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Linky : Enedis doit maintenant faire ses preuves

Anciennement connue sous le nom d’ERDF, filiale de EDF chargée de distribuer l’électricité, Enedis est aujourd’hui un acteur incontournable de l’Internet des Objets et du Big Data en France. Cette transformation digitale est en partie dirigée par l’installation des compteurs communicants Linky.

Débutée aux environ de 2010, la transformation digitale de l’entreprise a été difficile, car le numérique n’était pas encore ancré dans la culture de l’entreprise. Enedis est en train de rattraper son retard avec une accélération dans le cadre de la smart city et plus précisément des smart grids. Lors de l’European Utility Week, un salon exclusivement réservé aux solutions pour les smart grids ayant eu lieu à Barcelone, Enedis en a profité pour faire un grand point sur son évolution.

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Salon European Utility Week – Barcelone

Enedis devient un acteur majeur de l’IoT et du Big Data

Cette transformation digitale est apportée dans le but de s’adapter à l’évolution du marché ainsi que pour opérer de façon plus efficace dans les enjeux énergétiques d’aujourd’hui et de demain. Grâce aux fonctions intelligentes installées sur l’ensemble du réseau et les données récoltées, Enedis est désormais capable de mieux suivre la consommation d’électricité dans le but d’optimiser la production. Ainsi, la société a la capacité de réduire les pertes et faire des économies d’énergie et d’argent.

En contrepartie, les consommateurs peuvent suivre leur consommation en temps réel pour ne pas dépasser leur budget, notamment avec le compteur Linky. L’un des objectifs de cette démarche est de sensibiliser les consommateurs à réaliser des économies d’énergie. 

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Que cela soit pour les professionnels ou les particuliers, le distributeur d’électricité moderne se doit de prendre en compte les nouveaux usages et moyens de production. La société travaille déjà sur de nombreux cas d’usages pour optimiser son service. Il est donc possible de collecter de nombreuses données sur les réseaux grâce à des capteurs, connaître l’état du réseau en temps réel, localiser un défaut dans le but d’agir à distance grâce à la maintenance prédictive pour éviter les déplacements de techniciens inutiles.

De plus, l’entreprise propose des innovations pour améliorer le travail de ses employés, comme des caméras en temps réel sur les casques pour faciliter la communication entre les techniciens. Elle utilise aussi des drones, en partenariat avec la SNCF, pour surveiller et détecter les pannes à distance en utilisant la computer vision.

De plus, la plupart des réseaux moyenne tension d’Enedis sont équipés de fonctions permettant d’acheminer l’électricité par d’autres moyens en cas de panne afin de continuer à couvrir le réseau.

Collaboration avec les startups Intesens et DC Brain

Christian Buchel, Chief Digital & International Officer chez Enedis, a présenté deux startups avec qui il développe de nouvelles solutions. Avec la startup toulousaine Intesens, fabricant de capteurs connectés, Enedis peut accélérer dans la maintenance pour surveiller le courant sur les lignes haute tension, réaliser de la maintenance et recevoir des alertes en temps réel.

Par exemple, ces capteurs peuvent permettre de détecter des pannes en cas de tempête. Une fois les données remontées sur la plateforme IoT de Enedis, le distributeur fait appel à la startup DC Brain, spécialisée dans le traitement de données, pour automatiser le re-routing du réseau ou encore réaliser de la maintenance prédictive.

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Pour Christian Buchel, « Le big data est le principal moteur de l’innovation ». Avec les données, l’entreprise peut donc optimiser la gestion des équipements, améliorer l’exploitation du réseau et mieux cibler les investissements.

Pour cela, Enedis a eu la volonté de se placer comme le premier distributeur européen à mettre à disposition ses données en open data. Dans le cadre d’une nouvelle loi sur la transition énergétique, le distributeur publie ses bilans énergétiques pour permettre aux entreprises d’optimiser leurs services. De plus, l’application Enedis à mes côtés fournit une version de l’open data pour les utilisateurs finaux. 

L’adoption culturelle reste un priorité

« C’est d’abord une transformation culturelle » avait déclaré Christian Buchel. Au-delà de la compréhension des utilisateurs, la transformation numérique pose également la question de l’adaptation du personnel par rapport aux nouvelles intégrations. Bien que de nouveaux data scientists aient été employés pour transformer les données disparates en algorithmes, les anciens data managers doivent prendre du temps pour s’y habituer, tout comme les techniciens. « La transformation des anciens employés en data scientist est une très grande richesse » ajoute Christian Buchel. Ainsi, une plateforme contenant un réseau social regroupant 93 communautés a été mise à disposition pour permettre à tous les employés de donner leur avis sur les différentes intégrations. Ce système de vote fait partie des nombreuses applications métier proposées par Enedis. Les grands enjeux de cette solution sont de cibler de nouveaux postes et créer une rupture de l’externe à l’interne.

