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La Chaire IoT ESCP Europe explore les problématiques du design IoT

Le 27 mars dernier se tenait la troisième rencontre de la Chaire IoT de ESCP Europe. Lors d’une matinée de conférences et d’un après-midi d’exposition sur le forum, les participants ont pu saisir l’importance du design dans la conception d’un objet connecté.

Cette journée de débats et de découvertes consacrée au rapport entre design et Internet des Objets était appuyée par les partenaires de la Chaire : Valeo, Schneider Electric et Société Générale Insurance.

Des conférences de haut niveau

Cet événement donnait l’occasion d’explorer, le temps d’une matinée, la relation entre IoT et design. Il ne s’agissait pas seulement de faire intervenir des spécialistes du design de produit grand public comme Pierre Garner, designer associé chez Eliumstudio, ou Giuseppe Attoma, fondateur et Directeur Général d’Attoma Design. La question du design d’interfaces des objets connectés professionnels interrogeait également les intervenants comme Frédéric Beuvry, Head of Design chez Schneider Electric. De même, le sujet de cette journée était abordé d’un point de vue anthropologique, artistique et philosophique par Olivier Wathelet, anthropologue chez Users Matter et Jérôme Dokic, directeur d’études et philosophe à l’EHES.

À chaque fois, ces acteurs se sont posé des questions en relation avec leur pratique. Les industriels sont à la recherche de nouvelles interfaces graphiques leur permettant de comprendre la valeur des données recueillies par des capteurs connectés de plus en plus nombreux sur leurs lieux de production. Le design des capteurs IoT professionnel n’est pas forcément important. En revanche, une interface de gestion pensée en réponse des besoins métiers permet de faire gagner du temps à des opérateurs qui doivent généralement jongler entre les informations et les écrans.

Design : imaginer des objets avec deux niveaux d’interface

design pierre garner

Les designers cherchent de leur côté à inspirer les consommateurs avec des produits dont les interfaces sont généralement divisées en deux parties. L’une se trouve sur le smartphone, le second sur l’objet connecté lui-même. Certains jouent la carte du classicisme, d’autres y trouvent une liberté nouvelle qui leur permet d’innover et même de “disrupter” la manière d’imaginer un objet. Pierre Garner explique que depuis l’avènement de l’ordinateur personnel, nous sommes rentrés dans une ère de l’informatique ubiquitaire. “Avec l’Internet des objets, l’informatique est sortie de l’ordinateur et se diffuse dans tous les domaines et tous les objets”, a-t-il expliqué. Le smartphone, “pierre angulaire” de l’IoT, a inspiré de nouvelles manières de créer des interfaces. “Nous avons aggloméré un grand nombre de fonctionnalités dans un seul objet, dans un système de vase clos. Aujourd’hui, le smartphone commence à interagir avec l’extérieur.

Il faut dire que la mise en avant des technologies n’est plus la priorité des constructeurs d’ordinateurs et autres produits high-tech. On ne pense plus en termes de puissance informatique, mais en usage et en service. « Est-ce que l’objet que je veux acheter me permettra d’accomplir une action donnée ? » C’est à cette question que les fabricants et les fournisseurs de services veulent répondre.

Le smartphone a conduit à un véritable changement d’ère”, a poursuivi Pierre Garner. « On part d’une ère de la possession à une ère de l’usage, on part du produit, on cherche maintenant un service, on cherche à proposer une expérience à travers la marque ou un écosystème. On s’inspire de besoins, on essaye de créer du désir et nous les designers, nous ne parlons plus d’objets, mais de néo objets et de ce que l’on va pouvoir incarner dedans.« 

Pour Pierre Garner, le meilleur exemple de cette tendance s’incarne dans le service Vélib’ : “nous n’achetons plus de vélos, nous en louons le temps du trajet que nous souhaitons effectuer”.

Il faut également prendre en compte un changement de statut du consommateur, qui devient un acteur. Cela a un impact sur les cycles de production et sur la conception du design des objets. D’une approche pyramidale où l’utilisateur était un récepteur final qui n’avait pas son mot à dire, on passe à un schéma circulaire dans lequel le consommateur peut interagir avec le service, voire d’influencer le design d’une application qui ne serait pas assez fonctionnelle.

Il ne suffit plus de permettre à l’utilisateur de visualiser les données recueillies avec un objet connecté. Il s’agit de lui proposer un service associé conçu sur la base d’un abonnement mensuel. Ce changement de modèle économique induit une réduction du prix d’achat et un financement récurrent facilitant l’agencement des mises à jour assurant la continuité du service. Selon Pierre Garner, cela transforme la relation de la forme à la fonction. ”Dans l’IoT, l’intégralité des fonctionnalités ne se trouve plus sur l’objet, certaines d’entre elles sont déportées sur l’application”. Pour illustrer son propos, le designer a multiplié les exemples sur lesquels Eliumstudio a travaillé : montres connectées, pèse-personnes connectés, tensiomètres connectés, télécommandes universelles, etc. Les interfaces physiques et virtuelles sont à chaque fois différentes, mais les problématiques restent similaires.

L’Art et la philosophie inspirent les concepteurs d’objets connectés

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Les chercheurs, eux, tentaient de répondre à des questions connexes à l’Internet des Objets comme notre rapport au monde et à la réalité, ou encore à l’immortalité, au transhumanisme. Olivier Wathelet a expliqué une tendance artistique qui met en lumière la relation entre Design et IoT : le « Design Fiction ». Il s’agit d’imaginer l’apparence des objets du futur, d’imaginer les interactions de ces objets entre eux et avec le monde qui les entourent, puis de les mettre en scène. Toute cette procédure émane de l’esprit d’artistes, de scientifiques, de designers ou d’entreprises qui souhaitent faire réagir le public vis-à-vis d’une manière étrange, nouvelle de penser un objet.

