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Salon de l’agriculture 2018 : l’IoT au cœur des solutions de demain

Voici un bilan complet de ce que nous avons pu voir au salon de l’agriculture 2018 se déroulant jusqu’au dimanche 4 mars au Parc des expositions Porte de Versailles à Paris.

Le salon de l’agriculture 2018 n’est pas seulement un défilé de femmes et d’hommes politiques prêt à rallier les paysans et les exploitants à leur cause. Ce n’est pas non plus qu’une exposition des plus beaux spécimens d’animaux présents dans nos campagnes. Si l’on y mange bien et qu’on peut y boire du rhum arrangé, le salon de l’agriculture 2018 est aussi l’endroit où l’on peut découvrir les nouvelles technologies qui prennent et prendront place dans les exploitations.

C’est dans le Hall 4 du parc des expositions Porte de Versailles que l’on retrouve les innovations présentées par des startups et des grands groupes. Il y a deux ans, nous avions évoqué le travail d’Airinov, un spécialiste de l’analyse de données de vol de drones et de Naïo Technologies, le fabricant de robots agricoles. Lors de cette édition 2018, ces deux acteurs étaient sur la zone ferme digitale rassemblant 20 startups œuvrant dans le secteur de l’AgriTech.

La ferme digitale, le lieu de villégiature des startups IoT au salon de l’agriculture 2018

salon de l'agriculture 2018 ferme digitale

Naïo Technologies poursuit son développement après avoir vendu près de 100 robots dont 80 Oz440, un petit engin défricheur autonome. L’entreprise nantaise continue à développer sa gamme de produits et présentait au salon de l’agriculture 2018 les robots Dino, un engin enjambeur de planches pour le maraîchage et le robot enjambeur de vignes TED. Un autre produit est en développement, un robot viticole à chenilles, mais Naïo Technologies ne veut pas en dire davantage.

De son côté, Airinov continue à séduire les agriculteurs avec son offre de survol des parcelles par des drones. Depuis qu’elle a confié à Parrot la conception des capteurs d’analyse chromatique des plantes. Airinov se concentre donc sur son expertise à lire les données d’un jumeau numérique d’un champ et d’en tirer des conseils adressés aux exploitants. Avec plus de 40 000 vols à son actif, la société a survolé 150 000 hectares en 2017 grâce au concours de ses 60 opérateurs.

vigifence salon de l'agriculteur 2018

D’autres startups IoT étaient présentes, notamment Pampaas, une société basée près de Thonon-Les-Bains et à moins de 60 kilomètres en voiture de Genève. Celle-ci développe VigiFence, un système de surveillance connecté des clôtures électriques. Cet appareil permet de recevoir un SMS quand la puissance électrique d’une pâture située à plusieurs kilomètres de la ferme n’est plus suffisante pour empêcher les animaux, ici des vaches et des chevaux, de s’échapper. Cela évite de recevoir un coup de fil du voisin en pleine nuit ou encore de se faire visiter par la gendarmerie en cas de déambulation des animaux sur la route.

L’autonomie de l’appareil peut atteindre deux ans et le tout fonctionne sans carte SIM, par le biais du réseau IoT Sigfox. Les concepteurs ont fait le choix de se placer d’application pour une plus grande simplicité. L’appareil VigiFence est vendu 249 euros et l’éleveur va choisir parmi des abonnements de service de 3 mois (24 euros) à un an (60 euros). Les trois premiers mois sont offerts. Pampaas conçoit sous le même principe VigiThermik, un objet pour veiller sur la fermentation du foin à distance et VigiAqua, un moyen de connaître le niveau d’eau dans une citerne sans se déplacer. À chaque fois, l’objectif est de faire gagner du temps à l’éleveur qui peut plus facilement organiser sa tournée de surveillance tout en minimisant les déplacements et les frayeurs.

Salon de l’agriculture 2018 : l’innovation adressée aux coopératives

salon de l'agriculture 2018 karnott

La production de céréales ou la surveillance des animaux ne sont pas les seules difficultés rencontrées par les exploitants et les différents métiers qui gravitent autour de la sphère agricole.

Pour les surmonter, les céréaliers et les laitiers s’organisent souvent en coopérative pour faciliter la récolte, la collecte et le stockage des denrées alimentaires. Le partage du matériel peut rapidement devenir compliqué. Quand 20 exploitations utilisent tour à tour une machine, il convient de tenir un registre papier à jour. Généralement ce n’est pas fait, il faut appeler un à un les membres de la coop afin de retrouver le matériel. La startup Karnott basée à Lille veut faciliter cette collaboration en proposant un boitier connecté aimanté à placer sur les équipements. Dans ce boitier, une carte SIM permet d’activer le GPS et suivre en temps réel l’emplacement du matériel. Ainsi, les coopératives peuvent plus facilement gérer le partage des tracteurs et des engins à atteler à travers une plateforme Web ou une application mobile. De leur côté, les entrepreneurs agricoles peuvent calculer le temps de travail de leurs employés, la surface travaillée et la distance parcourue. Techniquement, le boitier Karnott dispose d’une autonomie de 3 mois et se recharge sur secteur. Des contacteurs d’arrachement préviennent d’un vol ou d’une chute du boitier en cas d’accident. L’objet connecté de Karnott présenté au salon de l’agriculture 2018 est vendu 235 euros HT. Le forfait associé est à 10 euros par mois pour 1 à 7 boitiers et l’offre descend jusqu’à 6 euros par mois au-delà de 30 boitiers.

