in , ,

[Colloque Medias et Santé] Santé connectée, marketing ou réalité ?

Santé connectée, première table ronde du colloque médias et santé avec des experts

Ce vendredi 4 décembre avait lieu la 7e édition du colloque Médias et Santé à la faculté de médecine de la Timone à Marseille. Et cette année, le thème de cet événement n’était autre que la santé connectée. 

La santé est un sujet délicat à aborder auprès du public. Celui doit pourtant être sensibilisé aux nouvelles approches, pratiques et technologies développées. C’est en cela que le colloque Médias et Santé permet d’apporter des réponses à travers des tables rondes auxquelles de grands spécialistes sont conviés.

Qu’est-ce qu’un individu connecté ?

Lors de cette première table ronde, les spécialistes ont pu donner une première vision de ce que représente la santé connectée et les différents outils mis à disposition des patients. Stéphane Angeli, un patient diabétique, était également présent pour témoigner. L’occasion de répondre à une première question, qu’est-ce qu’un individu connecté ?

pcloud

Un individu connecté c’est donc un individu qui se mesure. Patient diabétique depuis de nombreuses années, Stéphane dispose aujourd’hui d’une application sur laquelle il écrit ses résultats quotidiens. Connectées en direct avec une plateforme à Paris, les données récoltées sont stockées et suivies par une infirmière. Ainsi, en cas de problème, celle-ci est à même de contacter le patient et de veiller sur lui en permanence. Attention cependant, cela ne remplace en rien le diabétologue.

Santé connectée : En télémédecine, le médecin de demain sera connectée

C’est alors au tour des spécialistes de parler des solutions qui existent pour le suivi des patients. Le professeur Pierre Teillac, Urologue, s’apprête pour sa part à lancer un site de télémédecine. L’idée, c’est d’avoir une consultation à distance et d’obtenir par la même occasion une ordonnance de façon sécurisée. Le but, c’est de pouvoir libérer du temps médical pour les urgences.

On apprend alors que selon SOS médecins, sur 100% d’examination des patients, dans seulement 20-25% des cas, cela apporte quelque chose au patient. Il y a donc 80% des examinations qui peuvent se faire via internet. Bien entendu, un tel changement nécessite du temps et une éducation puisqu’il faut bien comprendre que cela ne doit en rien éliminer les maisons médicales.

Pour Carlos Jaime, directeur général de la division santé de Samsung Electronics France, il existe différentes catégories de marché quand on parle de santé. Tout d’abord le marché du bien-être qui comprend les traqueurs d’activité et autres bracelets connectés qui n’apportent aucune réelle information, le marché des personnes qui souffrent de vraies pathologies et enfin le marché de ceux qui ont besoin d’être accompagnés après une chirurgie.

Les objets connectés, il faut savoir différencier les gadgets de ceux qui ont une vraie utilité

À quoi servent alors ces objets connectés ? À quantifier. Mesurer son taux de glycémie, de cholestérol, suivit du poids, on parle alors de coaching et de médecine préventive.

Santé connectée : Upulse, Bodyscoring

Il est donc temps pour Patrice Bendahan, fondateur de la société ESPHI, de présenter son objet connecté, UPULSE. Celui-ci permet de faire une analyse et un bilan complet des capacités physiques d’une personne pour lui proposer le meilleur programme. Force est de constater que dans la société actuelle, les gens font attention à leur physique, mais les bracelets ne leur apporte aucune solution, juste un suivi des performances. Celui-ci est alors perçu comme un gadget. Il faut donc apporter une plus-value, une expertise. C’est pour cela que UPULSE s’adresse aux professionnels du milieu sportif.

D’autres objets connectés voient le jour et promettent de réelles avancées dans le domaine. On pense notamment à MOCAheart, que nous avons présenté il y a peu comme Startup de la semaine ou encore Auxivia qui arrive à déceler des troubles du comportement grâce à son verre connecté. Le progrès est partout, il suffit de mettre au point les bons outils.

Et en professionnel de la santé, Hervé Collado s’y connait bien puisqu’il était le médecin sportif de l’équipe de France féminine de football. Pour lui, la santé connectée va ouvrir de nouvelles possibilités, la question ne se pose donc pas, il faut l’adopter.

différents traqueurs d'activités

La technologie n’est pas le problème, c’est l’utilisation que chacun en fait qui est important. Il faut que les personnes qui utilisent les bracelets et appareils connectés comme suivi fassent attention et ne sous-estime pas la place du médecin. Un sénior de 70 ans qui se met à faire du sport à tout intérêt à consulter avant de se lancer, plutôt que de faire confiance à son bracelet. Les objectifs et limites restent des éléments essentiels à mettre en place avec un professionnel, sportif de haut niveau comme débutant.

L’E-consultation représente une belle opportunité, mais il faut prendre en compte que cela s’applique plus facilement à certains cas. Le diabète par exemple, est une maladie qui peut se mesurer, qui est beaucoup basée sur les chiffres. Le suivi par E-consultation se prête donc facilement à ce cas. Pour ce qui est des autres, cela va passer par une éducation, surtout dans les villages. Une question se pose alors, comment faire pour répondre à 1000 mails si une épidémie de grippe survient ?

