PSA Chine lancement 3008

[Interview] PSA Peugeot Citroën Chine, les voitures connectées de demain

Depuis 2011, Vincent Rumeau est en charge de la voiture connectée au sein de la direction R&D de PSA Shanghai (Chine). Il pilote plus particulièrement la stratégie, les services connectés et le développent commercial, pour  le marché chinois, des marques Peugeot Blue-i, Citroen-Connect et DS-Connect.

Vincent Rumeau PSA R&D de PSA basée à Shanghai en Chine

Arthur CATTANEO, journaliste : « Parlez-nous un peu de votre travail à PSA Tianlin »

Vincent RUMEAU, R&D chez PSA : « En chine, le groupe PSA a donc trois marques : Peugeot, Citroën et DS Automobiles qui embarquent toutes des services connectés. Aujourd’hui, nous offrons à nos clients un spectre de fonctions assez complet comme la sécurité, avec notamment les appels d’urgence, une fonction de conciergerie plus, que vous pouvez appeler quand vous le désirez. Nous avons développé et embarqué une connectique wifi et 3G, et nous proposons également un portail d’applications web sur un écran central. Celui-ci est interconnecté avec la voiture, ce qui lui permet d’afficher  la météo, par exemple.  

La voiture est elle même connectée, via une application, avec votre smartphone pour enrichir l’expérience digitale. Ainsi, vous pouvez voir où se situe votre voiture sur carte (et retrouver rapidement l’endroit où vous l’avez garée !). Vous pouvez également planifier un trajet multi-modal incluant, par exemple, une partie véhiculée et pédestre depuis ce smartphone. Ainsi, vous arrivez réellement au point de rendez-vous là où d’autres systèmes de navigations s’arrêtent à la porte du véhicule. C’est la voiture qui vous envoie l’information directement sur le téléphone, point très important pour PSA car elle permet de garder ce lien avec le client.

Ces services ont été lancés en 2014 par notre groupe, et nous nous inscrivons, bien entendu, dans une logique d’amélioration et d’innovation continues. De nouvelles générations de services et de véhicules connectés arriveront bientôt.

De nouveaux acteurs apportent aussi leur contribution à nos innovations, des marques comme Google, Apple, etc… Nous accompagnons mouvement et identifions les nouveaux relais de créations de valeurs .»

Arthur CATTANEO, journaliste : « Justement ces géants que sont Google et Apple entre autres, sont-ils perçus, de votre part, comme des partenaires ou des concurrents directs ? On voit notamment Google qui se lance dans le secteur automobile et de l’autre côté, il y a beaucoup de services et softwares de ces géants qui sont intégrés par vos voitures. Il y a une sorte de guerre, mais également un rapprochement sur les softwares. Quelle est votre position face à cela ? »

V.R : « En Chine, nous n’avons pas ce genre de questionnement dans la mesure où  Google n’est plus présent. Ce nouveau paradigme est adressé par les équipes européennes  Quoi qu’il en soit, ce n’est pas une guerre, nous discutons avec euxEn Chine, nos concurrents, sont ce que nous appelons les BAT, Baidu, Alibaba et Tencent. Alibaba a notamment engrangé le 11/11, le jour des célibataires en Chine, près de 14 milliards de dollars de recettes. Cela donne l’échelle de grandeur à laquelle se mesurent les acteurs dans le pays, notamment face à Google par exemple. Ils sont très puissants localement et peuvent donc facilement changer l’écosystème à la fois digital, mais également de l’automobile On vend beaucoup de voitures au travers de sites comme Alibaba. Il y a une très forte demande en Chine de tout ce qui tourne autour du sujet « nouvelle mobilité ». Une guerre se joue en ce moment sur ces plateformes de mobilités, comme Uber ou son équivalent local, par exemple. Ce sont des sujets que PSA suit de près, mais plutôt en tant que partenaire. Demain nous pourront peut-être intégrer l’application Uber, ou d’autres, afin que le client, s’il le souhaite, puisse faire du co-voiturage, ou puisse devenir un chauffeur VTC à part entière. Pour nous c’est plus une source d’opportunités. »

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A.C : « Une question sur les utilisateurs chinois de vos technologies connectés. Se sont-ils vite adaptés ? Sont-ils friands de ces petits plus qui facilitent la relation voiture et les technologies qu’ils ont dans leurs poches, comme les smartphones et smartwatches ? Ou au contraire sont-ils retissant ? Quelle est leur perception et quel est votre point de vue sur ce sujet ? »

V.R : «  Ici, il faut avouer que c’est un must have, une demande importanteLe client moyen, pour vous donner une idée, a 35 ans en Chine. Ils ont tous leur smartphone en poche. Ils sont tous sur WeChat (application de chat sur Facebook). C’est 600 millions de clients sur WeChat pour vous donner une idée. C’est quelque chose que tout le monde utilise en Chine et c’est même transgénérationnel. Les plateformes d’E-commerce touchent 80% de la population chinoise. Il y a donc vraiment une attente forte et naturellement, proposer une gamme de voiture connectée répondait à une attente forte du consommateur chinois. »

A.C : « Et justement, quelles sont les attentes du  marché européen des voitures connectées selon vous ? Quelle différence entre le marché chinois et français ? »

V.R : « La grande différence, c’est que l’on pousse la connectivité « tous types ». Nos voitures, en Chine, seront connectées à 100% grâce à un modem d’ici 2020. En Europe les écosystèmes sont différents. La volonté et la demande restent faibles sur tous ces services connectés. On reste, en Europe, sur des solutions « tethering », c’est-à-dire votre téléphone connecté en wifi avec votre voiture. La moyenne de nos clients sur le vieux continent tourne autour de 55 ans. L’attente n’est donc clairement pas la même. Le marché de l’occasion reste très fort en Europe. Quand vous êtes jeune, vous avez plutôt tendance à acheter une voiture d’occasion en Europe, plutôt qu’une voiture neuve, ce qui est totalement différent en Chine. Ici, ce sont des nouveaux accédants; la mentalité ne privilégie par la voiture d’occasion, c’est mal perçu car cela signifie que vous n’avez pas les moyens. C’est une question culturelle en Chine, d’où la raison pour laquelle nos primos accédant ont une moyenne d’âge de 35 ans ici. La voiture d’occasion représente ici moins de 10% du marché. »

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A.C : « Concernant vos innovations, quelles vont être vos futures avancées, notamment autour du partage de l’information véhicule/ client ? »

V.R : « Aujourd’hui, nous proposons un certain nombre d’applications, « d’apps » dans la voiture. C’est un point que nous voulons enrichir et sur lequel nous travaillons beaucoup. Avec mes collègues de l’innovation, nous regardons  quels sont les services les plus pertinents à intégrer dans nos voiture. Nous avons tous un smartphone embarquant des  centaines d’apps dont certaines sont intéressantes en situation de conduite et c’est ce sur quoi nous  investisons aujourd’huiOn veut développer un lab pour fédérer des développeurs autour de la voiture connectée et pour les accompagner, afin que leurs applications soient mieux intégrées dans nos voitures. »

Entretien réalisé le 12/11/2015

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