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SNCF Développement : l’innovation française vu par Cyril Garnier

Cyril Garnier, Directeur Général SNCF Développement nous a accueillis dans son bureau situé près de la Gare de l’Est. Le chercheur de pépite exhorte les entrepreneurs à scruter le marché visé avant de se lancer.

SNCF Développement : comment faire rimer innovation et emploi

Au mois de juin dernier, nous avions interrogé Cyril Garnier, le Directeur Général SNCF Développement à propos de la stratégie dans l’IoT de la filiale. En ce début d’année 2017, nous revenons à sa rencontre pour prendre le pouls de l’écosystème de la société de transport. Nous lui avons également demandé son ressenti à propos de l’innovation à la française.

Combien de startups la filiale SNCF Développement accompagna-t-elle en 2016 ? Dans le secteur de l’Internet des Objets ?

Depuis un an, nous avons accompagné 110 startups, dont 5 œuvrant dans l’Internet des Objets.

Le sacerdoce de la SNCF Développement à sa création : la création d’emploi. Est-ce toujours le cas ?

Toujours, nous avons créé 1500 emplois et 1500 sont en cours de création sur nos territoires. L’emploi reste notre vocation, mais le portefeuille, au-delà de l’emploi, commence à créer des choses innovantes qui intéressent la SNCF. Nous faisons donc une pierre plusieurs coups. En revanche, nous conservons comme axe le recrutement des entreprises qui ont un fort potentiel de création d’emplois.

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Vous n’êtes donc pas à la recherche de la licorne parfaite ?

Non, mais on ne sait jamais. Avec de la chance, nous pouvons en trouver une (rires). Des sociétés comme Be-Bound (Technologie de connexion à Internet par le biais du SMS ndlr), Copsonic (Technologie brevetée sans contact par ultrasons ndlr), Pollen AM (une startup spécialisée dans l’imprimante 3D intelligente ndlr) sont des entreprises qui, si elles trouvent réellement leur marché, ont de vraies compétences pour devenir des stars internationales.

Selon vos déclarations auprès d’entreprendre.fr, vous aviez eu un “coup de cœur” pour Be- Bound sans avoir trouvé le moyen de les accompagner. Avez-vous trouvé une solution ?

Oui, nous accompagnons maintenant la startup au sein du programme SNCF Développement. Elle est d’ailleurs la marraine de la saison 3 du programme AIR (Accélération, Innovation, Rupture). Ce dernier, instauré par SNCF Réseau, vise à favoriser les partenariats entre startups et avec la SNCF. Be-Bound qui connecte les mobinautes à Internet par SMS commence à sécuriser de très beaux pays, puisqu’elle s’engage à assurer la connectivité de la loterie nationale du Laos.

Justement, nous étudions avec la direction Réseau si cette technologie ne peut pas nous servir au sein des infrastructures de la SNCF. Cela ouvre un champ entre les réseaux IoT de type Sigfox, LoRa et les réseaux de données mobiles. Différentes discussions ont commencé à émerger, même si le coût de l’utilisation du SMS reste un frein. Passer par ce modèle est un avantage à l’international, mais la complexité du marché télécom en France empêche son adoption de but en blanc. Nous espérons travailler avec Be-Bound et toutes les startups du programme AIR à améliorer leur présence à l’international, c’est l’enjeu. Nous souhaitons également voir si nous pouvons intégrer cette technologie au sein de la SNCF.

Avez-vous perçu des changements dans l’univers de la technologie et des startups en 2016 ? Si oui, lesquels ?

Le changement majeur se situe dans la multiplication d’une même solution par différentes sociétés. Nous observons beaucoup de projets similaires qui sont incubés, cocoonés, accélérés dans des incubateurs corporates ou des ateliers, et qui, par la suite vont entrer en compétition. C’est le cas pour les startups qui œuvrent dans l’Internet des Objets. Maintenant que la connectivité est acquise, l’invention provient de la manière d’exploiter cette connectivité pour créer de nouveaux usages. Par exemple, cela permet de remplacer une clé par une solution de contrôle par smartphone pour ouvrir/fermer un casier professionnel. Pour ce simple usage, nous trouvons beaucoup de petits acteurs qui ont des preuves de concept ou des premiers acheteurs. Ce constat, je ne l’avais pas fait il y un an.

Il y a toute une partie de l’IoT qui répond à une multitude d’usages. Aujourd’hui, il y a une vulgarisation du coût des technologies et une plus grande souplesse dans la création d’entreprises. De même, les grands groupes se lancent dans l’open innovation et le prototypage. S’il y a cinq, six concurrents pour le même usage d’une technologie en France, il y a autant au Royaume-Uni, en Allemagne et au moins 10 fois plus aux États-Unis. Maintenant, la question se pose : qui va grossir sur le marché ?

Ne rentrons-nous pas dans une économie de consortium ?

