Peut-on mener un projet IoT sans ESN ?

Les entreprises de services du Numérique (ESN) sont-elles les seules à pouvoir aider les sociétés à passer à l’ère de l’Industrie du futur ? Début de réponse à cette vaste question. 

Les entreprises de services du Numérique recrutent de plus en plus de conseillers pour aider l’industrie a s’adapter à la transformation numérique. Les chiffres parlent d’eux même, Sopra Steria par exemple avait prévu de recruter 2600 collaborateurs d’ici la fin de l’année 2016.

Cette recherche accrue de nouveau talent s’explique par le besoin d’experts dans des domaines de plus en plus variés : Big Data et analytics, Cloud, développement logiciel et matériel, télécommunications, etc. Evidemment toutes ses compétences sont transversales à l’Internet des Objets.

Pour certaines entreprises, ce secteur est devenu la nouvelle coqueluche. Elles veulent pouvoir développer leurs propres projets connectés pour moderniser leurs infrastructures et prévenir le futur. Voilà pourquoi elles font appel aux ESN, des partenaires qu’elles connaissent déjà depuis longtemps.

En effet, les ESN ont changé de nom. La plupart des acteurs entrepreneuriaux les connaissaient sous le sigle SSII. Une question se pose alors naturellement : les ESN sont-elles utiles à l’ère des fablabs et aux intégrateurs de services ? A travers cet article, nous verrons que cette question caricaturale peut être résolue de plus d’une manière.

Une image changeante

Les ESN n’ont pas toujours bonne image. Malheureusement, l’image de leur métier de SSCI leur colle à la peau. L’appellation de « Conseiller » ne convenait plus pour parler des collaborateurs à l’innovation des entreprises. Ensuite nommées Société de services spécialisée en ingénierie informatique, elles ont œuvré à l’installation et la maintenance du parc informatique français, tout en faisant évoluer les technologies chez leurs clients.

Le premier syndicat du secteur, le Syntec numérique, a poussé ce changement. Depuis 2013, une nouvelle donne est instaurée : nouveau nom, ESN, nouveaux salariés, nouveaux ingénieurs. Ainsi, les grands groupes comme Sopra Steria, Atos ou Capgemini conservent en grande partie leurs activités traditionnelles en y apportant des ajouts non négligeables.

La continuité numérique selon Sopra Steria 

Le domaine d’expertise s’est élargie de la conception logicielle à la maîtrise d’ouvrage software et hardware. Ces entreprises sont ainsi capables d’aider leurs clients à adapter des solutions numériques dans leurs environnements de travail, physiques et virtuels. Leurs missions sont variées : de l’installation de matériels de stockage, de surveillance connectés à l’orchestration de tout un projet cloud ou IoT.

ESN : un paysage entrepreneurial très varié

esn copilote informatique

Airria, par exemple, se positionne principalement comme installateur d’objets connectés. La société dirigée par Olivier Coin se présente comme le premier réseau d’installateur européen avec 1 million d’objets connectés installés en trois ans, principalement des systèmes de sécurité (caméras, alarmes, etc.). Au total, Airria opère dans 23 pays européens et dispose de 1400 « techniciens multi compétence » qui œuvrent aussi bien dans les secteurs de l’énergie, la domotique, mais aussi les transports.

« Nous nous concentrons sur l’activité d’installation, il s’agit de notre cœur de métier. Nous avons installé un million de compteurs linky depuis 2015. » déclare Olivier Coin Président d’Airria.

Ce n’est pas la méthode adoptée par toutes les ESN, puisque de plus en plus il faut proposer une solution propre et clé en main aux clients.

Pour reprendre le slogan de Flextronics, un sous-traitant américain devenu ESN, la nouvelle tendance est au « From Sketch to Scale« , du croquis à l’industrialisation en bon français. C’est-à-dire que les ESN prennent une plus grande partie dans le développement des projets IoT, et s’inscrivent dans une démarche d’orchestration du début à la fin.

Pour les clients qui ont l’idée de transformer leurs activités professionnelles, externaliser ce changement permet de se « concentrer sur leur cœur de métier ».

De même, pour les industriels qui veulent créer ou connecter un objet IoT, les ESN leurs offrent la possibilité d’éviter la partie connectivité, une phase compliquée, même pour une entreprise leader dans son secteur traditionnel.

esn code iot

Des acteurs comme Sopra Steria restent plus dans le pilotage de l’innovation et la formation. Grossièrement, on peut dire qu’il joue le rôle du réalisateur, si l’on transposait cette activité à la production cinématographique. Le groupe est là pour mettre en synergie tous les postes et les technologies nécessaires à la finalisation d’outils de production numérique efficace.

D’autres ESN, sur ce marché de l’Internet des Objets prennent le rôle d’intégrateur de solutions, quitte à concurrencer les acteurs qui se réclament de cette profession.

