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[Interview] Stéphanie Lynch Habib, responsable de l’IoT pour AT&T

Stéphanie Lynch Habib, La Vice-Présidente en charge de l’activité IoT chez AT&T, nous a accordé un entretien exclusif. L’occasion de faire un tour d’horizon de son activité et de ses attentes pour l’avenir de l’Internet des Objets.

Stephanie Lynch-Habib VP AT&T

Bonjour, Stéphanie Lynch Habib, quel est votre parcours ?

Stéphanie Lynch Habib : « Je suis Vice-Présidente en charge de l’activité IoT chez AT&T, pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique (EMEA). Ce poste e été créé récemment après plusieurs succès majeurs qu’AT&T a connu dans ce domaine dans la région EMEA. J’ai rejoint AT&T il y a près de 16 ans à Paris et j’y ai occupé plusieurs postes en finance, au marketing et à la vente. Je dirigeais récemment la région du Nord de l’Europe (Le Benelux et les pays du Nord) d’où proviennent la majeure partie de nos premiers succès sur le marché de l’IoT.

Aujourd’hui, mon rôle chez AT&T consiste à encourager et accélérer l’adoption de nos solutions IoT à travers l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique. Ces solutions transforment non seulement la gestion des opérations de notre clientèle d’entreprises, quelque soit le secteur dans lequel elles opèrent, mais également leur modèle économique et leurs « fondamentaux ».


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C’est un poste passionnant puisqu’il ne s’agit plus seulement de connecter des objets, mais plutôt de faciliter l’échange d’informations auxquelles les consommateurs et les entreprises peuvent recourir pour provoquer des changements concrets et faciliter le travail et la vie quotidienne ».

Qu’est-ce que les opportunités de l’IoT représentent pour AT&T ? Les technologies, le développement, en termes de résultat ? Et aux États-Unis ?

Stéphanie Lynch Habib : « AT&T est au service de certaines des plus grandes entreprises dans le monde, dont 90 % du CAC40. Nous aidons nos clients à transformer leur business en relevant les défis du monde connecté et en saisissant ses opportunités. L’une d’entre elle réside dans l’Internet des Objets.

Nous étions l’une des premières entreprises de télécommunication à créer un groupe dédié à la recherche dans le domaine de l’IoT en 2008 et nous avons investi dans un centre entièrement consacré à l’innovation dédié à ce type de technologies. Au troisième trimestre 2015, nous avions près de 25 millions d’objets connectés à notre réseau, et avons franchi un record en enregistrant 1,6 million d’objets connectés sur ce seul trimestre, dont un million de voitures connectées.

 

marques voitures at&t
Les fabricants automobiles utilisant les services d’AT&T

L’IoT est un axe incontournable pour le futur d’AT&T et nous sommes convaincus de l’énorme potentiel de croissance que représente ce marché. Certains experts du secteur prédisent que 50 milliards « d’objets » seront connectés à Internet d’ici à 2020, soit près de 7 fois la population terrienne !

Nous prévoyons également d’avoir plus de 10 millions de véhicules sur le réseau d’AT&T d’ici la fin de l’année 2017. C’est énorme, et cela reflète les investissements massifs réalisés par les entreprises dans les technologies liées à l’IoT à mesure qu’elles trouvent des moyens nouveaux et innovants pour profiter de solutions IoT adaptées à leurs activités.

D’après mon expérience, deux moteurs soutiennent la croissance du marché de l’Internet des Objets : la volonté des entreprises de créer de nouvelles sources de revenus et leur volonté de réduire leurs coûts.

D’une part, les entreprises voient l’IoT comme un moyen important pour générer de nouvelles formes de revenus en utilisant les données collectées pour offrir une meilleure expérience client, plus personnalisée.

