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L’IoT, facteur de désocialisation ?

En 2014, Ifop réalisait un bilan sur les objets connectés. 65% des sondés considéraient ces outils comme un moyen de communiquer plus facilement. Paradoxalement, 65% y voyaient un repli sur soi inévitable. On l’aura compris, dans une ère où l’individualisme grimpe à une vitesse galopante, l’usage de l’IoT inquiète. Provoquant pour beaucoup des dépendances à leur égard, elles renouvellent progressivement les relations humaines. Pour le meilleur et pour le pire. 

Pour le meilleur : une communication assurée et un renforcement de la vie collaborative grâce à l’IoT

« Seul au monde » : ça, c’était avant

Que vous soyez dans un patelin perdu ou juste seul chez vous, l’IoT est là pour supprimer toute sensation d’isolation. Les nombreuses notifications reçues par vos applications ou par les réseaux sociaux permettent d’être en communication permanente avec les autres. Facebook, Twitter, Instagram, Snapchat, toutes ces plateformes poussent l’individu à échanger et débattre à n’importe quel moment de la journée, et de ces discussions virtuelles naissent des rapports réels. En communiquant sa géolocalisation ou l’événement auquel on se rend, il sera plus aisé de renforcer le lien avec des personnes concernées par les mêmes activités.

Rester chez soi en entretenant des relations avec plusieurs personnes à la fois et dans le monde entier, c’est un gain de temps, de coût et d’énergie apporté par l’IoT. A côté de cela, la connectivité permanente créé des opportunités sociologiques comme celle de trouver un travail ou un appartement en étant connecté au bon moment. De même, une nouvelle tendance provenant tout droit des Etats-Unis qui est celle du « Quantified-self » pousse les individus à plus communiquer sur leurs données médicales et à se sentir plus en confiance avec le monde qui les entoure.

Par le biais de l’IoT, les chances de trouver un partenaire (Tinder, Once, Meetic…) ou de rejoindre une communauté (forums, jeux en ligne…) sont multipliées. Des réseaux comme OkCupid comptabilisent même en pourcentage les personnes qui sont le plus compatibles avec vous. Bref, qui se rassemble s’assemble, telle est la formule de l’IoT.

Collaboratif pour tous

La connectivité permanente permet de créer une politique, une économie, une société collaborative. Par le biais de la blockchain par exemple, des personnes s’alimentent en eau ou en énergie sans l’aide de l’Etat. C’est le cas par exemple de cinq habitations à Brooklyn qui ont pu se fournir en énergie solaire par le biais du smart grid.

L’IoT induit un sentiment de sécurité et sauve des vies en prévenant la santé des personnes grâce aux capteurs de fréquence cardiaque, très en vogue avec l’avènement du wearable. De même, par les divers canaux de communications qu’offrent les applications, et notamment la géolocalisation sur Twitter, s’est démontré un élan de solidarité et de générosité lors des attentats du 13 novembre.

A côté de cela, le citoyen est mis au centre du coeur politique grâce à des applications de démocratie en ligne.

Pour le pire : un individualisme de plus en plus prégnant et un « désapprentissage de la vie sociale »

Narcisse 2.0

Même si notre sociabilité s’accroît sur le virtuel, l’usage des objets connectés induit une hausse du repli sur soi dans la réalité. Reconnu aujourd’hui comme une addiction, le smartphone entraîne chez certains l’incapacité à s’empêcher de surfer, l’anxiété lorsqu’on ne retrouve pas son smartphone, la perte d’efficacité au travail ou dans les études et le besoin de toujours vérifier son mobile. C’est notamment à Singapour et Hong-Kong que ce phénomène sévit le plus. D’autres addictions ont été reconnues comme celle aux Google Glass qui a mené un homme de 31 ans en cure de désintoxication.

Se pose aussi la question de l’infantilisation qui pousse les individus à faire moins d’effort dans leurs liens sociaux. Les objets connectés nous confinent dans notre confort et répondent à des besoins qu’on ne pensait pas urgent jusqu’alors, parce que ce sont leurs usages qui les ont rendus tels quels. A côté de cela, ils prétendent remplacer des entités comme le fait par exemple Sen.se Mother, la mère juive 2.0. Dernière invention de Rafi Haladijan, père du lapin connecté Nabaztag, elle a pour mission de mesurer certaines activités comme la qualité du sommeil, le nombre de pas, le brossage des dents, les activités de l’enfant et l’alerte des parents.

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Sense Mother, la mère connectée

De fait, en étant confortés de la sorte, l’effort social et le don de soi sont inévitablement bouleversés. Collecter nos données, les publier, rendre public nos états d’humeur ou nos activités ; tout cela contribue à un narcissisme grandissant où nous devenons dépendant de l’être que l’on affiche sur les réseaux sociaux.

Ouverte ou pas ouverte, telle est la connexion

En plus de nous centrer sur nous-mêmes, les objets connectés induisent une perte d’attention, bien décrite par Bernard Stiegler, philosophe français :

L’usage audiovisuel dès l’âge de 1-3 ans génère un déficit attentionnel et des échecs scolaires comme on prive l’enfant de sa motricité avec les nouvelles technologies. Le philosophe critique notamment la chaîne de télévision BabyFirst, adressée à ce public d’enfant, qui propose de placer les petits devant leur émission au cas où ils n’arriveraient pas à dormir. Voulant se substituer aux parents, ils renforcent la dépendance aux objets connectés dans la voie vers le bien-être. En répondant à nos angoisses, ils suppriment de fait le lien social qui se base également sur le fait de prendre soin de l’autre et inversement.

« Nous avons laissé s’installer un système qui a détruit les relations intergénérationnelles » (Bernard Stiegler)

Selon lui, le marketing a créé les nativités technologiques et génère un conflit générationnel en développant chez les jeunes générations un cerveau différent de l’ancienne génération. Bien évidemment, de génération en génération, le cerveau évolue avec les technologies. Ce n’est pas tant la structure cervicale qui pose problème au final, mais la façon dont le marketing arrive à séparer les générations en rendant les plus jeunes dépendantes de l’offre qu’elle leur propose, comme Facebook par exemple.

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© Kaiti Hsu

Pour beaucoup de personnes, ce réseau fut un espoir de recréer du lien or au lieu d’ouvrir, le réseau renferme. Eli Pariser, militant internet et cofondateur de Avaaz.org, critiquait le phénomène des « bulles de filtres ». Notre fil d’actualité est totalement dépendant de nos intérêts et des intérêts de nos amis et entraîne alors un fil d’informations subjectif et non plus objectif. Facebook cible notre bord politique et nos valeurs selon les liens sur lesquels on clique sur sa plateforme, et décide alors de nous afficher que des liens adéquats à notre façon de penser. Difficile alors de s’ouvrir sur l’autre…

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