C’est dans ce cas précis que l’idée de la plateforme prend tout son sens.

Faut-il mettre en place un label ?

Quelle est la crédibilité d’une application ? Encore une fois, ce n’est pas tant la technologie qui pose problème, mais son utilisation. Pour Carlos Jaime, tout ce qui est disponible au niveau médical doit être marqué par logo CE. Toutes les applications ne sont pas performantes, il en existe qu’une minorité validée médicalement (environ 5%).

En ce qui concerne la maison médicale sur le net, il va falloir obtenir toutes les autorisations officielles. On ne parle plus alors de label. Si on prend l’exemple d’un village, ce site internet va permettre de connecter tous les médecins avec les patients et donc de faire soigner un malade à Marseille par un médecin basé sur Strasbourg tout en envoyant les résultats de la consultation au médecin traitant en question.

Comment faire si internet ne fonctionne plus ?

Dans le cas d’une consultation sur internet comment faire si internet tombe en panne le jour même du rendez-vous ? Une question pertinente à laquelle les professionnels s’accordent à dire que, tout comme dans le cas d’un médecin absent en maison médicale, il suffit de reprendre rendez-vous.

Il est alors important pour eux de préciser que le service et l’expérience des patients à l’heure actuelle est très mauvais. Avec l’E-santé, cela devrait vite évoluer. L’exemple le plus parlant d’amélioration est celui d’une personne qui, épuisée après une longue journée de travail, pourra consulter son médecin depuis chez lui.

Quel support utiliser pour ces consultations ?

Il semble plus qu’évident qu’avec de telles pratiques et échanges de données personnelles, la question de la sécurité et du secret médical se pose. L’utilisation de Skype ou l’envoi d’informations par mail est donc à bannir dans ces cas. Il va falloir créer une application, plateforme hautement sécurisée.

La santé connectée, un pas vers une nouvelle économie

Une consultation coûte actuellement cher au système de santé. Grâce à l’E-consultation, le seul prix sera 23€ pour la consultation et le prix de la connexion. Il s’agit alors d’une économie indéniable notamment dans le cas des frais de transport médicaux qui s’élèvent à 4 milliards d’euros par an. Le patient sera donc confortablement installé chez lui, et n’aura plus à effectuer des trajets fatigants et parfois même inutiles.

Se dirige-t-on vers un monde d’assistés incapables de se débrouiller seuls en cas de problèmes ? Il est vrai que les gens risquent de perdre l’habitude de réaliser des tâches de manière autonome, mais il est primordial de bien les éduquer afin que cela ne se produise pas. Une personne souffrant de diabète devra être capable de se faire une injection d’insuline si jamais l’appareil qui lui procure de façon automatique tombe en panne.

Il est alors temps aux personnes présentes dans la salle de poser leurs questions, qui s’avèrent nombreuses compte tenu des nombreux bouleversements que de telles technologies vont apporter.

Qu’en est-il à l’étranger ?

Aux Etats-Unis, 87% des patients font des recherches sur internet avant de se rendre en consultation. 50% font ce que l’on appelle de l’automédication à cause du système de santé actuel. En France 40% des personnes qui pratiquent l’automédication repoussent leur rendez-vous.

Medgate, la télémédecine version Suisse

En Suisse, il existe Medgate, « le plus grand centre de télémédecine exploité par les médecins en Europe » selon ce qui est indiqué sur le site. Et les chiffres sont impressionnants puisqu’il cela peut aller jusqu’à 4300 téléconsultations par jour et que Medgate a enregistré 5 millions de ces consultations depuis 2000. On parle alors d’une révolution culturelle au niveau du corps médical. Il reste quand même à éduquer les infirmiers et autres personnes utilisant cette solution à apporter les bonnes réponses au bon moment.

Avec des technologies qui évoluent toujours plus vite que la pratique, comment ne pas être dépassé par le progrès ?

Il est vrai que la technologie ne cesse de prendre de l’ampleur dans le domaine de la médecine. Il est donc important de s’y mettre progressivement afin de ne pas apporter de trop grands bouleversements auprès des patients. Aujourd’hui, il est question de défricher le terrain, car il est essentiel de connaitre les instruments avant toute utilisation.

Dans le cas des objets connectés l’atout majeur est de donner des objectifs au patient pour l’accompagner. Bien que nous sachions tous à quel point il est important de faire du sport, cela ne suffit pas pour se motiver.

Qu’en est-il de l’utilisation des Big Data et des algorithmes ?

Il existe à l’heure actuelle un certain « docteur Watson » créé par IBM. C’est une aide au diagnostic pour le médecin qui va trier les données afin qu’il ne soit pas submergé par un nombre exorbitant d’informations. L’objectif, faire de la médecine ultra personnalisée tout en étant vigilant sur la sécurité.

Les mains n’ont cessé de se lever dans la salle, les personnes présentes étant soucieuses pour l’avenir de la santé, mais par manque de temps certains ne trouveront pas réponse. Une première table ronde intéressante qui a donc permis de faire un tour de l’état actuel de la santé connectée et de ce qui attend les patients de demain. Pour en savoir plus sur cette édition 2015 du colloque Médias et Santé, rendez-vous sur ce site.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *