in , ,

[Tour de Table] Le Centre Numérique veut faire « plus et mieux avec moins » grâce à la transformation digitale

Centre Numérique
La salle Lamartine, à l'Assemblée Nationale

La salle Lamartine, à l’Assemblée Nationale accueillait le 8 juin dernier le Colloque de la Transformation Numérique, mené par Hervé Morin, Président Fondateur des Bâtisseurs de l’UDI, et Alain Dolium, fondateur du Centre Numérique au sein de l’Udi. Autour de cette table, chefs d’entreprise, investisseurs, start-ups et acteurs de la transformation numérique étaient invités à dresser bilans et projections de l’avenir politique de la France dans cet écosystème du tout-digitalisé en floraison.

Un colloque intégrant la politique à la transition digitale

Pour la deuxième édition de son colloque, le Centre Numérique avait choisi comme thème « Faire plus et mieux avec moins, grâce à la transformation digitale« . En campagne pour les élections régionales, Hervé Morin et la division spéciale « transition numérique » de son parti, l’UDI, ont invité de nombreuses personnalités à s’exprimer sur leur conception de la transformation digitale.

Colloque
Colloque de la Transformation Numérique, présidé par Alain Dolium et Hervé Morin Crédits Photos : Centre Numérique
Centre Numérique
La salle Lamartine, à l’Assemblée Nationale

 

Les échanges étaient menés par Alain Dolium, Vice-Président des Bâtisseurs de l’UDI et Président du Centre Numérique. Hervé Morin, relativement absent des débats, a laissé la parole à ses co-conférenciers et a seulement clôturé les échanges par une conclusion tournée vers les perspectives d’avenir.

pcloud

Etaient présents lors de ces échanges : Mohamadou Diallo, Rédacteur en chef du magazine IT africain CIOMAG, Jean-Noël de Galzain, Secrétaire Général du Pôle de Compétitivité Systematiq, Steny Solitude, fondateur de Perfect Memory, Joel DREYFUSS, fondateur et ex rédacteur en chef de la revue Red Herring, Patrick GAGNAIRE, Fondateur de la fondation Télémaque, Guillaume WEILL, Directeur Général de MetrixLab, Laurent KRAIF, Président fondateur de Akol Energie, et ROST, Président de Banlieues Actives, souvent aperçu sur les plateaux télé. Les conférences étaient suivies sur Twitter avec le hashtag @Centrenumeriq

Numérisation : la France à la traîne, l’Afrique en pleine croissance

Kenya téléphone mobile

Alain Dolium a amorcé le débat en partant d’un paradoxe tout français : en matière de digitalisation, la France est 8ème sur 28 en Europe, avec 96% de sa population connectée…tandis qu’elle est seulement 15ème sur 28 en terme de numérisation. Avec la tendance largement répandue du BYOD (Bring your own device), les entreprises ne capitalisent que très peu sur le numérique.

« Il y a une forme de cécité par rapport à ce qu’il se passe. Pourtant un bouleversement de tous les modèles de développement est en cours« , ajoute Alain Dolium, avec un mot pour l’Afrique : « En Afrique, il se passe des choses énormes et riches d’enseignements pour la France, avec l’émergence de la Silicon Savanna« . Déjà évoquée dans un article précédent, l’Afrique a réussi ce qu’aucun autre pays au monde n’a fait en matière d’extension bancaire rapide avec le paiement mobile et notamment le service M-Pesa au Kenya; elle a aujourd’hui atteint un taux de 100% de pénétration du marché des smartphones et tous les pays d’Afrique sont concernés. Elle fait partie du top 10 de la croissance en terme de smartphones en 2015, pour 9,5% de l’audience Internet mondiale. Un milliard de cartes SIM sont déployées en Afrique.

