Robotique : les enjeux d’un secteur d’avenir – Partie 3/3

Ce dossier en 3 parties a été proposé par 5 étudiants de l’EMLYON (Victor Bouin, Violette Lepercq, Flavien Chervet, Pierre Marionneau et Claire Gautier) qui ont travaillé sur la robotique pour leur mémoire de 2015.  Merci à eux pour leur travail et pour ce partage ! Voici la 3ème et dernière partie de ce dossier :

Robotique : stratégies de développement des pays dans le monde

3. Les stratégies de développement robotique dans le monde

A. L’Amérique du Nord

Si les Etats-Unis ne se sont jamais réellement penchés sur le développement de robots industriels, bien que les utilisant, ils ont su développer des expertises assez poussées dans certains domaines :

  • La défense avec Lockheed Martin
  • L’agriculture avec John Deere
  • Les mines et travaux publics avec Caterpillar
  • Les applications domestiques, avec iRobot

1. L’importance de la recherche

Pendant longtemps il n’y avait pas de stratégie de développement pour la robotique aux Etats-Unis. Cependant, une roadmap a été prévue en 2011 via la National Robotics Initiative (NRI) proposée par le président B. Obama pour accélérer le développement et l’utilisation des robots, qui travaillent aux côtés ou en collaboration avec l’homme.

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Leur stratégie de développement passe alors par la confiance en leurs grandes entreprises pour innover telles que Google ou Amazon mais aussi par leurs écoles et clusters. La région de Boston par exemple regroupe les industriels les plus importants comme iRobot et Kiva Systems et les laboratoires de recherche les plus prestigieux comme le MIT et Harvard en matière de robotique. Les clusters organisent des conférences pour augmenter leur visibilité (RoboBusiness Leadership Summit à Boston ou l’International Conference on Robotics à Pittsburgh)
Les associations telles que Robotics Industries Association (RIA) jouent aussi un rôle très important pour la promotion de la robotique, en fédérant et informant les acteurs de la robotique sur les développements récents de ce domaine.*

2. Investissements et financement

Les Etats-Unis investissent massivement dans la robotique par le biais des acquisitions de start-ups de pointe, d’apports financiers dus à la dynamique du marché, de fonds privés de grands noms de l’industrie comme IBM.
Par ailleurs, le financement de projets est facilité. Par exemple, la National Robotics Initiative est dédiée aux applications professionnelles tandis que la NASA investit massivement pour développer des robots pour l’agriculture ou la surveillance. Un indice financier sectoriel dédié à la robotique a même été créé dans le NASDAQ.
Enfin, le pays est très en avance sur la robotique militaire, entraînant des débouchés dans d’autres secteurs de la robotique.*

B. L’Asie

L’Asie est toujours le plus gros marché mondial pour la robotique industrielle. Le Japon et la Corée du Sud demeurent des leaders incontestés. La Chine devrait devenir de loin le plus grand marché en robotique industrielle si le rythme des installations de robots ne faiblit pas et si Foxconn rempli ses objectifs.

1. Le Japon

Le Japon est souvent considéré comme le pays de la robotique par excellence. Présent sur le marché de la robotique industrielle depuis les années 1960, il s’est positionné comme leader mondial avec un fort soutien de son marché intérieur (la société Fanuc est leader mondial en robotique industrielle). Cependant, une forte majorité (67%) de la production robotique japonaise est exportée.
Le Japon est très en avance (opinion, investissements, consommation) sur la robotique de services, notamment dans la robotique médicale. L’opinion publique est très ouverte aux robots, notamment humanoïdes (on en retrouve même dans les médias).

Bien qu’il n’existe pas de plan national concernant la robotique, l’investissement public est soutenu. En 2001, le METI (ministère de l’économie) a lancé le 21th Century Robot Challenge avec l’objectif de promouvoir sur 10 ans la domotique. Aujourd’hui encore, le METI continue d’investir massivement dans la robotique, considérant cette dernière comme une technologie clé pour le développement du pays. Les entreprises nippones ont par ailleurs un rôle primordial car ce sont elles qui se sont intéressées en premières au développement de la robotique. Elles ont donc naturellement investi dans ce secteur, à l’image de Kawasaki Heavy Industries, Honda, Yaskawa Motoma ou Fujitsu.