En effet, des entreprises qui auparavant étaient considérées comme sous-traitant prennent à leur charge les compétences d’innovation comme c’est le cas pour l’américain Flextronics. Les objets produits sont pensés avec la marque cliente pour correspondre à ses besoins ou à ceux de ses clients.

Les ESN servent généralement des clients majeurs dans des secteurs de l’énergie et des transports comme ENGIE, SNCF, Enedis, ou encore Airbus.

Si elles entraînent l’innovation des grands groupes par la prise en compte des méthodes Agiles de développement et de gestion de projet, il s’agit principalement de moderniser les grands groupes. Quid des petites et moyennes entreprises ? Comment penser l’évolution des sociétés qui n’ont pas l’envergure des organisations citées ?

Le cas des intégrateurs de solutions

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D’autres sociétés sont à même de répondre aux problématiques de transformation numérique des PME et des activités locales comme celles des municipalités. Les intégrateurs de services ou de solutions connectées s’inscrivent dans cette démarche. Ils peuvent ne s’occuper que de la partie logicielle ou prendre à leur compte l’ensemble d’un projet IoT à une échelle plus réduite en comparaison des ESN.

Ils auront naturellement une connaissance plus approfondie d’une technologie ou d’une pratique, par exemple le développement d’un réseau IoT d’entreprise.

A Montpellier, Synox s’illustre par cette activité. Elle accompagne depuis 10 ans les entreprises dans l’adoption des solutions IT M2M, puis depuis quelques années sur le volet IoT. Emmanuel Mouton, CEO de l’entreprise  nous a fait une « check list » de son travail :

  • « Sourcer des objets connectés répondant à la problématique du client;
  • Trouver des passerelles/Gateway qui sont compatible;
  • Choisir la connectivité réseau adaptée : LoRa, WiFi, Sigfox, Bluetooth, etc;
  • Trouver la solution de stockage adaptée;
  • Faire en sorte que le tout soit « scalable »;
  • Gérer l’aspect juridique :  eg. qui est responsable en cas de problème ?;
  • Respecter la gouvernance de la donnée;
  • Accompagner dans le temps. « 

Cette entreprise a déjà travaillé pour EuropAssistance. Synox est le maître d’oeuvre du système d’alarme connectée du groupe historique. Pour la métropole de Montpellier elle a participé aux essais de vélos connectés Velo Mag et à l’installation test d’un réseau privé IoT basé sur la technologie LoRa.

S’il est plus difficile de se démarquer par rapport aux ESN, les sociétés comme Synox grimpent petit à petit et ont pour clients les petites et moyennes entreprises.  Emmanuel Mouton prévoit un chiffre d’affaires de 6 millions d’euros pour l’année 2016 : « Nous sommes encore loin des Sigfox et consort, mais à notre niveau nous nous en sortons bien.« 

Les petites et moyennes entreprises ont aussi besoin de transformer leurs modes de production. Elles n’ont pas forcément les moyens pour faire appel aux grands noms évoqués ci-dessus. Witekio se présente comme un intégrateur de logiciel embarqué.

Auparavant nommé Adeano, cette société née il y a 15 ans s’est diversifié et propose maintenant des solutions de connectivité en direction de grands groupes comme Lancôme, de sous traitants et de startups à l’instar de Luxov et son mur d’escalade connecté.

Ici l’objectif n’est pas de gérer le projet de bout en bout, mais de s’occuper de la connexion au Cloud, de la connectivité, de la formation et d’aider au choix du matériel. « Contrairement à ce que les acteurs marché croient, nous ne sommes pas une SSII, ni une ESN. le statut d’intégrateur de service nous tient à cœur » affirme Pierre Gal Technical Lead chez Witekio.

Fablabs : un point d’entrée pour innover

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Enfin, les fablabs sont aussi des terrains d’expérimentation et de rencontre professionnelles enrichissantes. Les gérants de ces ateliers peuvent accueillir les projets IoT des particuliers comme ceux des grosses entreprises. TechShop de Leroy Merlin, l’Usine IO, à Paris,  LabSud à Montpellier, Orange Fablab à Lyon sont autant d’endroits pour expérimenter des solutions connectées et avoir des conseils adaptés à des besoins particuliers. Dans cet L’empreinte locale joue également dans cette réussite.

L’Open Source : une opportunité pour les concepteurs d’objets

De même, les divers salons consacrés à l’Internet des Objets permettent de découvrir toutes ces diverses alternatives aux ESN. Les startups sont également capables de répondre aux demandes spécifiques des entreprises. Airnodes oeuvre par exemple dans la conception d’objets connectés sur-mesure. Se renseigner auprès des accélérateurs et autres incubateurs permet souvent de découvrir des solutions compatibles avec son propre projet IoT : connectivité, Cloud, briques logiciels, etc.

Avec l’Internet des objets, à un problème il ya de multiples solutions. Il en va de même en ce qui concerne le choix du partenaire le plus évident pour réussir son projet IoT.

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