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En Chine, les firmes ne jurent que par des services propulsés par l’IoT

Guillaume Rio, Responsable Technologique et Partenariat nous raconte son périple au CES Asia de Shanghai, en Chine. Il constate que les groupes asiatiques forment des écosystèmes de services où les innovations technologiques ne sont que prétexte pour s’insinuer dans la vie quotidienne des consommateurs. 

Guillaume Rio, est Responsable Technologique et Partenariat à l’Echangeur BNP Personal Finance. L’Echangeur se concentre sur la présentation “des meilleures pratiques de la distribution et des nouveaux usages consommateurs”, peut-on lire sur le site dédié. “À travers le monde et les différents salons internationaux, nous cherchons des startups expertes du retail, de l’automobile, ou encore de la maison connectée”, explique Guillaume Rio.

Aujourd’hui, le programme de BNP dispose de 40 partenaires technologiques grâce à qui les organisateurs ont déjà animé plus de 525 ateliers devant plus de 37 500 professionnels. Outre un effort de décryptage de centaines de cas d’usage, les analystes s’attellent à réaliser différents sondages sur les habitudes des consommateurs, les produits et les marques qu’ils affectionnent.

Afin d’agglomérer ces tendances, les membres de l’Échangeur parcourent de nombreux salons à la recherche de technologies de rupture. Web Summit à Lisbonne, Vivatech à Paris, ShopTalk et CES à Las Vegas, Mobile World Congress à Barcelone… Voilà quelques-uns des événements explorés pour mieux comprendre les tendances qui inspireront peut-être les entreprises visitant l’Échangeur.

Le CES Asia : un salon révélateur des tendances technologiques en Chine

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Au début du mois de juin 2019, Guillaume Rio s’est rendu à Shanghai. La ville accueillait, du 11 au 13 juin 2019, le CES Asia. Premier constat pour l’expert, l’événement rassemble beaucoup moins d’acteurs que son homonyme américain. Au lieu de 4500 exposants, cette version asiatique comptait 550 sociétés, principalement en provenance de la région “APAC”. Une seule délégation d’importance venue d’Europe s’est fait remarquer. Elle24 entreprises suisses. Selon le responsable Technologique et Partenariat, “ce salon est clairement tourné vers l’Asie. C’est justement ce qui le rend très intéressant”.

Si cette année, il y avait une forte présence des fabricants automobiles, de nombreux gadgets et produits Smart Home exposés, ce n’est pas ce qu’a retenu notre interlocuteur.

La plupart des acteurs importants du pays se sont évertués à présenter “une galaxie de services” basée sur les voitures connectées, les robots de livraison, les enceintes intelligentes et bien sûr les caméras équipées de reconnaissance faciale.

Le premier vecteur de cette tendance ? Le smartphone. En effet, sur les 800 millions d’internautes chinois, plus de 788 millions utilisent uniquement le mobile pour accéder à un Internet. Ces portails de services se nomment Alipay, Wechat en Chine, Line au Japon, etc. Ils rassemblent des applications de discussions, des offres multimédias, des jeux, des éléments de personnalisation cosmétique, du paiement mobile, des plateformes d’achat en ligne, de commande de nourriture ou de taxis et bien d’autres.

C’est exactement cette vision que les firmes chinoises, soutenues par le, veulent imposer dans un avenir proche.

Des investissements massifs dans l’Intelligence Artificielle

Cela passe entre autres par la stratégie AI First. Les autorités souhaitent que leur nation soit la plus avancée dans l’intelligence artificielle en 2030. Guillaume Rio explique que le gouvernement a confié des missions aux équivalents des GAFA chinois. “Alibaba développe des solutions pour la Smart City à Hangzhou. Baidu se concentre sur la voiture autonome. IFlytek sur la reconnaissance et la traduction de plus de 80 langues. Tencent oeuvre dans la santé connectée”, énumère-t-il.

Pour cela, les entreprises ont des moyens conséquents. Plus de 46 % des investissements dans l’IA sont réalisés en Chine. Les États-Unis récoltent 44 % des montants alloués à ces projets, tandis qu’Israël récupère 8 % des levées de fonds. Il reste 3 % pour le reste du monde.

L’intelligence artificielle, la computer vision et le machine learning permettent de rendre ces cas d’usage possibles. La plupart des entreprises citées ci-dessus développent leurs propres solutions afin de reconnaître la voix des utilisateurs, guider un véhicule autonome, analyser la santé d’un consommateur, comprendre et répondre à leurs demandes, etc.

Une myriade d’écosystèmes de services en préparation

Contrairement au positionnement des firmes américaines et européennes, les sociétés chinoises n’hésitent pas à mettre sur le devant de la scène une stratégie qui consiste à suivre tous les aspects de la vie des citoyens.