D’autre part, ces technologies peuvent aider les entreprises à être plus efficaces en analysant les données en temps réel et ainsi d’améliorer le suivi de l’activité et de faciliter la prise de décision et l’adaptation. Cela permet de baisser les coûts de gestion et d’optimiser les process opérationnels.

maersk line container connecté at&t

Pour vous donner un exemple, nous sommes très fiers d’avoir récemment annoncé l’un des plus grands déploiements IoT dans le domaine industriel en Europe, avec Maersk Line, le transporteur maritime. Ce partenariat illustre bien la réflexion que les entreprises mènent autour de l’adaptation de leur logistique et de leurs chaines d’approvisionnement à l’échelle mondiale. Maersk est un des plus gros convoyeurs maritimes de denrées périssables à travers le monde.

Jusqu’à présent, les responsables de la logistique devaient vérifier « manuellement » les conditions de transport de chaque container. Grâce à des capteurs connectés à notre réseau, le groupe utilise désormais les technologies développées par AT&T pour surveiller les conditions de ces denrées périssables transportées dans près de 290 000 conteneurs réfrigérés.

Maersk dispose ainsi aujourd’hui d’un suivi quasi-instantané pour chacun de ces conteneurs réfrigérés, sur l’essentiel de leur parcours dans la chaîne d’approvisionnement. Ses logisticiens peuvent surveiller les performances mécaniques pour s’assurer que tout fonctionne correctement, et que les containers sont à la bonne température. Je trouve que c’est un exemple très parlant ».

Où voyez-vous les impacts les plus importants de l’Internet des objets et de ses technologies ? Un secteur en particulier ?

Stéphanie Lynch Habib : »L’IoT peut avoir un impact considérable dans presque tous les secteurs. Les entreprises veulent tout connecter à notre réseau, leurs machines, leurs usines, leur flottes, leur containers… Mais il s’agit de bien plus que de simplement connecter les objets entre eux.

Cela dépasse les objets et va au-delà de la simple connectivité. L’objectif est d’assurer la fluidité et la coordination entre les plateformes, les process, et les personnes qui sont au cœur du succès de n’importe quel déploiement IoT, et d’obtenir les résultats escomptés.

ATT Foundry

De ce point de vue, la question principale est la suivante : « une fois que j’ai connecté mes différents appareils, comment puis-je maximiser le retour sur investissement ? »

Les transformations réussies que nous observons impliquent une réflexion qui ne se limite pas au seul « business case » mais à l’ensemble des transformations de process nécessaires au déploiement IoT. Les économies font bien entendu partie intégrante du business plan, mais si la transformation de l’entreprise n’est pas bien pensée, les résultats peuvent ne pas voir le jour.

Quand on parle de milliards d’objets connectés d’ici 2020, on ne parle pas seulement d’objets connectés qui prolifèrent, mais bien d’une grosse transformation des process, qui comprend à la fois les appareils, les systèmes d’information, les gens et au-delà un réel changement de mentalité.

La croissance de l’IoT dépend du cloud, de la sécurité et du traitement des données autant que des objets eux-mêmes. À l’échelle de millions d’objets, il est important d’avoir des plateformes robustes, capables d’évoluer pour soutenir tous ces objets. L’IoT a donc clairement un impact profond sur la manière dont les entreprises doivent penser leurs infrastructures réseaux et leurs process ».

Connaissez-vous la French Tech ? Qu’en pensez-vous ?

Stéphanie Lynch Habib : »Bien sûr, j’en suis une grande fan ! Je pense que c’est une très bonne initiative pour re-dynamiser l’esprit entrepreneurial en France. Celui-ci a toujours été présent, mais nous avons vu beaucoup de talents quitter le pays dans le passé et c’est formidable de voir grandir un effort collectif qui pousse la France à l’échelle internationale pour tout ce qui a trait à l’innovation.

J’ai été ravie de constater que les startups françaises étaient très bien représentées cette année au Consumer Electronic Show (CES). Par exemple, le fabricant de puces Sequans Communications, basé en région parisienne, a annoncé à Las Vegas que sa plateforme IoT, un chipset nommé Colibri LTE dédié au 4G, a réussi le programme de vérification d’AT&T ADAPT et peut maintenant être utilisé sur notre réseau LTE 4G.

French Tech Emmanuel Macron IoT

D’après mon expérience personnelle, l’ère numérique accroît en ce moment même les opportunités de croissance pour les entrepreneurs français dans le domaine technologique.

