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[ITW] CNRFID : Comment Jean-Christophe Lecosse perçoit l’Internet des Objets

Jean-Christophe Lecosse est directeur général du CNRFID. Il a vu l’évolution des technologies sans contact au fur et à mesure de la montée en puissance de l’Internet des Objets. Sa philosophie ? Développer les cas d’usages qui fonctionnent à petite échelle plutôt que de miser sur des killer-applications improbables et à haut risque.

Qu’espérez-vous de la tenue du salon Connect+ Event pour le CNFRID ?

C’est une véritable évolution que nous avons pu voir. Nous organisons un événement pratiquement depuis notre création dans le microcosme de la RFID. Depuis deux ans, nous nous sommes élargis sur les enjeux de l’Objet Connecté Professionnel à travers différents axes, notamment ceux issus de la mission donnée par l’État dans le cadre de l’Industrie du Futur et les 9 solutions industrielles.

En parallèle, nous avons créé la plateforme d’expérimentation et d’usage Connectwave. Elle a pour vocation de faire comprendre aux acteurs de l’industrie avec un grand I – comme ceux de l’aéronautique et de l’automobile, mais aussi ceux de la santé, le luxe, le loisir, etc.- les enjeux de l’Internet des Objets.

Pour cela, la notion d’objet connecté professionnel est plus importante que la notion d’objet industriel.

A travers Connectwave, notre ambition est de vulgariser les technologies et les usages pour permettre à un maximum d’entreprises de comprendre les enjeux des objets connectés.Présenter sous forme scénarisée, des cas d’usage concrets avec un retour sur investissement fiable et les transposer d’un secteur d’activité à un autre, tel est le sens premier de Connectwave.

À cet effet, Connect+ Event est là pour concrétiser les actions que nous menons depuis deux ans, animer cet écosystème, qui s’est élargi au-delà de la RFID. Connectwave a saisi l’opportunité de s’associer avec un événement lancé par l’État autour de l’Industrie du futur.Cela permet de toucher un public beaucoup plus large.

Quel est l’intérêt de fusionner Connect + Event, Midest et Smart Industrie ?

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L’enjeu c’est de faire communiquer deux mondes : celui de la technologie et celui des applications métiers, qui seront vraiment utiles pour les professionnels. Pour l’instant, ils communiquent difficilement et certains acteurs ne savent pas mettre en valeur leurs forces. Nous souhaitons faciliter ce lien entre les fournisseurs des technologies et les entrepreneurs et mutualiser les expériences et bonnes pratiques.

Le CNRFID propose des formations et vous faites de la veille. Qui vous demande des conseils ? Les spécialistes de l’IoT ou les industriels ?

Les deux le font, et cela depuis notre création. Historiquement, nous proposons des formations sur la RFID et nous avons élargi notre portefeuille avec des formations objet connecté. Depuis toujours nos interlocuteurs  au CNRFID sont des offreurs, des utilisateurs des grands groupes, des PME, des startups.

Ils ont besoin des bases des technologies et d’en comprendre les usages : la mise en place d’un projet, la gestion de celui-ci, les performances des technologies en fonction des contraintes de leur métier, etc.

À chaque fois, les participants viennent des différents horizons. Ce qui donne des formations intéressantes en termes d’échanges. Au-delà de ce que nous pouvons présenter, nous nous basons aussi sur de nombreux cas d’usages.

Quelle est la place du CNRFID dans l’évolution des objets connectés ?

Nous avons aidé à la convergence des technologies RFID et NFC. Quand on pense RFID, on imagine plutôt des cas d’usage industriels. Quand on pense NFC, on pense plutôt paiement, musique ou informations contextuelles.

De notre côté, nous avons toutes les compétences pour imaginer d’autres applications de la NFC : comprendre les limites qu’elle peut avoir et conseiller sur la mise en place technologique.

Ensuite, la transition suivante a été vers « l’objet connecté » et ses usages. Depuis notre création nous accompagnons les entreprises comme Dassault, Carrefour, Renault, Airbus, Total, ERDF, etc.

Avec le CNRFID, nous agissons auprès d’un grand nombre d’acteurs et finalement nous nous rendons compte que l’analyse des processus industriels est une partie importante de notre expertise. Finalement, l’aspect technique ne vient qu’en second.

Notre véritable valeur ajoutée, c’est de savoir ce que l’on pourrait faire avec un objet connecté. Nous nous demandons comment un acteur pourrait transformer son processus industriel et seulement après nous intégrons les aspects technologiques.

Autour de l’objet connecté, nous maintenons cette approche en rapport avec une transversalité sur l’ensemble des technologies : WiFi,LiFi, Bluetooth LowEnergy, Zigbee, LoRa, Sigfox, etc.

Nous n’avons pas la prétention d’avoir le même niveau de compétence technologique que pour la RFID. En revanche, l’approche est très similaire et nous permet d’être crédibles sur nos accompagnements.

Les personnes qui viennent vous consulter ont-elles déjà des idées arrêtées sur les technologies qu’elles vont utiliser ?

A vos marques, prêts, candidatez aux CONNECT+ AWARDS !

Cela dépend du niveau de maturité du projet, mais les acteurs viennent rarement nous voir avec une idée toute faite sur la technologie à utiliser.