2. La Corée du Sud

À l’instar du Japon, la Corée du Sud n’est pas en reste sur le secteur de la robotique. Le pays s’est cependant focalisé sur la robotique de service, avec le lancement d’un programme de recherche public dans ce domaine financé par le MOCIE (ministère du commerce et de l’industrie).

Les acteurs du développement de la robotique en Corée sont industriels mais aussi académiques. Le pays investit massivement dans l’éducation et les jeunes sont initiés à la robotique dès leur plus jeune âge. Des universités telles que Chonbuk University ou Korea University travaillent sur la robotique de service. Elles collaborent de plus avec des pays occidentaux comme les Etats-Unis, la France ou l’Allemagne.
Deux plans successifs en 2008 ont montré l’engagement des pouvoirs publics coréens dans la robotique. Ils promeuvent la recherche et le développement des technologies robotiques en débloquant d’importants fonds. Leur objectif est que la Corée soit l’une des 3 nations majeures sur la robotique à court terme et leader mondial à long terme.

3. La Chine

Si la Chine a investi plus tardivement dans la robotique, des programmes gouvernementaux se penchent sur cette problématique depuis 1986. Aujourd’hui, le soutien des pouvoirs publics n’est pas très important et les projets nationaux soutiennent essentiellement la recherche dans les différentes universités et instituts.
Cependant, la Chine s’équipe de plus en plus en robotique industrielle, afin d’accroître sa productivité. A ce rythme, en 2016, elle devrait dépasser le Japon au niveau des achats de robots industriels, grâce à un plan d’investissements de plus de 85 milliards de dollars.
De plus, la robotique prend une part croissante dans l’économie et la société chinoise : entre 2005 et 2012, les ventes de robots ont augmenté de plus de 25% par an.*

C. L’Europe

Si l’Allemagne est à l’heure actuelle le leader européen dans le domaine de la robotique, il existe actuellement une réelle stratégie européenne pour le développement de la robotique de services.

1. SPARC : the road to robotics

La Commission Européenne a lancé un vaste programme pour soutenir le développement de la robotique civile : SPARC Robotics. Ce programme est un partenariat public-privé entre l’Union Européenne et la EuRobotics AISBL (association internationale sans but lucratif) lancé par Innorobo en 2013. C’est le plus grand programme d’innovation robotique financé par les citoyens de l’UE, avec 700 millions d’euros prévus sur la période 2014-2020. De plus, EuRobotics AISBL investira, sur la même période, 2,1 milliards d’euros.

C’est plus de 180 membres issus de la recherche et de l’industrie qui œuvrent au positionnement stratégique de la robotique européenne, s’assurant que celle-ci bénéficie aux économies et sociétés de la zone européenne. Ces experts, travaillant en « topic groups », définissent des « roadmaps » et font des recommandations concernant les applications de la robotique ayant le plus de débouchés économiques et sociétaux, ainsi que leur financement à l’horizon 2020.
A terme, le programme SPARC vise à accroître les parts de marché mondial détenues par l’Europe dans la robotique (de 35% sur un marché à 22 milliards en 2014 à 42% sur un marché estimé à 60 milliards d’ici 2020), en créant au passage plus de 240 000 emplois en Europe.*

2. L’Allemagne : un leader européen

Historiquement leader sur le marché de la robotique, l’Allemagne semble garder une place de taille dans ce secteur. En effet, en 2009 14% des technologies de la robotique employées dans le monde étaient allemandes*, grâce aux structures présentes sur son territoire.
En effet, la filière académique allemande pour la robotique est l’une des meilleures au monde avec quelques centres de renommée mondiale tels que l’Institute of Robotics and mechatronics ou le Fraunhofer. Par ailleurs, l’Allemagne possède de grands leaders industriels qui se sont tournés vers la robotique tels que Kuka, Schunk ou encore Festo.
Cependant, le marché allemand interne n’est pas particulièrement dynamique. Le financement de la recherche en robotique est donc possible grâce à l’Union Européenne mais aussi aux programmes du ministère de l’Industrie et de l’éducation.*