De plus, il est de plus en plus simple de fournir des formations aux techniciens grâce à la réalité augmentée. Lors du dépannage des équipements, le technicien peut bénéficier de données affichées en réalité augmentée pour le guider.

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Christian Buchel & un responsable chez Endesa

Au cœur des associations de distributeurs européennes, ont retrouvé également le leader espagnol Endesa, qui a une activité très similaire à Enedis. Dans le cadre du projet Interflex, les distributeurs européens sont encouragés par la Commission Européenne à collaborer entre eux. Les pionniers en matière de smart grids sont les pays nordiques avec une facilité par rapport à la taille des villes ou encore l’adoption culturelle. Ainsi, c’est un challenge complètement différent.

« En France, nous sommes très en retard », selon Robin Devogelaere, directeur de communication de Enedis. En effet, la plupart des pays européens utilisent des compteurs communicants pour optimiser l’offre par rapport à la demande depuis plus longtemps. Ces pays utilisaient ces compteurs dans un premier temps pour la maintenance, avant de passer à l’analyse de données. En ayant étudié le marché, la France a la volonté de vouloir intégrer toutes les technologies d’un seul coup, contrairement aux autres pays, qui ont petit à petit développé de nouveaux usages.

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Les compteurs communicants de Endesa

Par exemple, Endesa n’est pas seulement sur l’électricité, mais propose déjà un service global pour les smart grids regroupant la consommation de l’électricité, du gaz, de l’eau et du chauffage. Grâce à des compteurs communicants similaires au concept du Linky et un réseau de capteurs, l’offre est assez large et couvre déjà de nombreux pays comme l’Amérique du Nord et du Sud, la Russie, l’Inde et l’Italie. Selon le distributeur espagnol, sa technologie de smart grids a déjà permis de réduire de 32 % la consommation d’énergie grâce à trois plateformes IoT différentes, « smart city », « home consumer » et « industrial ». En Espagne, la société a dejà installé 9 millions de smart meters. Cette intégration, la maintenance et la consommation sont suivies grâce à une plateforme pilotable depuis cinq salles de contrôles interopérables à travers le pays.

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L’une des salles de contrôle des installations Endesa (Barcelone)

Philippe Monloubou, le président du directoire d’Enedis, est également le créateur de l’association européenne « Think Smartgrids ». Ce projet a pour but de développer la filière des réseaux électriques intelligents en France, en Europe et à l’international. Dans les membres associés, on compte Enedis, RTE, Gimelec, General Electric, Schneider Electric, etc. Tous se sont alliés pour oeuvrer à la promotion du savoir-faire français en matière de réseau électrique intelligent dans le respect du droit de la concurrence.

Linky : retour d’expérience après des erreurs de communication

Lors de la European Utility Week, Bernard Lassus, directeur du programme Linky, a fait un point sur le compteur intelligent en termes de retour d’expérience, de communication, d’avancée et des nouveaux usages. Pour rappel, le compteur intelligent Linky, dont le déploiement a commencé en 2015 a été source de nombreuses polémiques sur l’utilisation  des données ou encore au niveau de la multiplication des ondes électromagnétiques. Le 1er novembre, Enedis passait le pas des 2 millions de compteurs Linky installés chez les consommateurs français. L’objectif est de remplacer 35 millions de compteurs d’ici 2021.

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Bernard Lassus & le journaliste Jérôme Bonaldi

Une évolution trop abrupte pour les consommateurs ?

En tant qu’entreprise de service public, lors des premières installations, Enedis avait demandé aux élus des villes l’autorisation d’installer le compteur Linky dans leurs communes. Le taux de refus avait été de 150 sur 36000 communes. Le principal problème était que les consommateurs n’ont pas réellement eu leur mot à dire par rapport à l’installation de ce compteur connecté représentatif de la transformation digitale et du changement. Selon Bernard Lassus « Le taux de refus est de plus en plus faible au niveau des consommateurs, entre 1 et 2 % ».

En effet, malgré une réticence particulière aux compteurs Linky, les consommateurs commencent à l’accepter au fur et à mesure, en parti grâce à l’avantage de connaître précisément leur consommation. Les élus ont reçu de nombreux courriers de consommateurs en colère et de divers militants concernant le problème des ondes et de l’atteinte à la vie privée. De plus, certain d’entre eux avaient la sensation que tout l’intérêt était pour Enedis. Il faut dire que, en se basant sur l’accord de la municipalité, Enedis a en quelque sorte imposé ce compteur intelligent en informant seulement les consommateurs du passage d’un installateur.