Cardiopad
Le Cardiopad piloté via une tablette Crédit Photo : Sciences et Avenir

La raison ? L’accès aux soins étant difficile, les routes peu entretenues et la mobilité des populations par conséquent réduite, le smartphone permet de rationaliser les déplacements en contactant un médecin à distance. Le smartphone sert à tout : l’établissement de procédures d’état civil, à payer, et même à vérifier si des médicaments sont vrais ou contrefaits grâce à une application très répandue en Afrique. Le cardiopad, un objet connecté pensé pour tracer les maladies cardiaques est très utile dans la prévention des risques. L’Europe s’intéresse à ce succès du paiement mobile de si près qu’elle va devoir faire une « innovation inversée » pour proposer ce format de paiement aux usagers, tant le succès rencontré a été important en Afrique où le taux de bancarisation n’excède pas les 7%.

Un bilan positif donc pour ce continent en plein essor économique grâce à la transition digitale qui accueillera les assises de la transformation digitale à Abidjan, en Côte-d’Ivoire, les 17, 18 et 19 juin prochains. Mohamadou Diallo, rédacteur en chef de CIOMAG, magazine IT Africain précise « qu’un millier de salariés spécialisés dans le numérique vont être recrutés.« 

Les assises de la transformation digitale à Abidjan
Les Assises de la Transformation Digitale à Abidjan en 2014

En France, ce sont 42% des emplois qui seront concernés par l’automatisation à l’horizon 2050, ce qui pose des questions d’ordre socioprofessionnel importantes.

Transformation digitale : le modèle sociétal en question

Selon Jean-Noël de Galzion, de SYSTEMATIC, pour que la France reste dans la course sur le secteur numérique, elle doit continuer à miser sur son crédit impôt recherche, « pour faire évoluer la R&D et être plus compétitive« . « On a pu embaucher sans déficit dans ce secteur. Il faut continuer à investir. Le monde nous envie la FrenchTech et cherche à imiter notre crédit impôt recherche ! » précise t-il.

Interrogé sur une comparaison entre les Etats-Unis et la France, Joel Dreyfuss, fondateur et rédacteur en chef de Red Herring, une revue spécialisée sur les nouvelles technologies, n’a pas hésité à dire que la France « manquait de courage, à la différence des Etats-Unis. » « C’est un pays avec une culture de banquiers, cela va prendre du temps d’instaurer comme aux Etats-Unis une culture du risque. Là-bas, quand vous lancez une start-up et que ça n’a pas marché, vous êtes quelqu’un qui a de l’expérience…mais en France, vous ne pouvez plus rien faire, vous êtes en échec. »

Red Herring
Joel Dreyfuss, journaliste et ex rédacteur en chef chez Red Herring

Et Joel Dreyfuss d’ajouter que ceux qui pâtiraient le plus de la transformation digitale, ce sont les » middle-men », les professions intermédiaires. Car auparavant, on remplaçait « le muscle par des machines, maintenant…ils remplacent aussi le cerveau« . Une confirmation des thèses développées par l’essayiste américain Jeremy Rifkin qui prédit qu’à l’aune de 2025, un nombre incalculable de métiers auraient disparu, remplacés par des métiers de maintenance de la robotique et de gestion des énergies renouvelables.

Selon Patrick Gagnaire, fondateur de l’Institut Télémaque (promoteur de l’égalité des chances et créateur de lien social dans l’éducation en France), la transformation digitale aura un impact social et humain, sur la solidarité, l’emploi, l’éducation… Selon lui, « on peut éviter le numérique pour éviter les fractures, car cette ruée vers l’Or n’enrichit que les vendeurs de bottes et de pelles » ironise t-il. « Les politiques doivent réaliser l’importance d’un accompagnement social de ceux qui risquent de rester au bord de la route. »