D. Zoom sur la France

Quelle place pour la robotique française en Europe ? 
Le plan « France Robots Initiatives » pour positionner la France parmi les leaders mondiaux constitue un élément de réponse.
Le programme « France Robots Initiatives » a été lancé par l’Elysée en septembre 2013, sous l’égide du ministre de l’économie et du redressement productif Arnaud Montebourg. Il vise à créer une filière robotique dans le cadre du plan national de reconquête industrielle. Ainsi, c’est 100 millions d’euros qui vont être débloqués afin de faire décoller les collaborations public-privé pour faire de la France un leader de la robotique d’ici à 2020.*

France Robots Initiatives comprend un ensemble d’actions et d’aides financières :

  • La première étant la création d’un fonds d’investissement dédié à la robotique de service, Robolution Capital, doté de 80 millions d’euros et financé à égalité par le public et le privé. Le fonds est prévu pour opérer durant une dizaine d’années sur des investissements en France et en Europe de l’ordre de 300 000 euros à 3 millions d’euros. Ces investissements vont de l’amorçage au développement, suivant le niveau de maturité des entreprises, et facilitent les partenariats industriels. 350 dossiers sont ainsi en cours d’analyse pour aider des PME à s’équiper et à développer une cellule robotique.
  • En parallèle, 250 entreprises seront également sélectionnées pour recevoir une aide à la robotisation grâce au programme Robot Start PME portant au total sur 33 millions d’euros, dont 4,3 millions au titre des investissements d’avenir. Le plan prévoit en outre une extension du dispositif à la sous-traitance automobile avec un budget complémentaire de 2 M€ pour robotiser 100 entreprises dans ce secteur.

Le programme « France Robots Initiatives » à d’autres ambitions : consolider l’effort de R&D par le biais de programmes de partenariats, de défis collaboratifs, d’appels à projets, ainsi que le développement d’une infrastructure de recherche, Net-Robotic. L’accent sera notamment mis sur le développement de technologies numériques clés, telles que les objets connectés intelligents et les logiciels embarqués, qui seront soutenues par le programme des investissements d’avenir.


Propos recueillis auprès de Mme Catherine Simon, présidente d’Innorobo :

Vous connaissez par cœur le marché de la robotique en France, quels sont d’après vous les principaux leviers ? Les principaux freins ?

« La France dispose de leviers intellectuels. Les labos de recherches sont très performants mais ont du mal à trouver des moyens de passer de la technologie à l’application.
Les freins sont donc ceux de l’usage réel. Par exemple les fonds d’amorçages n’existent pas en France. C’est un frein à l’entrepreneuriat en général bien sûr. Aujourd’hui on commence à donner des fonds pour la recherche si et seulement si elle a un impact ECONOMIQUE. C’est un pas dans le bon sens.
Il y a aussi un frein culturel en France qu’on ne retrouve pas dans des pays comme le Japon. »

Au niveau européen, la Commission Européenne a lancé en 2014 un partenariat public-privé dans le domaine de la robotique dans le cadre d’Horizon 2020, qui offre de nouvelles opportunités d’aides à la R&D française. Toujours dans le cadre du programme Horizon 2020 a été lancé un autre appel à projets, intégrant la robotique industrielle, « Factories of The Future » (Usines du Futur).

Des états généraux de la robotique seront également organisés, chaque année, en marge du salon européen Innorobo, afin de fédérer la filière robotique, d’évaluer et donner une visibilité aux actions engagées. Autre action en faveur de la création d’une filière robotique structurée : la création d’un Comité robotique « filière de demain » autour de Cap Robotique (sous-filière de Cap digital) et du Groupe de recherche robotique (le GdR Robotique) et des structures les plus actives dans le domaine de la robotique (collectivités, ministères et grands groupes industriels). Celui-ci, dans un souci de mise en réseau de partenaires, produira un annuaire de fournisseurs robotiques français en matériel et en logiciel. Les deux syndicats professionnels Syrobo (robotique de service) et Symop (robotique industrielle) conservent leur spécificité et leur autonomie tout en jouant un rôle fédérateur aux côtés des structures précédemment citées.

