle être prise par un robot ? Quelles limites devons-nous imposer au développement des robots militaires ? Il semble très important d’instaurer un dialogue social et démocratique sur ce sujet et de continuer à développer des colloques et ateliers sur l’éthique dans la robotique, tels que l’atelier de « roboéthique » du réseau EURON.*

3. Le frein lié au droit applicable

En France, les robots sont soumis au même droit que tous les produits manufacturés. Ils sont donc soumis à l’obligation de garantie (article 1603 du Code Civil), la responsabilité du fait du produit défectueux et la protection des données personnelles.

Cependant, le droit de la responsabilité ne semble pas bien adapté à la robotique. En effet, qui considérer comme responsable en cas d’accident entre un humain et un robot dans un environnement non maîtrisé ? Le propriétaire du robot ? Le fabricant ? La victime ? Cette question de la responsabilité peut alors devenir un frein au développement de la robotique, les industriels pouvant se sentir en danger vis-à-vis du droit en vigueur. Mais le déploiement ces dernières années de la robotique montre clairement deux tendances prises par la justice :

  • L’utilisation de la jurisprudence plutôt que l’anticipation de lois.
  • Une application au cas par cas du droit en fonction du pays où est soulevée la question. Alors que l’expérimentation prime aux Etats-Unis, le consommateur est mieux protégé en Europe et les lois sont modifiées en amont en Asie (car l’Etat est très impliqué dans les politiques industrielles).

Enfin, une problématique nouvelle pour le droit du travail semble apparaître avec le développement de la cobotique. Il faut que le droit s’adapte en conséquence, afin que toutes les mesures de sécurité nécessaires pour les employés côtoyant des robots soient assurées.

Dans ce contexte difficile, des discussions sont en cours concernant un nouveau statut légal : la « personnalité électronique » décrite dans le livre vert d’EuRobotics et soutenue par la Commission européenne.*

B. Les leviers

1. L’acceptation de la robotique par le grand public

Pour surpasser les freins psychologiques présentés précédemment, il faut probablement miser sur la valeur ajoutée de la robotique. En effet, la valeur nouvelle apportée par les robots peut être multiple mais doit exister, afin de convaincre de potentiels utilisateurs. Il faut aussi communiquer un message clair sur l’éthique et le droit applicable.
Il semblerait aussi intéressant d’ouvrir un grand débat démocratique et public sur le rôle de la robotique dans nos sociétés futures et sur les avancées qui existent dans le domaine, afin d’informer l’opinion publique pour que nous puissions envisager une approche humaine de la robotique et du progrès technologique en général.

2. Le financement des projets

Dans le cadre de la nouvelle France industrielle, la robotique suit un plan de développement (challenges, salons, formations spécialisées, transferts technologiques…). Un fonds d’investissement dédié à la robotique, Robolution Capital, a d’ailleurs été inauguré en 2014. L’objectif de ce fonds d’investissement de 80 millions d’euros est de contribuer au développement du secteur de la robotique sur la scène européenne, en soutenant les entreprises de robotique par ses investissements. L’idée est de donner un coup de pouce aux start-ups en robotique non seulement pour commencer mais aussi pour croître.*

3. L’adoption de stratégies de levier

On peut considérer que la robotique est à l’heure actuelle un levier pour l’économie. Mais, à son échelle, il existe plusieurs leviers pour la faire décoller :

  • La stratégie de plateformes
    C’est l’idée de faire baisser le prix d’accession à la technologie sur le marché, afin de faciliter la communication entre les différents outils dans le secteur de la robotique.
  • La logique de données
    C’est le fait d’intégrer à la robotique des systèmes de Big datas.
  • L’économie collaborative
    Cette sorte d’économie fait des émules depuis maintenant quelques années. Pourquoi ne pas l’appliquer au secteur de la robotique ? À l’heure où le DIY est mis en avant, on voit apparaître de plus en plus de Fab Labs ou robots en kit, tels que le projet Cyclops de Benedettelli par exemple. Ce projet revient à combiner des legos et des pièces détachées de robotique pour fabriquer un robot.*

Pourquoi ne pas aussi se tourner vers l’impression 3D et le partage de modèles, comme le font déjà certains ? Toutes les pièces rigides du robot Poppy ont été par exemple conçues par une imprimante 3D. C’était d’ailleurs le premier robot conçu avec des pièces fabriquées par une imprimante, ce qui en fait un robot novateur. Mais le créateur Michel Cosnard ne s’est pas arrêté là et a rendu accessible à tous, en open source, les plans du robot. Ce principe d’open source est d’ailleurs probablement un des grands projets d’avenir pour ce secteur. L’idée d’avoir des plateformes ouvertes de langage de programmation pour la robotique permettrait probablement de rendre la robotique plus accessible à tous.*

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C. Transformation potentielle de notre façon de travailler

1. La collaboration homme-robot : la cobotique

La robotique collaborative ou cobotique, qui consiste en l’interaction entre l’homme et le robot, se développe très rapidement et va probablement changer notre façon de travailler.
Ces robots collaboratifs présentent de grands avantages par rapport aux robots industriels classiques. Plus légers, plus mobiles, simples à programmer et à installer, ils sont conçus pour interagir avec l’homme et l’assister dans ses tâches. Ainsi, les coûts d’installation sont réduits (les investissements annexes comme l’enclos de sécurité ne sont plus nécessaires) et sont plus adaptables. L’émergence de ces robots semble alors répondre, non seulement aux besoins des grandes entreprises, mais aussi aux besoins des plus petites entreprises qui sont souvent limitées en termes de financement et d’espace disponible. Ces entreprises recherchent donc en priorité la flexibilité, à laquelle ne répondaient pas nécessairement les anciens robots industriels.*