La France a beaucoup contribué au développement du commerce et de la communication, et a par exemple inventé le stylo à bille, la carte à puce (qui n’est toujours pas intégrée à la carte bancaire dans certains pays !) ou l’appareil photo intégré au téléphone… autant de choses dont on ne peut plus se passer.

Aujourd’hui, c’est formidable de voir des startups françaises innovantes et des entreprises comme Sequans continuer à prospérer dans de nombreux domaines, de l’e-commerce, au retail, en passant par le streaming musical ou le financement participatif. De mon point de vue, c’est cet esprit d’innovation qui a convaincu AT&T d’ouvrir un centre de recherche et développement à Nice ».

Comment pensez-vous que l’IoT va se développer en France à l’avenir ?

Stéphanie Lynch Habib : « C’est l’aspect le plus fascinant de mon métier : observer les tendances et anticiper les besoins futurs de nos clients à mesure que le monde devient de plus en plus sophistiqué. En ce moment, je vois clairement un changement dans la manière dont les entreprises et les gens perçoivent l’IoT dans le monde.

La question n’est plus de savoir comment prendre soin de nos objets, mais plutôt comment ces objets peuvent prendre soin de nous. Pour l’avenir, je suis particulièrement enthousiasmée par le potentiel que l’IoT offre pour améliorer la sécurité ainsi que dans le développement de « villes intelligentes ».

Imaginez que l’on puisse améliorer la sécurité au travers de « wearables » dédiés à l’entreprise. Beaucoup de ces objets connectés que l’on porte tous les jours ont changé la donne pour les consommateurs. Nous sommes en train de voir émerger la même tendance pour ceux consacrés aux professionnels. La sécurité est la priorité pour les ouvriers de chantiers ou les manutentionnaires dans l’industrie.

Que se passe-t-il si un ouvrier est touché à la tête sur un chantier alors qu’il n’y a personne autour ? Un casque doté de capteurs sensibles aux chocs pourrait détecter l’impact et alerter immédiatement les urgences. Nous pouvons nous attendre à voir d’autres objets de ce genre apparaître dans l’industrie, pour le BTP, les compagnies pétrolières et gazières, et les centrales à énergie par exemple.

 

casque de chantier connecté
La sécurité pour les ouvriers du BTP, une priorité pour les acteurs de l’IoT, selon Stéphanie Lynch Habib.

Et pourquoi ne pas rendre nos villes plus intelligentes en croisant les ressources du gouvernement, des entreprises et de l’innovation ? Nous avons déjà commencé à voir des communes aux États-Unis qui mesurent les bénéfices que peut apporter l’IoT en connectant les réseaux électriques, des compteurs intelligents, des systèmes de gestion des eaux, l’éclairage, les infrastructures…

AT&T transmet déjà les données provenant de 16,5 millions de compteurs intelligents aux États-Unis. Je pense que ces solutions ont du potentiel en France et en Europe.

J’ai conscience que ce n’est pas aussi facile qu’il y parait et que cela impose des efforts collectifs de la part de plusieurs parties prenantes, mais imaginez ce que nous pourrions réussir à faire. Une ville pourrait combler les fuites d’eau grâce aux technologies installée sur de vieilles canalisations et permettant leur détection, ou remplacer l’éclairage traditionnel par des LEDs intelligentes qui permettraient une gestion plus fine et générerait des économies d’énergie.

Sequans at&t
Sequans produit des puces 4G bientôt validé par AT&T.

L’Internet des Objets peut être adapté de tant de différentes manières, les limites à son expansion ne dépendent que de celles de notre imagination. C’est une révolution passionnante qu’AT&T est en train de mener pour ses clients. La France a beaucoup d’entrepreneurs et beaucoup d’idées fleurissantes viennent de ce pays – Sequans Communications est un bon exemple sur le domaine de la mise en réseau de l’IoT.

Je suis vraiment enthousiasmée à l’idée de prendre part à cette dynamique, qui peut réellement rendre nos vies plus confortables. Que ce soit l’utilisateur d’une plateforme « smart home », le conducteur d’une voiture connectée, ou le directeur d’une usine connectée, nous connectons les connectés ».

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