“Chaque cas d’usage présenté est un point de départ”, affirme Guillaume Rio.”Prenez Baidu avec sa plateforme pour voiture autonome Apollo. Elle permet non seulement aux constructeurs de développer des véhicules sans chauffeur pour le marché chinois, mais aussi Baidu y intègre DuerOS, un système d’exploitation qui apporte un ensemble de services”, assure-t-il.

Le géant chinois se sert alors de la voiture comme d’un cheval de Troie pour enfermer l’utilisateur dans un écosystème pensé pour subvenir à tous ses besoins.

De plus, le DuerOS s’embarque dans des enceintes connectées, des télévisions, réfrigérateurs intelligents, des smartphones ou encore dans des aspirateurs robots. Bref, il permet aux consommateurs de contrôler l’ensemble de ces produits high-tech, tandis que Baidu devient l’unique porte d’entrée vers les services pour la vie quotidienne.

Il ne s’agit que d’un exemple parmi tant d’autres. Alibaba, Tencent, Baidu, Huawei, l’enseigne de magasins Suning et même le fabricant de voitures électriques Byton veulent créer des écosystèmes similaires.

Lors du CES ASIA 2019, chaque acteur présentait des technologies innovantes, mais finalement ce n’est pas vraiment ce qui les intéresse. Ils souhaitent surtout faire partie de la vie des gens”, assure le responsable Technologie et Partenariat de l’Échangeur.

L’IA pour répondre à tous les besoins des consommateurs

Pour en arriver là, ces firmes acquièrent ou ouvrent des divisions dans l’Intelligence artificielle, dans l’IoT, mais aussi des centres de recherche pharmaceutique, dans la banque, dans l’automobile et bien d’autres. Sur ce point, Alibaba a un terrain d’avance. Le 17 juin 2019, la firme a notamment passé un partenariat avec Honda, Audi et Renault afin d’intégrer son assistant Tmall Genie dans les véhicules vendus en Chine.

Au centre de ces “galaxies”, les sociétés développent des solutions de reconnaissance d’images particulièrement évoluée afin de détecter la fatigue au volant, la faim, suggérer des conseils de maquillage, payer avec son visage et même lire le rythme cardiaque. Sensetime, valorisée à 4,5 milliards de dollars, Megvii qui a levé 750 millions en mai dernier, et Horizon AI estimée à 3 milliards de dollars, se spécialisent dans ce domaine.

Megvii, par exemple, se concentre sur la combinaison de l’IA et de l’IoT en proposant des solutions pour la smart city. Sensetime s’adresse à tous les cas d’usage, tandis qu’Horizon Ai vise la mobilité, la ville et la distribution intelligente.

Santé, forfaits de vie : le cheval de Troie des groupes chinois…et des GAFA

Le véritable point d’entrée de ces super plateformes de services, pour Guillaume Rio, c’est la santé. Il prend l’exemple de Nuralogix, une startup spécialisée dans la computer vision médicale. Sa solution est capable de, non seulement lire le rythme cardiaque d’une personne sur son visage, d’analyser son taux de mélanine, son stress, mais aussi de connaître la pression sanguine d’un patient ou encore de savoir s’il n’est pas atteint du diabète en observant sa rétine.

La startup a lancé une application mobile appelée Anura. Pour l’instant, il ne s’agit pas d’un dispositif médical, mais ce type de services pourrait devenir commun dans quelques années. De fait, la télémédecine s’avère primordiale. En Europe, cela permet de pallier les déserts médicaux. Dans certaines régions du monde, la technologie favorise enfin l’accès à un professionnel de santé.

Cette tendance à la conception d’écosystème n’est pas seulement chinoise ou asiatique. Amazon, par exemple joue de manière plus discrète. Outre une galerie de services, le géant du retail dépose de brevets afin de surveiller les patients par la voix. La firme a également racheté Ecobee, un spécialiste de la Smart Home qui souhaite détecter les pertes de mobilité chez les personnes âgées. De plus, elle a acquis la pharmacie en ligne Pillpack et développe ses propres solutions dans le laboratoire 1492. “Amazon Prime va sûrement devenir Prime Life”, s’amuse Guillaume Rio.

L’Europe en retard

En France, quand le responsable évoque ce qu’il a vu au CES Asia, la première réaction de ses interlocuteurs parait naturelle : la peur.Ils n’y croient pas au début, mais au fur et à mesure que les GAFA et autres s’installent dans les maisons des consommateurs, les entreprises ont peur”, constate notre interlocuteur . Certains se demandent ‘qu’est ce qu’on va devenir ?’, d’autres jouent les aveugles.“Ce qui est inquiétant en Europe, c’est que nous n’avons pas de tels écosystèmes. Des sociétés comme Orange pourraient le faire, mais elle rayonne seulement en Europe et en Afrique. Selon moi, tous les corps de métier doivent réfléchir à cette dimension de plateforme de services ou à devenir un maillon des chaînes créent par les géants mondiaux”.

La vision portée par les sociétés chinoises reste un champ des possibles. Toutefois, les analystes y voient un futur probable pour le meilleur ou pour le pire.

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