Selon Olivier Wathelet, c’est aussi une manière d’interroger les enjeux majeurs de l’Internet des Objets. Il en identifie quatre : l’apprentissage, la gouvernance de la donnée, l’interaction entre l’homme et la machine, le corps augmenté, ainsi que l’indépendance des objets. Concernant la dernière thématique, le conférencier a présenté l’exemple d’un créateur qui a imaginé un grille-pain connecté capable de communiquer avec d’autres grille-pains. Cette connectivité avait pour but de déterminer si l’objet était suffisamment utilisé par son propriétaire. Sinon, l’appareil devait demander de lui-même à retourner en magasin, estimant que son utilisateur ne lui prêtait pas assez attention.

À chaque fois, il ne suffit pas d’imaginer un système intriguant, mais de le confronter au public par le biais d’un clip inspiré d’une publicité, d’un stand de présentation (comme sur un salon) ou bien d’un prototype physique. L’objet créé devient un support d’un possible débat afin de déterminer quel futur nous souhaitons. “Cette méthodologie est de plus en plus appliquée”, a affirmé Olivier Wathelet.

Lors de sa présentation, Jérôme Dokic, directeur d’études et philosophe à l’EHES, s’est lui penché sur l’ergonomie cognitive des objets connectés. Selon le chercheur, il existe deux types d’objets connectés. Certains sont transparents, se présentent ouvertement comme des objets connectés, à l’instar du smartphone ; d’autres cachent leur connectivité, par exemple les montres connectées ou les balances connectées. En se basant sur les écrits de Clark et Chalmer sur l’esprit étendu, Jérôme Dokic déclare que les technologies de l’information dont font partie les objets connectés étendent les capacités de réflexion, mais n’étendent pas la compréhension des mécanismes induits par ces nouvelles technologies.

Le philosophe a pris pour exemple un outil créé dans les années 1960 permettant d’acquérir des informations spatiales à distance avec un outil de vision, puis traduite en information tactile. Les réceptacles appliqués sur la langue ou dans le dos d’une personne malvoyante le rendent capable d’éviter des obstacles et de se déplacer en toute autonomie en quelques heures. En revanche, l’outil ne rend aucune émotion. Le porteur ne ressent que des picotements lui indiquant la direction à emprunter. Cela amène à un système déceptif à cause d’un problème d’ergonomie. Les attentes sont trop élevées par rapport au résultat. À l’inverse, selon Jérôme Dokic l’attente autour de certains objets connectés est trop faible par rapport au résultat, justement parce qu’une partie des fonctionnalités peuvent être “cachées” au sein d’une application. C’est donc une recherche d’équilibre entre design et ergonomie qu’il faut accomplir. Une question qui se posait déjà dans les années soixante.

Réécoutez les échanges de la troisième rencontre de la Chaire IoT ESCP Europe sur SoundCloud.

Un « playground » pour découvrir tous les types d’objets connectés

loreal patch design

Ce haut niveau de réflexion lors des conférences était entrecoupé de temps de pause sur le forum, qui accueillait un playground. Dans cet espace, L’Oréal, Schneider Electric, Valeo, Société Générale Insurance et Lectra exposaient différentes solutions connectées.

Par exemple, L’Oréal présentait My UV Patch, un patch connecté permettant d’évaluer l’exposition de la peau du porteur aux rayons UV pendant trois jours. En le scannant depuis un smartphone équipé de l’application dédiée, le porteur peut savoir s’il doit se protéger avec de la crème solaire.

De son côté, Pierre-Michel Richer, Chef de produit marketing chez Lectra, un fabricant de machines haut de gamme de découpe et de conception d’objets en tissu, expliquait les besoins de transformation numérique des clients industriels. Les spécialistes de l’automobile, de la mode et de l’ameublement doivent tous répondre aux besoins de leurs clients, tous en quête de personnalisation. Depuis 2007, Lectra a connecté les machines qu’elles fabriquent et les logiciels qu’elles éditent afin “d’adapter les modes de production à la complexité de la demande”. Aujourd’hui, les machines sont capables d’alerter le client avant la panne, en passant par le centre de contrôle de Lectra. Il est possible de réorganiser la production en cas de panne, et d’optimiser le fonctionnement des machines.

design escp lunette

Au centre se trouvaient des startups des anciens élèves de ESCP Europe. Adok présentait sa solution de projection permettant de rendre n’importe quelle surface tactile. Sencrop montrait l’intérêt de Raincrop, une station agro-météo connectée équipée d’un pluviomètre et d’un anémomètre. Enfin, Shetters Vision animait son stand autour de sa technologie de verres photochromiques pour lunettes ou visières de casque. Cette dernière s’adapte à toutes les sources lumineuses et rend les verres transparents ou opaques afin d’atteindre un confort oculaire optimal dans toutes les situations. Les dirigeants de cette startup explorent la possibilité de transmettre d’autres informations à l’aide de cette technologie.

Dernier point, Publithings présentait une collection d’objets connectés sélectionnés suivant les qualités, bonnes ou mauvaises, de leur design et de leur ergonomie. Poêle connectée, brosse à dents connectée, enceintes intelligentes, caméra sans fil, montres connectées, mais aussi thermomètres connectés permettaient d’engager la conversation autour des approches, des choix de design et des problématiques que posent certains de ces produits innovants.

iot playground design

La troisième rencontre de la Chaire IoT ESCP Europe fut donc un beau moment de réflexion où des experts du sujet côtoyaient des curieux en quête de compréhension du rapport entre design et IoT.

Article proposé par ESCP Europe.

Sources & crédits Source : - Crédit : Photo : ESCP Europe

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