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L’IoT, la voie vers l’homme infantilisé

Quoiqu’en dise Stephen Hawking, l’intelligence artificielle n’est pas le seul danger pesant sur l’humanité. Si l’on s’intéresse un tant soit peu à l’écosystème IoT, on se rend compte bien vite que les objets connectés ont aussi leur mot à dire. Au malheur de notre autonomie physique et intellectuelle. 

Alors qu’un grand nombre de scientifiques s’échauffent sur les dangers de l’IA ou de la robotique, on croirait presque que les objets connectés sont des saints à côté. Ou peut-être est-ce parce qu’il n’y a pas assez de médiatisation sur le sujet pour faire trembler Elon Musk et Bill Gates. Et pourtant, ils envahissent nos vies peu à peu.

Une dépendance de plus en plus accrue aux machines

D’ici 2020, plus de 50 milliards d’accessoires seront connectés. Si beaucoup se plaignent de voir des personnes rabattues sur leur portable à longueur de journée, il n’en est rien à côté de ce que prévoit l’IoT. Quand quelqu’un fera une crise après la perte de son smartphone, on ne rira plus de la nomophobie comme aujourd’hui, car le smartphone deviendra toute notre vie. Cet accessoire vous permettra de gérer tout un tas d’objets nécessaires à votre quotidien, et d’être géré en retour par ces objets.

Par exemple, lorsque vous vous lèverez le matin, l’agenda de votre smartphone communiquera avec votre armoire connectée afin de lui indiquer la tenue à porter selon vos rendez-vous de la journée. Quand vous voudrez ouvrir la porte de votre maison, il vous faudra recourir à votre portable qui aura déjà remplacé vos clés.

Ainsi, si les réseaux sociaux étaient une avancée, l’internet des objets, lui, est une « révolution inéluctable » selon Valentin Gies (maître de conférence en électronique de l’Université de Toulon) :

Bien sûr, rien ne nous force à acheter tous ces objets. Et tout le monde n’aura pas envie de payer cher pour être à la mode de l’IoT. Certes. Mais si l’on s’intéresse à l’évolution des prix des produits Apple, par exemple, on se rend compte qu’il a fallu peu de temps à l’Ipod pour être démocratisé. Tout comme il n’a fallu que quelques années pour faire d’une majorité de la population mondiale des internautes. Et les entreprises auront bien compris l’intérêt de vous vendre à bas prix (voire même gratuit) ce type d’objets pour récupérer vos données, dont elles se nourrissent pour stimuler leur marché.

Alors devant un marché entièrement conquis par l’IoT et tout le bien-être apporté, qui pourra encore refuser ?

Quand l’IoT redéfinit la société…

Aujourd’hui, l’industrie mondiale se reconvertit dans l’internet industriel, perçu comme la seule façon de s’améliorer. Récemment, les USA ont lancé un appel mondial pour favoriser le développement de ce marché. En France, le gouvernement prend des mesures en faveur de cet écosystème. La santé transforme elle aussi son marché grâce à la prévention et l’expansion des données médicales. D’ici 2020, on prévoit même que le marché de la smart city atteigne 1,4 trillions de dollars. Et si l’on s’intéresse aux consommateurs en France, 1 français sur 2 prévoit d’acheter un objet connecté d’ici 2016 selon un sondage Ifop. Bref, on l’aura compris, notre société entière va dépendre de ces nouveaux bijoux…ainsi que notre intelligence.

…et l’homme

Comme l’évoquait Alain Damasio dans La Zone du Dehors, l’interconnexion entre les objets devient un véritable confort pour qui veut diriger une population toute entière. Dans cette oeuvre, les habitants de Cerclon sont décrits comme abrutis dans leur dépendance aux machines et maintenus par ces dernières, empêchant ainsi toute révolte face à un gouvernement qui les contrôle. C’est ce qu’on appelle la « dictature soft ».

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« Que Je ne soit pas un autre. Que jamais il ne le devienne. Voilà la stratégie de fond d’un gouvernement moderne […] Vous dire qui vous avez été.comment vous êtes.et qui vous devrez être. […] Se libérer, ne croyez surtout pas que c’est être soi-même. […] Soyez toujours pour vous-même votre dehors, le dehors de toute chose. » (La Zone du Dehors, Alain Damasio)

Effectivement, en confiant de plus en plus de tâches aux machines, nous leur confions notre intelligence et devenons alors dépendant d’elles. Selon Jean-Michel Besnier, philosophe spécialisé sur les TIC, « la technologie obéit à des impératives de vitesse qui submergent la temporalité à laquelle les hommes sont naturellement assujettis« , comme il le déclarait lors d’une remise de prix en 2014.

Devant la progression des outils que nous tenons à notre disposition, nous prenons l’habitude de tout vouloir toute de suite. Et c’est là où l’IoT nous rend dépendant en permettant un gain de temps et d’énergie dans une société de plus en plus accélérée.

Le philosophe va encore plus loin en évoquant l’idée d’une technique totalitaire et un futur où nous ne serons même plus capables de décider de quoique ce soit. Cette perte d’autonomie, voire la suppression du désir d’indépendance, s’explique en raison du recours permanent au « machine learning ». Nous dotons ces objets d’algorithmes évolutifs pour servir le moindre nos besoins, sans nous rendre compte que nous nous asservissons à elles progressivement. Et Jean-Michel Besnier s’exprime bien à ce propos, dans un texte portant sur l’humain et la machine :

 « Il est aisé de constater combien les Modernes que nous pensons être, habités naturellement du désir d’autonomie, excellent à s’enchaîner aux automates de tous poils et  à réclamer les robots qui les délivreront du souci de décider. […] il vous faudra vous plier aux commandes de programmes destinés à reconnaître la forme de votre visage (ne souriez pas sur la photo, cela déroute la machine) ou à identifier votre voix et vos empreintes (surtout ménagez votre mécanique corporelle afin qu’elle livre les signes attendus). Que de masochisme chez l’utilisateur du téléphone contraint à appuyer sur les touches qu’on lui dicte, à entrer dans les cases ou à utiliser les mot-clés prédéterminés par on ne sait quel ingénieur réfractaire aux adjectifs, à l’humour et aux figures de rhétorique !« 

 

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