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Design : les réussites et les ratés dans l’Internet des Objets

Dans le cadre de la 3ème rencontre de la Chaire IoT de ESCP Europe consacrée au design, OBJETCONNECTE.COM se penche sur les ratés et les réussites des designers d’objets connectés.

Dans la conception d’un objet connecté, le design prend une part importante. Quand il est négligé, le produit en pâtit fortement. Il ne s’agit pas seulement de rendre attrayant un objet, il faut également le rendre simple d’utilisation. Cet exercice difficile demande de prendre en compte trois dimensions essentielles :

  • Aspect de l’objet : l’objet doit être attrayant visuellement et ergonomique
  • Aspect de l’application : l’application compagnon doit être facile d’utilisation
  • Service(s) proposé(s) : le ou les services délivrés doivent être compatibles avec les choix précédents.

Ces trois points déterminent généralement la réussite d’un produit connecté. Dans le cadre de la 3eme rencontre de la Chaire IoT ESCP Europe du 27 mars 2018, les organisateurs creusent en détail cette problématique du design et se posent les questions suivantes :

1. En quoi le design de l’IoT est-il spécifique (en effet, les usages sont spécifiques, l’IoT nécessite de designer l’objet, l’interaction et le service, etc.) ?
2. Quelles sont les tendances en design pour créer de l’attachement entre l’usager et l’objet connecté afin de favoriser son adoption et son utilisation ?
3. Comment s’assurer que le design de l’objet est au plus proche des usages du client, spécialement dans des cas où les usages n’existent pas encore ?
4. Comment le design peut-il aider l’entreprise à être plus innovante ?

Avec cet article la rédaction reprend ces questions à son compte. Nous identifions quelques produits grand public qui répondent à ces impératifs du design et de l’ergonomie… ou non.

Design raté : quand design et ergonomie ne vont pas de pair

Camil r100 : un produit qui cache ses fonctionnalités

camile design

Miniwing est une startup basée à Hangzhou, en Chine. Elle développe une caméra d’action connectée à installer sur un guidon de vélo nommée Camile. Sur le papier, ce produit a tout pour plaire : GPS intégré, dimension de taille réduite, connexion Bluetooth et Wifi, 32 Go de mémoire interne, support de maintien fourni. Le cycliste peut ainsi connaître l’altitude, sa vitesse, filmer ses meilleures grimpettes et les envoyer sur les réseaux sociaux. Si le produit et son application sont simples d’utilisation, la simplicité de son design pose question. La taille réduite de son objectif, les formes arrondies et simples, les couleurs chatoyantes cachent ses fonctionnalités. Non, il ne s’agit pas d’un simple compteur de vitesse, mais bien d’une caméra très discrète qui peut être détournée de son usage premier. Finalement, une diode rouge positionnée à côté du capteur vidéo aurait suffi à faire comprendre sa fonction aux personnes qui ne l’utilisent pas.

Mybiody balance : une ergonomie conçue pour les contorsionnistes

Contrairement à ce que peut supposer son nom, Mybiody Balance n’est pas une balance connectée. Il s’agit d’un impédancemètre connecté qui par le biais d’une faible impulsion électrique va tester la résistance du corps humain et ainsi aider à déduire le taux de masse osseuse, de masse grasse, d’eau et de masse musculaire chez l’utilisateur. Outre ses flagrants problèmes de connexion, l’appareil médical n’est ni esthétique ni pratique. Son revêtement plastique bicolore, violet et blanc ne le rend pas très discret. Surtout, il impose à l’utilisateur de coller deux parties métalliques contre sa cheville tout en posant ses doigts sur une petite pièce similaire située à l’arrière du manche et son pouce sur la tranche droite de l’appareil.

L’ergonomie n’est pas prévue pour toutes les morphologies. Les personnes ayant des petites mains doivent effectuer une gymnastique étrange afin de prendre la mesure des précieuses données. Sachant que le produit cible tout particulièrement des seniors possiblement atteints d’arthrite ou d’arthrose, il devient très difficile à utiliser. De même, les gauchers doivent forcement utiliser la main droite. C’est d’autant plus dommage que l’ergonomie de l’application est correcte, mais peut poser problème au moment de connecter l’objet à son smartphone. Il faut tout de même rappeler que ce produit est l’un des premiers de son genre et que depuis, les impédancemètres connectés prennent la forme d’une balance connectée.