Enfin, la formation sera renforcée afin d’anticiper les demandes en compétences de la filière robotique, et un travail sera engagé afin d’étudier l’opportunité d’avoir des diplômes de référence en robotique de reconnaissance internationale. Ces formations viendront s’ajouter aux nombreuses compétitions de robotique qui ont lieu chaque année pour permettre aux passionnés d’échanger leurs connaissances. La compétition la plus connue en France est certainement la coupe de France de robotique qui a ensuite donné naissance à Eurobot.*

Le plan France Robots Initiative (2013) en résumé* :

  1. En 2013, le ministère de l’économie estimait qu’en 10 ans, le secteur de la robotique pouvait générer des dizaines de milliers d’emplois dans l’Hexagone : c’est un potentiel largement sous-estimé, tant les débouchés de la robotique sont encore ignorés.
  2. La France a lancé le programme « Start PME », afin d’encourager les entreprises françaises à s’équiper en robots.
  3. Le budget de ce programme atteint les 100 millions d’euros, à répartir ainsi :
    a. 30% pour inciter les PME à s’équiper en robots
    b. 70% dédiés à la R&D
  4. « On n’est pas dans la « subventionite », mais dans la collaboration publique-privé motivante » (Bruno Bonnell, L’Usine Nouvelle, 19 Mars 2013)
  5. Le plan a été construit avec les acteurs, après consultations

chiffres robotique monde développement

Conclusion – Robotique, enjeux d’un secteur d’avenir

Le succès d’Innorobo, avec une augmentation de 30% du nombre d’exposants et de nombreux visiteurs, est à l’image de la robotique dans son ensemble : en croissance et tourné vers l’avenir.
Convergence. En effet, on voit le rapprochement s’opérer entre les grands groupes et les petites entreprises, entre les startups et les investisseurs, entre le secteur privé et le secteur public. C’est ainsi que le marché peut se développer de plus en plus rapidement.
Une tendance émerge : la cobotique. Selon Catherine Simon, présidente d’InnoEcho, organisatrice du salon Innorobo : « La cobotique industrielle nous donne un aperçu de ce que sera la robotique. Les ordinateurs sont d’abord entrés dans les grands groupes, puis dans les PME et enfin dans les maisons. Les hommes vont s’habituer à collaborer avec des cobots, et cette collaboration homme-machine à l’usine va permettre de faire tomber de nombreuses barrières ».

En effet, la cobotique est la réponse adaptée aux nombreux a priori sur les robots, qui ne sont ainsi plus vus comme une menace potentielle pour l’homme, mais comme des compagnons, capables de suppléer l’homme, d’entrer dans une relation complémentaire avec lui.
Il faudra évidemment du temps pour s’adapter à la robotisation de l’économie et de la société. Des questions d’ordre juridique ou éthique sont soulevées et les réponses ne sont pas toujours évidentes.
Quoi qu’il en soit, la robotique est une révolution en marche et qui transformera profondément nos structures et notre fonctionnement.


Propos recueillis auprès de Mme Catherine Simon, présidente d’Innorobo :

Quel est votre robot préféré ? Pourquoi ?

« J’attends qu’on l’invente ! Il devra porter des valeurs de dignité humaine et de bienveillance.
Il devra aussi me rendre des services sans être nécessairement connecté à Internet. De même qu’un ordinateur peut avoir une utilité sans être connecté. »

Un mot pour finir ?

« Encore mieux, une info en avant-première ! La date du prochain Innorobo vient d’être décidée, ce sera du 24 au 26 Mai 2016. On se retrouve là-bas ! »

Retrouvez la partie 1 et 2 de ce dossier
en cliquant sur les visuels ci-dessous

Robotique enjeux d un secteur d avenir partie 1 robotique : Quelles transformations pour la société ?

 


Principales sources utilisées : NSF (National Science Foundation : USA) ; PIPAME & DGCIS – Le développement industriel futur de la robotique personnelle et de services en France ; Innorobo – About Innorobo : The industrial market in Europe ; Communiqué de presse de l’UE : 3 Juin 2014 ; VDMA (Vertritt den Maschinenbau und den Anlagenbau, association allemande de mécanique et d’usinage) ; PIPAME & DGCIS – Le développement industriel futur de la robotique personnelle et de services en France ; RobotStartPME : Arnaud Montebourg lance le plan « France Robots Initiative » ; CITC : CITC Watch Robotics 17/04/2014 ; innoEcho – Quelle place pour la robotique française ; Objetconnecte.com

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