En revanche, ils ont une idée plus précise sur les besoins de transformation de leurs processus. Certains connaissent déjà un peu la RFID ou des technologies sans contact, ils ont déjà des pistes en tête et viennent vers nous pour une validation d’usage.

Notre cœur d’activité réside finalement dans l’aide à la réalisation du cahier des charges : écrire selon les besoins et non pas donner la solution. Dans notre manière d’écrire ces besoins, nous mettons en exergue les paramètres qui pourraient être soit performants, soit limitants par rapport à la technologie, mais le cœur de notre approche c’est notamment cette analyse du processus.

Souvent, les personnes que nous aidons n’ont pas d’exigence technologique et nous laissons cet espace ouvert à discussion. Parfois, nous pouvons nous dire dans un cas que le HF, LoRa, Zigbee ou Sigfox peuvent convenir. Dans cette situation, nous ne nous exprimons pas sur le choix technique. Ils ont le dernier mot et le CNFRID les mettent en contact avec les offreurs pour qu’ils soient force de proposition en fonction du besoin.

Quelle est la place de l’État dans l’approche du CNRFID ? Y a-t-il des préférences pour certains secteurs ?

Non, il n’y a pas de secteurs privilégiés. L’idée, c’est d’être force de proposition vis-à-vis de l’État sur les actions à mener. Nous avons pour consigne d’aider au développement des offreurs de solutions français qui se différencient par l’apport de nouveaux services. L’État attend davantage que nous soyons à l’initiative en collaboration avec les entreprises.

Faut-il mettre un secteur d’innovation en particulier sur le devant de la scène pour valoriser le secteur technologique français aux yeux du monde ? Par exemple, le secteur des télécommunications ?

Je pense que nous avons des atouts dans le secteur des télécommunications.Tout d’abord, les PME dont nous disposons aujourd’hui en France prennent le rôle d’intégrateurs. Nous avons une belle dynamique des entreprises françaises dans ce secteur lié aux technologies sans contact, avec une histoire assez forte en provenance d’acteurs comme Gemalto ou encore STMicroelectronics.

Il faut, néanmoins, trouver le bon compromis pour porter les intégrateurs, petits ou grands, afin d’être reconnu comme le pays qui a la capacité de mettre en œuvre ces technologies.

Mais je pense aussi que l’un des enjeux réside dans l’usage et dans la capacité à créer de nouveaux services. C’est souvent à travers cette tendance que les grandes entreprises se transforment, à l’image des GAFA (Google, Apple, Facebook et Amazon), Blablacar ou Uber.

Il faut que la France aille chercher de nouveaux services innovants pour ne pas être relayée à un niveau de valeur plus faible qu’un autre pays.

Il ne faut pas seulement avoir les briques qui aident les autres pays à construire quelque chose. Selon mon opinion, les avoir c’est positif, mais il ne faut pas percevoir les technologies de télécommunications comme une fin en soi.

Quelles sont les autres missions du CNRFID ?

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Au CNRFID, nous avons des positionnements assez forts. Nous avons participé à la mise en place de normes internationales, tant techniques (conformité, performance) qu’applicatives. Nous sommes également impliqués, avec la présidence d’un comité européen de standardisation, dans les questions sociétales de respect de la vie privée, sécurité des données et exposition des personnes aux rayonnements EM.
Nous avons participé à la mise en place du nouveau règlement européen sur la protection des données personnelles.

Il faut savoir que les entreprises qui mettent en œuvre des solutions et qui ne respecteront pas cette réglementation pourront être pénalisées de 4% de leur chiffre d’affaires mondial. C’est une extrême nouveauté et la sanction est particulièrement forte pour les grands groupes. Il s’agit de l’un des enjeux à propos duquel nous sommes très attentifs.

Il faut faire en sorte que les solutions mises en place aujourd’hui soient en adéquation avec les règles européennes.

Par ailleurs, nous sommes en train de travailler sur la mise en place d’un référentiel qui permettra aux entreprises d’être rassurées. Celui-ci permettra également d’assurer les fournisseurs de solutions afin qu’ils soient en phase avec la réglementation. Car, soyons honnêtes, celle-ci n’est pas toujours évidente à mettre en place.

À ce titre, nous sommes les administrateurs plateforme Web en Europe sur laquelle les fabricants de solutions peuvent enregistrer les caractéristiques de leurs produits permettant de protéger la vie privée.

Selon vous, quelle va être l’évolution des technologies sans contact dans les prochaines années ?

Elles vont exploser en direction du grand public avec des déceptions du côté de l’usage. Cependant, la partie industrielle restera sous-estimée. Des petits cas d’usage vont apparaître et pourront être agrégés afin de créer de plus grosses solutions.

Malgré toutes les bonnes volontés des grands fournisseurs, le passage aux structures globalisantes ne se fera pas en quatre ans. Elles demandent du temps pour les entreprises afin de régler les soucis d’interopérabilité, de choix technologique, de modification d’organisations, etc.

À mon sens, les plateformes IoT qui se mettent en marche aujourd’hui en Europe, en Asie et en Amérique ne seront massivement adoptées que dans 10 ans.

Pour notre part, nous n’avons pas la prétention que l’objet connecté va nous transformer immédiatement une industrie. Il peut y avoir quelques belles histoires, mais aujourd’hui l’objectif se résume à partager ces récits avec les visiteurs de Connect + Event. Nous espérons qu’ils s’en imprègnent afin de devenir eux-mêmes créateurs de valeurs.

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