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[Interview] KissKissBankBank, un pionnier du crowdfunding

Vincent Ricordeau, 45 ans, a créé en 2009 KissKissBankBank, un site de financement participatif. En plus d’être un des pionniers de cette nouvelle forme de financement, il fait partie des leaders en France et en Europe. 

Trois plateformes

Vincent Ricordeau fondateur de Kisskissbankbank
Vincent Ricordeau – Fondateur de KissKissBankBank

Vincent Ricordeau, Ombline Le Lasseur et Adrien Aumont n’ont pas seulement créé KissKissBankBank en 2009. En effet, ils sont à la tête de trois plateformes de crowdfunding différentes. La première, KissKissBankBank, est destinée aux métiers culturels et innovants comme le cinéma, la musique ou le high-tech. Ensuite, il y a eu  la création d’HelloMerci, un site destiné aux micro-entrepreneurs comme des crèches, des boulangeries ou encore des « pizzaïolos » comme le précise Vincent Ricordeau. Et puis, Lendopolis, leur tout dernier projet pour investir en direct dans des PME françaises.
KissKissBankBank est la plateforme la plus propice pour héberger des projets d’objets connectés mais à terme, Vincent Ricordeau pense sincèrement que Lendopolis permettra aux entreprises déjà lancées sur le marché de venir trouver des financements.
La boite compte aujourd’hui 14 membres alors qu’ils n’étaient que 8 pour 3 plateformes l’an dernier. KissKissBankBank cherchent actuellement à renforcer les équipes avec de nouveaux développeurs, ainsi que des experts en analyse de crédit pour Lendopolis.

Dans quel contexte s’est créé KissKissBankBank ? D’où vient cette idée ?

C’est Ombline Le Lasseur qui est à l’origine de l’idée de la création de KissKissBankBank. Elle travaillait à l’époque dans l’univers du disque. KissKissBankBank vient d’un « ras-le-bol général » des trois associés, du « diktat » des grandes entreprises musicales comme Universal ou NRJ. A la naissance de MySpace, en 2003, puis de Facebook quelques années plus tard, de plus en plus d’artistes ont trouvé leur visibilité sur Internet et se sont ainsi révélés au grand public. « On s’est aperçus qu’en plus de parler des artistes, on pouvait aussi les financer nous-même« . Pour son équipe et lui, c’était dans la suite logique des choses.
Cette idée, très efficace pour les musiciens, s’est avérée également payante pour le milieu de la mode, et avec le high-tech. KissKissBankBank est en quelque sorte un hybride de MySpace et Facebook, et 80% de leur trafic est généré par Facebook.

Comment cette idée a-t-elle été accueillie ? Comment avez-vous réussi à financer votre projet ?

Vincent Ricordeau : « Au début, il y a 6 ans, tout le monde nous prenait pour des fous« . Les créateurs de la plateforme de financement participative ont rencontré beaucoup de réticences, les gens, peu convaincus, n’y ont pas cru, sauf ceux imprégnés de la culture « indie ». Heureusement, Vincent Ricordeau et son équipe n’ont pas écouté les critiques et on continué à avancer. Ils ont finalement tous les trois quitté leurs jobs respectifs et se sont plongés à fond dans ce projet.
« Le financement s’est effectué en deux temps comme finalement un financement participatif : Vincent Ricordeau et ses deux associés ont tout d’abord collecté 50 000€ auprès de leurs proches pour ensuite collecter 750 000€ chez X Ange, un investisseur. »

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Que s’est-il passé ensuite ? Quelles ont été les étapes essentielles au démarrage de KissKissBankBank ?

Le démarrage du site s’est fait en 3 étapes :

  • La partie juridique pour trouver dans quelle case classer ce site puisque c’était un concept encore jamais vu. Cette étape leur a pris environ 3-4 mois.
  • La fabrication du site qui a duré environ 8 mois. C’est l’étape la plus longue car aucun d’eux ne venait du web.
  • Et enfin, le travail de fond auprès de leur réseau proche (cinéma, musique, high-tech), pour commencer à sourcer les premiers projets.

Evolution KKBBVincent Ricordeau nous confie que KissKissBankBank a mis cinq ans à se faire, là où seuls deux années étaient prévues. Mais surtout, pendant 15 mois, personne n’y croyait.
De septembre 2009 à décembre 2010, KissKissBankBank n’a récolté que 100 000€, mais ensuite de janvier 2011 à décembre 2011 c’était 500 000€. Puis, l’année suivante 2 millions, 8 millions, 18 millions de façon quasi-exponentielle. Et aujourd’hui, KissKissBankBank en est à 26,8 millions d’euros collectés. Ils ont observé en partant de zéro, une courbe de 300% de croissance par an.

KKBB chiffres

Pourquoi un tel engouement ?

Premièrement grâce à son nom, une double onomatopée facile à retenir : KissKissBankBank, mais également grâce à leur énorme réseau offline à Paris ce qui a permis beaucoup de partenariats rapidement. Deuxièmement, selon Vincent Ricordeau, « tout le monde a envie de reprendre un peu de liberté vis-à-vis de son argent, qui ne rapporte rien dans les banques à moins d’être riche« . Pour les artistes, c’est l’envie d’aller au bout de leur créativité, même si ça ne marche pas. A l’inverse de MyMajorCompany qui au début prenait des royalties sur les artistes, KissKissBankBank ne récolte rien des bénéfices encaissés.

KissKissBankBank, leader sur le secteur des objets connectés ?

On fait partie des 5-6 pionniers donc on a vraiment créé le buzz. On a plus créé la vague que surfé dessus Vincent Ricordeau - Fondateur de KissKissBankBank

Statistiques KKBBAujourd’hui, il y a environ 2 000 sites de financement participatif et ils sont l’un des 5 pionniers. « Il sera difficile pour nous de battre Kickstarter » reconnait le fondateur de KissKissBankBank, « car le marché est avant tout américain mais il y a certains produits qui ne s’y adaptent pas« . KissKissBankBank peut servir de service « test » pour ceux qui veulent d’abord s’essayer à un marché plus petit.
« Kickstarter a un taux d’échec beaucoup plus élevé que celui de KissKissBankBank car il y a tellement de produits sur le site que si l’entreprise ne met pas au moins 50 000 dollars dans la communication, en plus de l’argent collecté, leur campagne est vouée à l’échec » affirme Vincent Ricordeau.

De plus, KissKissBankBank prévoit un partenariat avec un distributeur pour commercialiser directement les projets financés mais impossible d’en savoir plus … Le deal est en cours.

Quels sont les succès « phares » parmi les objets connectés ?

Beaucoup des objets détenus dans les locaux de KKBB viennent de chez Kickstarter. Mais chez eux,  il y a eu le succès fou du pommeau de douche connecté ou encore du porte-clés connecté traqueur d’objets perdus. Mais pour Vincent Ricordeau, mordu de musique, l’accordéon connecté Dualo fut le plus bel objet connecté à passer par ses locaux.

Le Crowdfunding ou financement participatif va-t-il remplacer le système de prêt ? La finance ?

Vincent Ricordeau : « On ne s’attaque à personne, ni aux banques, ni aux subventions de l’Etat, on remplit seulement un vide ».

Nous voulons juste prouver aux gens qu’ils ne sont pas obligés de passer par la finance des banques et qu’on peut s’aider entre individus Vincent Ricordeau - Fondateur de KissKissBankBank

Vincent Ricordeau décrit un réel problème au sein de la finance traditionnelle mais insiste sur le fait qu’à défaut de la remplacer, ce qui sera impossible, ils peuvent peut-être la faire changer…

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