Cependant les robots collaboratifs n’ont pas qu’un avantage de praticité et de réduction des coûts. Ils permettent aussi de gros gains de productivité. En effet, quand le coût du travail est en moyenne basse de 8,25 dollars de l’heure en Pologne et en moyenne haute de 39,81 dollars en France, un cobot comme Baxter peut émarger à 5,1 dollars de l’heure. UR3 le robot d’Universal Robots (Danemark, 17,3 millions d’euros de CA en 2013, 2 000 unités vendues en 2014) coûte 25 000 dollars avec 6 300 heures d’utilisations.*

Malgré la persistance de petits défauts, les grands groupes industriels et les PME s’intéressent de près à ces nouveaux robots. Les cobots sont d’ailleurs depuis deux ans les grandes stars du salon Innorobo qui se déroule à Lyon au début de l’été. Selon Frédéric Helin, directeur du hub Coboteam de la région Rhône Alpes, « certaines PME peinent à recruter et à garder du personnel à cause de la pénibilité du travail. Les cobots vont permettre de revaloriser certains postes ». Au fil du salon, le constat semble être le même partout : les cobots vont transformer les manières de travailler et améliorer les conditions de travail. Ils permettraient de réduire voire supprimer les troubles musculo-squelettiques (TMS) dus aux taches pénibles et répétitives. Un membre de l’IRT Jules Verne explique alors qu’ « un soudeur ne perdra plus 70% de son temps à préparer son matériel et le métier de soudeur deviendra celui de coboticien-soudeur ».*

2. Robotiser pour ne pas délocaliser voire relocaliser : robotcaliser

« En France, la densité de robots industriels est de 124 robots pour 10 000 salariés, alors qu’elle est de 273 en Allemagne et 160 en l’Italie. Elle est très proche pour le secteur automobile dans les trois pays mais moitié moins importante dans les autres secteurs de l’industrie française. Ce retard doit être comblé pour aider les PMI à gagner en compétitivité. »

Le terme robotcaliser a été créé par le groupe Robotique du Symop. L’idée est de valoriser la robotisation comme une alternative décisive à la délocalisation. En effet, robotcaliser peut être une alternative à la délocalisation pour les TPE, PME mais aussi les grandes entreprises. Le fait de robotcaliser permet tout d’abord une flexibilité dans la gestion de la production et un meilleur contrôle-qualité.
Cela permet aussi une réduction des coûts de main d’œuvre et une création de main d’œuvre sur le territoire national. Enfin, cette démarche permet l’amélioration des conditions de travail et de sécurité sur les postes de travail.*

D. Transformation potentielle de notre quotidien

Le recours aux robots se multiplie dans notre quotidien : que ce soit au travail ou dans notre maison, il semble de plus en présent. Qu’en est-il vraiment ? Jusqu’où la robotique semble pouvoir transformer notre quotidien ?
Au regard de son potentiel de développement, le marché de la robotique personnelle et de service semble aujourd’hui être émergent. Cependant, il existe quelques marchés plus matures :

  • Les robots de défense, et notamment les drones, sont l’objet d’abondants budgets de recherche et sont porteurs des développements technologiques qui nourrissent les applications de la robotique de service professionnelle en particulier.
  • Les robots jouets qui sont aujourd’hui courants dans les étalages des magasins de jouets.
  • Les robots aspirateurs, premiers robots personnels utilitaires dans ce domaine domestique (domotique).*

Si le marché semble donc évoluer lentement, quelles transformations futures pour notre quotidien ?
Il s’agirait de passer d’une maison possédant quelques objets robots à une maison connectée et intelligente (smart home). En 2015, la France est le deuxième marché pour la domotique et représente 900 millions d’euros. 30% des français possèdent un objet connecté dans leur maison (alarme, TV, électroménager …) et 56% prévoient d’en acheter un. Cependant, près de 70% des appareils de domotique sont considérés comme difficiles à utiliser, trop cher et ne provoquant pas de plaisir d’utilisation. L’idée d’une maison intelligente (smart home) serait donc d’avoir une maison capable d’intégrer des objets connectés et d’interagir directement avec ses occupants.
Cette maison aurait de plus un double avantage sur la tranche âgée de la population : favoriser l’autonomie et renforcer la sécurité.*

robotique : Quelles transformations pour la société ?

Principales sources utilisées :  Usine Nouvelle – Faut-il avoir peur des robots ; Technology Review – Our fear of artificial intelligence ; PIPAME & DGCIS – Le développement industriel futur de la robotique personnelle et de services en France ; The European Robotics Coordination Action, « Suggestion for a green paper on légal issues in robotics », 31/12/2012 ; Industrie Techno – Robolution Capital, un fonds d’investissements dédié à la robotique de services ; Humanoïdes Magazine – Un robot logo qui imite les mouvements de son opérateur ; Usine Digitale – Les technologies en kit pour fabriquer votre robot ; Objetconnecte.net ; Humanoïdes magazine ; Industrie techno – La robotique : la grande vedette du salon Innorobo ; CEA – L’essentiel sur la robotique ; Robotcaliser.com – Robotcaliser : robotiser pour ne pas délocaliser ; Objetconnecte.com – Infographie domotique ; Xerfi – le marché de la maison connectée

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