Complètement. Nous revenons à la dynamique de l’écosystème d’affaires décrite par Moore dans les années 1990. Très clairement ce mécanisme se généralise. Nous, SNCF Développement, reproduisons ce schéma. Nous l’avons fait réellement sans le savoir, par la frugalité en rassemblant des entreprises pour créer de l’emploi. Cet écosystème d’affaires où les gens ‘chassent en meute’ devient une nécessité. Si les entreprises françaises veulent progresser en Afrique, par exemple, il faut qu’elles agissent à plusieurs. Cette notion de chasse en meute est évidente. Il ne faut cependant pas oublier qu’il y aura du cannibalisme. C’est la loi de la nature économique, mais le vrai risque, c’est que les GAFAs raflent la mise. Les meilleures startups vont grandir, lever des fonds à l’échelle européenne et les autres disparaîtront ou seront agrégés. Quelle place la French Tech arrivera-t-elle à conserver en grandissant ? Plus nous exposons les entreprises à l’international, plus il y a de chance de les voir partir à l’étranger.

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D’un autre côté, c’est un gage de la bonne santé du vivier de jeunes pousses français quand nous voyons des incubateurs internationaux comme TechStar ou Station F s’installer sur nos territoires.

Cette prise de conscience est nouvelle. Je le remarque au sein de SNCF Développement : nous accompagnons certaines entreprises qui ont plus de facilités à lever des fonds à l’international qu’en France. En revanche, il faut veiller à ce que ces petites structures françaises prennent de l’ampleur. Nous avons là un sujet d’accompagnement.

Comment collaborez-vous avec les autres infrastructures de l’innovation au sein de la SNCF, notamment avec la filiale Gares et Connexions ?

Comme avec n’importe quelle filiale du groupe, nous partageons les informations et les possibilités. Nous avons par exemple évoqué les sujets autour de la réalité augmentée, nous avons transmis l’information quand nous avons présenté des robots avec Robolab ce qui a permis de rencontrer Immersive Robotics et de faire émerger l’initiative B.A.R.Y.L (un robot poubelle en test à la Gare de Lyon ndlr). Ensuite, il y a différentes équipes, nous avons tous nos chouchous, nos startups et nous nous occupons chacun de notre côté des étapes de négociations.

En revanche, SNCF Développement n’est pas la seule structure à pousser l’innovation. Il y a une politique d’entreprise portée au plus haut niveau, qui donne le LA, et il y a les équipes métiers qui testent des choses sur le terrain. Nous sommes sortis de la primauté des postes chargés de l’innovation. Maintenant, les métiers poussent au changement, comme des chefs d’établissement qui s’essayent à l’impression 3D. C’est la preuve par l’exemple.

Quel est le défi majeur pour l’écosystème SNCF Développement ?

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L’enjeu majeur pour un écosystème comme SNCF Développement revient à se poser une question : comment le faire grandir ? La phase d’industrialisation reste une étape cruciale à aborder de différentes manières suivant la taille et les avancées de l’entreprise accompagnée. Comment augmenter le chiffre d’affaires de nos startups ? Est-ce suffisant pour être rentable ? C’est notre objectif principal beaucoup plus que de recruter un grand nombre de nouveaux venus sur le marché. Il faut également les épauler convenablement face à la concurrence. Pour cela, les ESN sont possiblement les interlocuteurs afin d’accompagner les sociétés dans la suite de leurs aventures.

Quels conseils donneriez-vous à des startups IoT qui souhaiteraient intégrer l’aventure SNCF Développement ?

Elles doivent préparer de la veille en lisant des magazines comme le vôtre pour percevoir le marché. On ne peut plus se permettre comme c’était le cas il y a cinq ans de dire “c’est nouveau, cela n’existe pas, je suis le premier à faire cela au monde”. Aujourd’hui, il y a très peu de cas où le projet n’a pas déjà été vu 5 ou 6 fois. Les projets sans concurrence sont excessivement rares. Auparavant, il pouvait y avoir une solution IoT similaire en France, et une solution à l’international, maintenant cela arrive que deux projets similaires grandissent au sein d’un même incubateur. De même, les projets d’intégration des technologies au sein des infrastructures existantes ne constituent pas un modèle viable à court terme. La Smart City prendra pied sur des décennies, par exemple.

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Mieux vaut passer par une consolidation en rejoignant d’autres projets plus avancés au lieu de s’endetter à hauteur de 15 000 à 30 000 euros. Il arrivera un moment où la BPI ne pourra plus se permettre de financer 15 fois la même solution. Il serait préférable de choisir quelques champions des technologies validés par les grands noms de l’industrie comme Thalès, Airbus et la SNCF et les faire grandir sur la scène internationale plutôt que d’accompagner le foisonnement des startups. Nous les avons fait naître, comment les faire grandir ?

Cahier des tendances « RETAIL CONNECTE »

A propos de Gaetan R

Diplômé d'un Master de recherche cinématographique, j'ai bifurqué vers le journalisme. Le domaine de la High Tech est une de mes passions et je vois dans l'IoT une révolution plus qu'un phénomène de mode.

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