Selon des témoignages, des installateurs seraient rentrés dans des propriétés contre la volonté des habitants pour installer ce nouveau compteur. De plus, lors d’une autre intervention, une séquestration d’un installateur aurait eu lieu. Pour comprendre ce qui a tant déplu, il suffit de comparer avec une box WiFi que le consommateur aurait décidé d’installer chez lui. A l’inverse, avec le Linky, la connectivité est apportée par quelqu’un d’autre que le consommateur. 

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Selon Bruno Lassus, l’explication est claire « Quand on explique qu’il s’agit de la transition énergétique et que cela est pour l’intérêt général, les gens n’aiment pas cela ». En effet, lorsque les consommateurs sont trop conscients de l’évolution, certains ont peur. Enedis a décidé de commencer l’installation du compteur Linky dans une période de transition pour le Big Data. Il n’est pas inconnu du grand public, mais n’est pas encore démocratisé. Par exemple, certains pays d’Europe utilisent des compteurs intelligents depuis une dizaine d’années, mais seulement dans un but de maintenance. On pense notamment à l’Italie. 

Un léger retard par rapport aux distributeurs étrangers

Les distributeurs étrangers n’ont donc pas prévenu les consommateurs avant d’y intégrer l’analyse de données pour réduire la consommation énergétique. De plus, certaines entreprises donnent des amendes aux utilisateurs refusant d’accepter cette transition énergétique, ce qui n’est pas le cas d’Enedis, étant une entreprise du secteur public.

En retard et ayant bien étudié le marché, Enedis a décidé d’imposer une technologie complète, en une seule fois. C’est une erreur de communication, mais pas seulement, puisque la société s’inscrit dans le Time-To-Market. C’était donc un choix stratégique que de ne pas attendre la démocratisation des données ou des nouveaux réseaux pour lancer le compteur Linky. « On tient notre budget » affirma Bruno Lassus, en espérant que les utilisateurs prendront conscience de la réelle utilité de partager ses données au fil des années « Les personnes des milieux ruraux on du mal avec les ondes, tandis que les personnes diplômées se posent des questions sur l’utilisation des données ». En ce qui concerne les ondes, le Linky utilise la technologie du courant porteur en ligne (CPL), forte émettrice d’ondes électromagnétiques si le réseau du bâtiment n’est pas blindé. Cependant, aucune étude officielle n’a prouvé la nocivité de cette technologie.

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Bernard Lassus, directeur du programme Linky

Ainsi, au-delà de demander l’autorisation aux utilisateurs finaux, il faut simplifier et expliquer clairement aux utilisateurs comment et à qui leurs données seront partagées. Pour ce qui est du danger potentiel des ondes électromagnétiques c’est perdu d’avance « On n’arrivera pas à raisonner ceux qui ont des problèmes avec les ondes » explique Bernard Lassus. Mais quoi qu’il arrive, pour lui il faut juste mieux s’exprimer « On a pris beaucoup d’avance, maintenant on attend plus ». En somme, lorsque quelque chose est disruptif et peut perturber le quotidien des consommateurs, il vaut mieux arriver progressivement, en favorisant l’adoption culturelle.

Puisque l’installation des compteurs intelligents Linky doit durer jusqu’en 2021, il est important de se demander la durée de vie du compteur. En premier lieu, le Linky est voué à être mis à jour à de nombreuses reprises, l’un des intérêts d’une technologie entièrement connectée et basée sur le Cloud. De ce point de vue, on peut imaginer de nombreuses amélioration et évolutions des capacités du compteur. Cependant, à l’image de nombreux appareils intelligents, il peut devenir obsolète à cause de l’évolution de la technologie et du marché.

Des innovations futures possibles grâce au compteur Linky

En Bretagne, Enedis est en train d’expérimenter le projet Solenn, une alternative au délestage d’électricité en prévision d’une grosse consommation, d’incidents ou de saturation du réseau. Toujours dans une optique de sensibiliser à l‘économie d’énergie, le projet s’appuie sur l’utilisation du compteur communicant Linky. Encore au stade d’expérimentation, Solenn pourrait bloquer l’utilisation ou réduire l’alimentation de certains des appareils électriques des consommateurs, pour un certain nombre de temps au profit d’un autre, tout en assurant à chacun une puissance minimale en cas de problème. L’analyse des données et des habitudes de consommation des foyers expérimentateurs déboucheront sur un accompagnement personnalisé.