Smart Rope Pure : le packaging ne fait pas tout

Smart Rope Pure est la deuxième édition d’une corde à sauter connectée. Présent sur l’Apple Store, l’objet n’est pourtant pas le roi du design. La boîte blanche affiche la photo de l’objet. Premier constat : de loin, il fait penser à un jouet sexuel. Il faut donc se rapprocher afin de comprendre à quoi sert l’objet. S’il rend bien en photo, son plastique transparent fait apparaître les composants et les LED qui permettent d’afficher le nombre de tours. Les amateurs de Gameboy Color pourront probablement se retrouver dans cette proposition, mais malheureusement les matériaux utilisés ne sont pas idéaux pour la pratique de la corde à sauter. Le revêtement plastique glisse fortement, ce qui le rend difficilement incompatible avec la pratique d’un sport. L’application au design cohérent avec le produit reprend le code visuel des diodes. Encore une fois, c’est l’ergonomie qui pêche, car les bugs sont nombreux et il est impossible d’afficher sans se connecter avec son Facebook.

Design réussi : des objets connectés intrigants et simples à utiliser

Devialet Phantom : l’étrangeté au service du son haut de gamme

Qui ne s’est pas interrogé, en voyant dans certains magasins ces boules métalliques positionnées de manière symétrique de part et d’autre d’un fauteuil ? Quand ce produit est arrivé à la rédaction, nous nous rappelons avoir tourné autour en nous demandant quelle fonction il pouvait avoir. Cette forme blanche, une sorte d’œuf couché aux touches d’or ou d’argent, cache une enceinte active connectée à la puissance phénoménale : 750 à 4 500 watts suivant les modèles. Compactes, mais pas légères (13 kilogrammes pour une enceinte), les Devialet Phantom sont conçues pour être installées dans un salon. Cette proposition esthétique tranchée correspond à une très bonne qualité de son rappelant l’orientation du produit : le luxe. Une enceinte coûte entre 1 490 euros et 2 595 euros. Ici, l’interface physique est minimale. Un seul bouton se trouvant à l’arrière de la Devialet Phantom sert à l’allumer, lancer l’appairage Bluetooth et à l’éteindre.

Aucune diode clignotante ne vient rappeler l’état de fonctionnement ou la recherche d’équipement à synchroniser. Il faut se fier au mouvement des membranes pour comprendre le fonctionnement de cet objet presque organique. Elles vont bouger au moment de l’appairage et l’enceinte va émettre un son quand l’utilisateur va enclencher le paramétrage d’usine. Cette position est d’ailleurs défendue avant même d’ouvrir le carton les abritant. On peut y lire : Is it Alive ? En revanche, l’application simple d’utilisation montre rapidement ses limites quand il s’agit de constituer des listes de lecture parmi les applications musicales comme Deezer, Tidal, des stations de radios ou encore Spotify. Il vaut mieux s’en passer et télécharger un equalizer sur un store d’applications. Finalement, Devialet échoue de peu à fournir une expérience totale où design, ergonomie et qualité de son entrent en harmonie.

Prizm : un nom révélateur

Restons dans l’univers de la musique avec Prizm. Comme son nom l’indique, il s’agit d’un prisme triangulaire lui aussi un peu mystérieux. Habillé de noir et de blanc, cet objet connecté est un cerveau musical. À l’instar de Spotify ou de Deezer, il propose des titres musicaux à son utilisateur. À l’aide de l’application ou des boutons lumineux en forme de croix et de cœur, le propriétaire de l’objet indique s’il aime ou non un titre. Au fur et à mesure, l’objet lui soumet des titres au plus proche de ses goûts musicaux, et ce de manière contextuelle. Prizm, qui peut prendre en compte les choix de plusieurs utilisateurs, s’adapte aux préférences des personnes dans la pièce suivant le moment de la journée. Dans cette approche, le design a été pensé pour un minimum d’interaction. Il fallait aussi conserver une touche de sobriété pour que l’objet puisse trôner sur un ampli ou entouré d’enceintes connectées. Cet aspect minimaliste renvoie à un vrai choix de design en adéquation avec l’ergonomie du produit. On ne peut rien reprocher à l’application, qui reprend là encore ces mêmes codes visuels.