SAP présente les avantages de sa plateforme HANA au salon de l’agriculture 2018

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Au salon de l’agriculture 2018, le seul grand groupe à présenter des solutions technologiques innovantes n’était autre que SAP. Il se rendait pour la première fois au salon de l’agriculture 2018 afin de présenter ses solutions Big Data et IoT.

Le spécialiste de la gestion et de la maintenance par le biais de logiciels a élargi depuis une dizaine d’années son activité. Célèbre auprès des entreprises pour son ERP, SAP “s’est engagé depuis 2010 dans la transformation des processus des entreprises par les données” explique Frédéric Puche Directeur de l’Innovation Experience Center de SAP. L’entreprise ne traite plus seulement des informations chiffrées en provenance des systèmes d’information des entreprises, mais aussi des vidéos, du texte et de la voix. L’entreprise rassemble ses services au sein de SAP Hana, une plateforme Cloud as a Service. Cette infrastructure permet de gérer les données en provenance des capteurs connectés en temps réel. Sport connecté, supply chain et agriculture sont quelques-uns des secteurs dans lesquelles les solutions de SAP peuvent s’intégrer.

Sur le salon de l’agriculteur 2018, l’éditeur présentait un cas d’usage : les silos connectés d’une coopérative. Afin de pouvoir piloter cette infrastructure, les moteurs de soufflerie sont connectés, tandis que des capteurs de température, de détection de moisissure et d’humidité remontent des données sur la qualité des céréales stockés. Les tableaux de bord sur la plateforme SAP Hana permettent de détecter une erreur envoyée par SMS. L’objectif est d’automatiser les solutions d’urgence en faisant en sorte qu’un technicien vient réparer la panne ou qu’un autre moteur de soufflerie prenne le relais en cas de panne ou encore que l’on ferme l’accès au silo concerné.

Dans un même temps, l’application mobile utilisée par les agriculteurs et les transporteurs de la coopérative va les prévenir du problème et rerouter les tracteurs et les camions, si besoin. En temps normal, les agriculteurs estiment leur temps d’arrivée. Cette donnée “est exploitée par la plateforme afin de leur indiquer leur temps d’attente”, déclare Frédéric Puche.

Depuis la plateforme, la coopérative peut également voir si le contrat avec l’agriculteur est respecté. A-t-il livré la bonne quantité ? Quelle est la qualité du grain ? La livraison a-t-elle été faite en temps en heure ? Les réponses à ces questions donnent un score : le taux de complétion du contrat. L’éditeur de progiciel allemand présentait également une solution de survol des parcelles avec les drones, à l’instar des offres d’Airinov.

SAP accueillait sur son stand Pessl Instrument, qui développe un catalogue complet d’objets connectés de précision pour la mesure de la température, de la météorologie, de la qualité du sol, de l’apparition des maladies sur les plantes, etc. Cet acteur fondé en 1984 est à la pointe des réseaux de télécommunication IoT. En 2016, il est devenu partenaire de Huawei dans l’utilisation du Narrow Band IoT (un réseau IoT cellulaire) dans l’agriculture.

L’entreprise d’origine allemande accueillait aussi l’ESN Viseo qui imagine le futur des relations entre agriculteurs, distributeurs, enseignes et autorités à travers la blockchain. Au salon de l’agriculture 2018, le groupe présentait un chatbot communiquant avec un capteur de température placer sur la vache. Ainsi, l’éleveur peut interroger par SMS le capteur qui va ,de manière didactique, indiquer si la vache est en chaleur ou non. Ce chatbot peut être connecté à Alexa, le système de reconnaissance vocale d’Amazon.

Enfin, nous ne pouvions pas mentionner la montée en puissance d’un véritable écosystème de plateforme collaborative. Visibles au salon de l’agriculture 2018, elles se nomment Miimosa (financement de projet), Wefarmup (location de matériel agricole) ou encore La ruche qui dit oui (achat de produits locaux.

Un changement de paradigme en cours

Au salon de l’agriculture 2018, l’espace alloué à l’innovation n’était pas très grand. On aurait aimé voir d’autres grands groupes prendre à cet événement. Pourtant, il faisait l’état à un moment T d’une pratique en pleine transformation.

Eric Dosquet, Chief Innovation Officer chez Avanade a analysé dans une tribune cette évolution de la Smart Agriculture. Cela va prendre du temps, mais le rôle de l’agriculteur change pour devenir un gestionnaire et un créateur de tendances :

Les nouvelles pratiques du numérique dans l’agriculture vont devenir courantes dans cinq ans, il faudra attendre de 15 à 20 ans pour voir leur adoption se généraliser. À quoi ressembleront les agriculteurs de demain, ces 0,1% de la population travailleront-ils encore (et toujours) la terre ? Ces hommes et ces femmes s’appelleront toujours fermiers et agriculteurs, héritiers et passeurs d’une tradition fondatrice du néolithique, même si presque tout le travail physique lié aux semailles, au contrôle antiparasitaire et à la récolte, sera effectué par des robots, monitorés par une multitude de capteurs, et ce sous le soleil brûlant et même sous la pluie. Leur travail consistera à superviser et coordonner ces nouveaux employés, mais surtout « sentir » et « communiquer » avec la terre ou anticiper quel produit suscite(ra) le plus d’envie chez ses consommateurs. L’avenir de l’agriculture n’est plus dans le « travailler dur », mais dans « travailler smart ».

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