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« La plupart des innovations futures seront possibles grâce au programme Linky et à son aboutissement » déclarait Christian Buchel. La France étant également en retard sur le stockage de l’énergie, elle mise davantage sur le partage ainsi que sur le photovoltaïque intelligent dans le cadre de Linky. Selon Philippe Monloubou « Les Américains sont en avance sur le stockage, mais cela n’est pas rentable en France ».

A l’avenir, le compteur Linky pourrait être doté de nombreuses applications supplémentaires. Notamment en devenant un hub pour la smart home avec la possibilité de gérer l’éclairage, mais également d’autres objets connectés. Enedis est actuellement en train de travailler avec des startups pour croiser les données de consommation avec celles des parkings intelligents et de l’eau, par exemple. Bernard Lassus nous a également confié que le Linky pourrait intégrer des fonctions de réalité augmentée pour visualiser des données. Le directeur du programme Linky était d’ailleurs récemment en Chine pour discuter avec les distributeurs locaux « les Chinois sont très intéressés par le Linky. Pas pour le matériel, mais pour le système en lui-même, l’ingénierie ».

Enedis opère donc une transformation digitale de masse, mais pour cela, elle a besoin de collaborer avec les consommateurs. Indispensables à l’évolution, il faudra encore du temps pour que ces derniers comprennent bien les enjeux de ce défi énergétique à échelle nationale. Avec cette implantation difficile et source de polémique, Enedis devra faire preuve de transparence et prouver, à l’issue de la totalité des installations, que le programme Linky est aussi autant profitable pour les consommateur que pour l’entreprise.

2 Commentaires

  1. « A l’avenir, le compteur Linky pourrait être doté de nombreuses applications supplémentaires. Notamment en devenant un hub pour la smart home avec la possibilité de gérer l’éclairage, mais également d’autres objets connectés. Enedis est actuellement en train de travailler avec des startups pour croiser les données de consommation avec celles des parkings intelligents et de l’eau, par exemple. Bernard Lassus nous a également confié que le Linky pourrait intégrer des fonctions de réalité augmentée pour visualiser des données. »

    Ca y est, c’est dit, on reconnaît qu’EDF cherche à trahir sa mission de service public historique : la simple fourniture de l’électricité. Qui a décidé ça? Le consommateur qui a payé historiquement pour la mise en place de ce service? Au sortir de la guerre? Sûrement pas… On impose aux français une décision prise par des technocrates qui ont décidé que c’était ce dont la société avait besoin. Il est permis d’en douter et nous sommes un certain nombre à refuser le cauchemar climatisé et la multiplication des objets connectés qui sont, certes une source de profit incroyable pour les grosses boites, mais surtout une source de pollution incroyable. Tout un tas de cochonneries jetables et dont personne n’a vraiment besoin… Cette société a besoin de plus de sobriété, pas d’une débauche de moyens qui vont en précipiter l’effondrement, la destruction du lien social et accentuer la crise écologique sous couvert d’écologie.

    • Entièrement d’accord Philippe.
      On va à marche forcée vers Oceania (cf Orwell), l’espionnage en plus de la lobotomie digitalisée.
      Ne survivront que les usagers équipés smart.
      Donc pas moi.
      Mais survivra le lobby européen constitué par Sagem(com) et Siemens.
      Et la mentalité de fonctionnaire des employés de l’entreprise semi-publique Enedis.
      Les releveurs de compteurs ont dû, je suppose être virés, et à la place on a érigé une caste de pseudo-conseillers, sans doute payés au mérite, lequel mérite est de filtrer et dénier soigneusement les débordements et erreurs d’Enedis.
      J’ai été victime d’une des erreurs (faute dans le branchement du Linky qui m’a privée d’électricité pendant 17 jours), il a fallu, entre autres dépenses collatérales, que je m’achète un téléphone portable !
      La collusion s’étend donc à un opérateur téléphonique.
      On n’est pas sortis de l’auberge (espagnole) …

      Je suis atterrée par le manque général de réaction des usagers. Le seul souci semble être les ondes électromagnétiques alors qu’un Linky, c’est deux fois rien par rapport à un téléphone portable qu’on porte à même la peau, voire directement à 3 cm du cerveau.
      Lobotomie consentie. Aucun recours.

      Le problème devrait être le consumérisme à la clé.
      Que va faire Enedis des données et habitudes personnelles soigneusement enregistrées ?
      Sûrement pas les stocker et les conserver précieusement.
      Il y a un marché pour ces renseignements de première main.
      Et je m’étonne encore que tout le monde soit d’accord pour qu’ils soient vendus et réapparaissent dans notre boîte mail. On n’a pas fini d’effacer les spams et de recevoir des appels téléphoniques importuns !

      Ca doit être ça, se sentir « connecté » …

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