Smart Halo : le vélo a son tableau de bord idéal

À l’inverse du Camile R100, le Smart Halo est un produit destiné aux cyclistes au design travaillé. Ici, pas de caméra mais des indicateurs lumineux et un système d’éclairage pour assister le cycliste lors de son trajet. Ce bloc noir extrudé s’adapte au guidon de la plupart des vélos et ne jure pas avec l’apparence du vélo. Des LED s’illuminent au bord du cercle central pour indiquer la direction à prendre une fois le trajet choisi sur l’application. Simple, l’objet est finalement joli une fois qu’il s’illumine. Au centre, une LED clignote lors d’un message ou d’un appel. Cette notification légère permet de ne pas se déconcentrer lors du trajet entamé. Si l’on attend un message, il suffit de s’arrêter dans une zone sûre pour sortir son téléphone. L’éclairage a également donné l’idée aux créateurs d’intégrer un coach qui va afficher la progression de votre défi quotidien (distance parcourue). Smart Halo dispose également d’une surface tactile afin d’activer ou de désactiver l’alarme. De même, le GPS intégré permet d’assurer la géolocalisation du vélo. Bref, une réussite sans pour autant bousculer les habitudes des cyclistes.

Google Home : l’Art du banal

Il nous fallait évoquer l’un des produits connectés les plus vendus en 2017 : Google Home. Le géant du Web a commercialisé l’enceinte connectée dotée d’un assistant intelligent en décembre 2016 aux États-Unis et à partir du 3 août 2017 en France. Le concept ? Parler en direction d’un microphone afin d’enclencher des objets connectés répartis dans la maison, de faire une liste de course, de se renseigner sur le trafic, de jouer de la musique, etc. Grossièrement, il s’agissait pour les concepteurs de matérialiser le célèbre moteur de recherche, de lui donner une apparence reconnaissable et rassurante. Le code couleur revêt une importance considérable. Dans sa version de base, le Google Home s’habille principalement de trois coloris : le blanc, le gris et le noir. La partie supérieure de l’enceinte est blanche, tandis que la base qui contient les haut-parleurs est bicolore : noire et grise. Pour se différencier des autres enceintes connectées, les designers ont choisi un cylindre biseauté au lien d’une forme pleine.

De petite taille, environ 14 cm, l’enceinte s’intègre parfaitement dans un salon, une cuisine ou une chambre. Le fait de pouvoir acheter des bases de différentes couleurs renforce cette idée de rendre l’objet le plus normal possible. Avec le Google Home, design et fonctionnalité sont inextricablement liés. Le seul bouton physique sert à couper le microphone et à l’activer. Un voyant vert ou rouge informe l’état de fonctionnement du micro à l’utilisateur. Une zone tactile est située sur la face supérieure. Elle permet de monter ou descendre le volume, de lancer/couper la lecture audio et d’enclencher la détection vocale. Pour le reste, l’appareil fonctionne grâce à des commandes vocales. Là encore, une indication visuelle vient rappeler la phase de recherche : des points lumineux bleu, jaune, rouge et vert (les couleurs du logo de Google) impriment un cercle sur la partie tactile, qui reste blanche quand elle est inerte.

Clairement, la firme de Mountain View a réussi son coup en proposant un produit visuellement épuré et simple à prendre en main. L’interface pensée sous les mêmes préceptes comporte trop d’onglets pour assurer une simplicité d’usage dès les premiers instants. Il faut s’habituer, et ce n’est qu’après quelques jours d’utilisation que l’on maîtrise la plupart des aspects de cette enceinte intelligente.

Pour en apprendre davantage sur cette thématique, rendez-vous le 27 mars 2018 à la conférence consacrée au design par la Chaire IoT de ESCP Europe. Elle sera suivie d’un Playground. L’espace alloué permettra de découvrir les solutions connectées des différents partenaires de l’événement. : Société Générale Insurance, Valeo et Schneider Electric présenteront un panier d’objets pour la maison connectée, des solutions IoT adressées aux seniors ou encore les robots Pepper et Nao.

Renault, Lectra ou encore L’Oréal côtoieront les startups des anciens élèves de ESCP Europe – Adok, Sencrop et Shetters Vision – afin de montrer leurs avancées dans ce secteur d’innovation. Enfin, les rédactions d’OBJETCONNECTE.COM et d’OBJETCONNECTE.NET exposeront certains des objets connectés cités dans cet article et d’autres comme une poêle connectée, D-Vine, un sommelier intelligent ou bien la caméra connectée domotique Myfox.

Sources & crédits Source : - Crédit : Photo de une : Capture vidéo Youtube Devialet
Cahier des tendances « RETAIL CONNECTE »

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