Solidarité

Guillaume Well, de Metrik Lab est plus optimiste quant à l’impact du numérique sur la démocratie : « Dans mon activité d’analyse, je vois les secteurs évoluer de manière très profonde, les uns après les autres. On a des masses d’infos très importantes. Avec les MOOC, dans l’éducation, par exemple, on a des moyens d’acquérir de la connaissance différemment. » Et en terme de marketing, il ajoute : « On ne peut pas développer des produits comme il y a dix ans. Maintenant, on se demande comment peut-on faire pour avoir une chance de plaire à l’individu ! On part davantage du consommateur que du produit.« 

Et il ajoute : « Moi je ne crois pas qu’il n’y ait pas de courage…mais par contre il y a des gens découragés. Pour faire évoluer la politique, il faut être capable de lever des troupes. L’implication des citoyens dans la vie de la Cité doit être plus importante, ils doivent participer aux actions, aux projets, pour créer de l’efficacité économique. » 

Guillaume Well : « En France, on vit sur un système de rente, on n’accepte pas d’être jugés car on a peur de recevoir un bonnet d’âne. »

Rost
Rost, écrivain, rappeur, producteur, chroniqueur…et Vice-Président du programme Banlieues Numériques

Pour Rost, l’écrivain engagé sur la question des banlieues, le numérique est une réelle opportunité : « Une partie de la population se sent exclue. Chaque année, 160 000 gamins sortent du système, dont certains peuvent complètement sortir du radar, on ne sait pas ce qu’ils deviennent. C’est une opportunité, car 500 000 emplois dans le numérique vont être créés en France, pour 800 000 en Europe. Et dans le numérique, on se base davantage sur les compétences que sur la couleur de peau ou l’origine sociale. »

Le mot de la fin de la première table ronde était celui de Patrick Gagnaire, questionné sur la désincarnation des rapports humains par le numérique :

« Ou nous nous désincarnons, ou nous trouvons des solutions. C’est important de continuer à rêver. Et sinon, il faut faire comme les indignés espagnols et dire : si vous vous empêchez de rêver, on va vous empêcher de dormir !« 

Des fonds d’amorçage et des collectifs de fonds régionaux

Hervé Morin, Udi

Etant peu intervenu tout au long des débats, Hervé Morin conclut toutefois les échanges par ses observations.

La conclusion d’Hervé Morin

« Il est difficile de trouver des financements sur l’immatériel en France. Moi je suis convaincu qu’on trouve facilement 60/70 000 euros pour monter sa boîte….et si on veut augmenter ses fonds, il faut des leviers d’amorçage. Je souhaite mettre en place un fond d’amorçage pour permettre aux entrepreneurs de passer de 100 à 10 000 rapidement ! Et il faudrait que ces fonds soient dirigés par des anciens patrons qui ont « le pif » (pour repérer les projets rentables – ndlr).« 

« Il est intéressant également d’intégrer des systèmes de crowdfunding locaux. Pour que le Breton finance le Breton.« 

« Aujourd’hui, des questions majeures se posent pour nous humains sur les humanoïdes. Dans trente ou quarante ans, aura t-on le droit de donner la mort à un humanoïde ? Les philosophies trans-humanistes s’inscrivent dans un chemin parcouru par l’humanité depuis Néandertal. Ces questions vont devenir fondamentales.« 

« J’ai toujours été opposé aux 35 heures. Mais je pense qu’on a le potentiel de passer du travail à l’activité. On pourrait obtenir une activité 100%.« 

« La démocratie a du plomb dans l’aile, quand on est élu local on sait que la dimension politique est plus simple. La politique a changé avec les réseaux sociaux. (…) Si on prend une rafale terrible, on sent qu’on a touché quelque chose (il cite l’exemple d’Emmanuel Valls avec la sortie en avion Rafale). (…) les chargés de communication sont obligés de surjouer ensuite. Ce qui est intéressant, c’est de voir comment la démocratie numérique va permettre la participation des citoyens.« 

Prochaine échéance à l’Assemblée Nationale pour le Centre Numérique le 12 septembre avec pour thématique : « L’herbe est-elle plus verte aux Etats-Unis ?« 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *